Archives de Catégorie: Biopic

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Himmlers Hirn heißt Heydrich

« Le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich ». C’est la traduction de l’acronyme de ce film historique signé Cédric Jimenez, qui avait déjà offert deux excellents titres avec Aux yeux de tous et La French. Partagé en deux parties distinctes, l’ascension irrésistible puis la mission et le destin d’un réseau d’activistes tchèques, le film pose la question cruciale de « l’inhumain » chère à Hannah Arendt. L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina. Bras droit d’Himmler et chef de la Gestapo, Heydrich devient l’un des hommes les plus dangereux du régime. Hitler le nomme à Prague pour prendre le commandement de la Bohême-Moravie et lui confie le soin d’imaginer un plan d’extermination définitif. Il est l’architecte de la Solution Finale. Face à lui, deux jeunes soldats, Jan Kubis et Jozef Gabcik. L’un est tchèque, l’autre slovaque. Tous deux se sont engagés aux côtés de la Résistance, pour libérer leur pays de l’occupation allemande. Ils ont suivi un entraînement à Londres et se sont portés volontaires pour accomplir l’une des missions secrètes les plus importantes, et l’une des plus risquées aussi : éliminer Heydrich. Au cours de l’infiltration, Jan rencontre Anna Novak, tentant d’endiguer les sentiments qui montent en lui. Car les résistants le savent tous : leur cause passe avant leur vie. Le 27 mai 1942, les destins d’Heydrich, Jan et Jozef basculent, renversant le cours de l’Histoire. 120 minutes d’un biopic qui tient la route mais qui m’a pourtant profondément agacé de bout en bout.

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Churchill

Douteux

Jonathan Teplitzky dont je ne connaissais à ce jour que son poussif et agaçant Les Voies du Destin de 2013, revient sur le devant de l’affiche avec cet étrange biopic de 48 heures, certes cruciales, mais plutôt contestable. Juin 1944. Les 48 heures précédant le Débarquement qui scellèrent le destin de Winston Churchill et du monde. 106 minutes où réapparaît le vieux débat de la forme et du fond. Le film repose entièrement sur la performance du stupéfiant de son acteur principal, mais – et certes je ne suis pas historien – tous ces coups de canif dans l’image du grand homme sont ils fondés, vérifiés… et vérifiables. Car si toutes ces révélations sont inexactes, ce film est totalement inutile… et déjà qu’il est assommant ! Lire la suite

Rodin

Faire revivre l’animal

Cette formule, je l’ai empruntée à Jacques Doillon lui-même quand il parle de la genèse de son film. A l’origine, il envisageait un documentaire pour la célébration du centenaire de ce géant de l’art français. Mais son amour des acteurs et de la fiction l’a emporté et il a décidé de se focaliser sur 20 années de la vie tourmentée du sculpteur. À Paris, en 1880, Auguste Rodin reçoit enfin à 40 ans sa première commande de l’Etat : ce sera « La Porte de L’Enfer » composée de figurines dont certaines feront sa gloire comme le Baiser et le Penseur. Il partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours, lorsqu’il rencontre la jeune Camille Claudel, son élève la plus douée qui devient vite son assistante, puis sa maîtresse. Dix ans de passion, mais également dix ans d’admiration commune et de complicité. Après leur rupture, Rodin poursuit son travail avec acharnement. Il fait face et au refus et à l’enthousiasme que la sensualité de sa sculpture provoque et signe avec son Balzac, rejeté de son vivant, le point de départ incontesté de la sculpture moderne. À 60 ans, enfin reconnu, il devient le sculpteur le plus célèbre avec Michel-Ange. 120 minutes d’un biopic partiel, certes très brillant mais sur lesquelles j’émettrai quelques réserves. Lire la suite

Outsider

Plus dure sera la chute

C’est au canadien Philippe Falardeau que l’on doit entre autres l’excellent Monsieur Lazhar. Cette fois il nous propose 98 minutes très réussies d’un film de boxe qui respecte tous les critères du genre. L’histoire vraie de Chuck Wepner, négociant en alcools du New Jersey, qui a tenu 15 rounds contre le plus grand boxeur de tous les temps, Mohammed Ali, lors du championnat du monde poids lourds en 1975, avant de finalement s’incliner par K.O. technique. Durant les dix années où il a été boxeur, celui que l’on surnommait « Bayonne Bleeder » a eu 8 fois le nez cassé, a connu 14 défaites, deux K.O., un total de 313 points de suture… et a inspiré le personnage de Rocky Balboa dans la franchise au succès planétaire « Rocky ». On pense inévitablement au Plus dure sera la chute de Mark Robson en 1956 ou au Raging Bull de Scorcese en 2002… et ce ne sont pas de minces références. Lire la suite

Le chanteur de Gaza

Enchanteur

Après six ans d’études en Hollande, Hany Abu-Assad officie en tant qu’assistant réalisateur. Au début des années 90, il retourne dans sa Palestine natale pour travailler sur un documentaire à destination de la télévision anglaise. En 2001, il signe Le Mariage de Rana, un jour ordinaire à Jérusalem, son premier long métrage, présenté à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes. En 2005, le cinéaste présente une œuvre controversée avec Paradise Now, un sujet sensible où deux Palestiniens s’apprêtent à commettre un attentat-suicide à Tel Aviv. Avec ce film, Abu-Assad obtient de multiples récompenses comme le Golden Globe du Meilleur Film Etranger, le Prix du Meilleur Film Européen à la Berlinale et le Prix Amnesty International du Meilleur Film. Deux ans plus tard, il révèle son dernier film, Omar, au Festival de Cannes 2013 dans la catégorie Un Certain Regard où il reçoit le Prix du Jury. Tout ce long préambule pour présenter le réalisateur palestinien qui, comme vous pouvez le constater, n’a rien d’un inconnu ou d’un débutant. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’avant de nous proposer ces  95 minutes de biopic, Hany Abu-Assad avait fait ses preuves. Le sujet est on ne peut plus simple : Un jeune Palestinien prend son destin en main pour réaliser son plus grand rêve : chanter. Un film bouleversant qui nous fait pénétrer dans le quotidien des habitants de Gaza. A lui seul, cet aspect documentaire vaut le détour. Portée par l’optimisme, la foi, l’amour de la musique voilà une belle leçon de courage et de volonté. Lire la suite

Emily Dickinson, a quiet passion

La révolte du silence

C’est le nom de Terence Davies, qui m’avait bouleversé avec Sunset Song et The deep blue sea, qui m’a poussé à aller voir ce drame en forme de biopic aussi saisissant que bouleversant. Nouvelle-Angleterre, XIXème siècle. Dans son pensionnat de jeunes filles de bonne famille, la jeune Emily Dickinson ne cesse de se rebeller contre les discours évangéliques qui y sont professés. Son père se voit contraint de la ramener au domicile familial, pour le plus grand bonheur de sa sœur Vinnie et de son frère Austin. Passionnée de poésie, Emily écrit nuit et jour dans l’espoir d’être publiée. Les années passent, elle poursuit sa recherche de la quintessence poétique. La rencontre avec une jeune mondaine indépendante et réfractaire aux conventions sociales ravive sa rébellion. Dès lors, elle n’hésite plus à s’opposer à quiconque voudrait lui dicter sa conduite… J’avoue humblement mon ignorance quant à la personnalité du personnage central de ces 125 minutes superbes et poignantes. Un film et un personnage à découvrir.   Lire la suite

Django

La musique dans la peau.

Saluons de nouveau un premier film signé par Etienne Comar, scénariste et dialoguiste réputé et surtout producteur heureux de Des Hommes et des Dieux et de Timbuktu. Pour ce passage derrière la caméra, il a décidé de faire dans le biopic. En 1943 pendant l’occupation allemande, le tsigane Django Reinhardt, véritable “guitare héros”, est au sommet de son art. Chaque soir il fait vibrer le tout Paris aux Folies Bergères avec sa musique swing alors qu’en Europe, ses frères sont pourchassés et massacrés. Lorsque la propagande allemande veut l’envoyer à Berlin pour une série de concerts, il sent le danger et décide de s’évader en Suisse aidé par une de ses admiratrices, Louise de Klerk. Pour passer, il se rend à Thonon-les-Bains, sur les bords du lac Léman, avec sa femme enceinte, Naguine et sa mère Negros. Mais l’évasion est plus compliquée que prévue, Django et ses proches se retrouvent plongés dans la guerre. Pendant cette période dramatique, il n’en demeure pas moins un musicien exceptionnel qui résiste avec sa musique, son humour, et qui cherche à approcher la perfection musicale… Ces 115 minutes – peut-être un peu trop longues, le propos aurait gagné à être un peu plus resserré – racontent en vérité les années d’Occupation vécues par le génial guitariste, période qui montre le mieux à quel point la musique possède cette faculté de s’extraire du monde. Lire la suite