Oh Lucy !

Geisha en vadrouille

C’est le 1er film de la jeune singapourienne Atsuko Hirayanagi. Cela explique sans doute le côté très original de ces 95 minutes qui apparaissent comme très décalées dans le paysage du cinéma japonais. Setsuko mène une vie solitaire et sans saveur à Tokyo entre son travail et son appartement, jusqu’à ce que sa nièce Mika la persuade de prendre sa place à des cours d’anglais très singuliers. Cette expérience agit comme un électrochoc sur Setsuko. Affublée d’une perruque blonde, elle s’appelle désormais Lucy et s’éprend de John son professeur ! Alors, quand Mika et John disparaissent, Setsuko envoie tout balader et embarque sa sœur, dans une quête qui les mène de Tokyo au sud californien. La folle virée des deux sœurs, qui tourne aux règlements de compte, permettra-t-elle à Setsuko de trouver l’amour ? Cette comédie dramatique a déjà été présentée au Festival de Sarlat et à la Semaine des Réalisateurs et à la caméra d’Or à Cannes avant de recevoir le grand prix au festival Kinotayo du film japonais, qui, ne nous y trompons pas, se déroule en France depuis 12 ans. Un beau palmarès pour un premier film qui nous propose un portrait de femme comme on n’en fait peu, une sorte de Thelma et Louise en moins énergique mais porté par un casting très inspiré. Lire la suite

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Bienvenue chez les pauvres

La pauvreté des biens est facile à guérir, la pauvreté de l’âme, impossible.

Merci à Monsieur de Montaigne, dont la parole reste précieuse. Contrairement  à celle du sieur Wauquiez, qui aurait pu prendre la place d’honneur dans ma chronique précédente, car en matière de déballage, il a fait fort. – Jean-Marie sort de ce corps ! – Cet homme est dangereux, car c’est un pauvre d’esprit. Son « amie » Sœur Emmanuelle doit se retourner dans sa tombe.

Quant à Monsieur Carlos Ghosn, il a une furieuse tendance à nous prendre pour des imbéciles. Tous calculs refaits – pas par moi, je vous rassure – ses émoluments chez Renault ne baisseront pas de 30 % mais concrètement, la part fixe de son salaire va reculer de 19% en 2018, à 1 million d’euros contre 1,23 million les années précédentes. Ne pas oublier que Carlos Ghosn a d’autres casquettes. Chez Nissan, il a glané près de 9 millions d’euros au titre de l’exercice courant entre mars 2016 et mars 2017. Et il occupe également le poste de président du conseil d’administration de Mitsubishi Motors, ce qui devrait lui apporter un nouveau surcroît de rémunération. Ouf ! On s’inquiétait pour lui !

Après deux « pauvres types », un autre qui vaut son pesant d’or – au vrai sens du terme – et porte haut le nom de la France. Un porte drapeau à la hauteur des espérances. Le sportif rêve son rêve, le champion le vit.

Wonder Wheel

Le grand manège des sentiments

Il en va de notre Woody Allen annuel comme de la dinde Noël, de la galette des rois ou des crêpes de la Chandeleur, on les attend avec impatience par on sait qu’on va se régaler. Ce drame de 100 minutes est comme tout ce que nous propose le vieux Woody, raffiné, diabolique, merveilleusement écrit, réalisé et interprété. Wonder Wheel croise les trajectoires de quatre personnages, dans l’effervescence du parc d’attraction de Coney Island, dans les années 50 : Ginny, ex-actrice lunatique reconvertie serveuse ; Humpty, opérateur de manège marié à Ginny ; Mickey, séduisant maître-nageur aspirant à devenir dramaturge et Carolina, fille de Humpty longtemps disparue de la circulation qui se réfugie chez son père pour fuir les gangsters à ses trousses. Un quatuor pris au piège, au paroxysme de ses sentiments, entraîné dans une ronde diabolique éclairée par les feux incongrus d’un gamin pyromane. Inoubliable.   Lire la suite

Gaspard va au mariage

Tel un chindogu*

Pour son 3ème film, – après Happy Few et Douches FroidesAntony Cordier continue de disséquer les relations de couple à travers des sentiments exacerbés systématiquement teintés d’un érotisme pour le moins débridé. Ces 103 minutes sont dans le droit fil des obsessions des scénarii de notre réalisateur. Après s’être tenu prudemment à l’écart pendant des années, Gaspard, 25 ans, doit renouer avec sa famille à l’annonce du remariage de son père. Accompagné de Laura, une fille fantasque qui accepte de jouer sa petite amie le temps du mariage, il se sent enfin prêt à remettre les pieds dans le zoo de ses parents et y retrouver les singes et les fauves qui l’ont vu grandir… Mais entre un père trop cavaleur, un frère trop raisonnable et une sœur bien trop belle, il n’a pas conscience qu’il s’apprête à vivre les derniers jours de son enfance. On est en droit de détester le côté foutraque de cette comédie dramatique, de ne pas adhérer à cette histoire étrange ou de ne pas entrer en empathie avec ce genre de personnages hors normes… soit, moi j’adore et, d’un bout à l’autre, j’ai pensé au Moonrise Kingdom de Wes Anderson, ce qui n’est pas un moindre compliment. Un film rare.    Lire la suite

Le grand déballage

En matière d’amour comme de testaments, le dernier est le seul valide et annule les précédents.

Johnny aurait-il lu Pitigrilli, obscur écrivain italien du XXème siècle ? J’en doute. Toujours est-il que de jour en jour, que dis-je, d’heure en heure, on en apprend des vertes et des pas mûres sur les luttes intestines autour de la succession de l’idole. Ou plutôt il avait écouté la sagesse populaire qui disait : Je suis tellement satisfait de mon appareil auditif que, par trois fois, j’ai modifié mon testament.

Ou encore Sacha Guitry qui écrivit : J’ai déchiré le testament que je venais d’écrire, il faisait tant d’heureux que j’en serais arrivé à me tuer pour ne pas trop les faire attendre. En l’occurrence, je vous fiche mon billet que les grands bénéficiaires de ce testament seront les avocats de tous poils qui vont s’emparer des intérêts des uns et des autres… et des leurs en priorité.

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Marie Curie

Pas assez rayonnant

Pour son premier film, Marie Noëlle, s’essaie assez classiquement au portrait de femme en explorant les six années les plus mouvementées de la vie de la physicienne et chimiste entre 1905 et 1911. Le film dessine un portrait inédit et intime de cette femme qui a dû se battre pour faire valoir son travail après la mort de son époux. Physicienne-chimiste d’origine polonaise, Marie Skłodowska-Curie est une pionnière dans l’étude de la radioactivité. Elle travaille main dans la main avec son mari, Pierre Curie, pour développer la recherche scientifique. Dans ce milieu particulièrement masculin et conservateur, Marie doit lutter pour se faire une place… 100 minutes qui laissent un désagréable goût d’inachevé malgré des qualités indéniables. Mi figue- mi raisin. Lire la suite

La Douleur

Trouble jeu

Un bon réalisateur, Emmanuel Finkiel + un beau roman signé Marguerite Duras + un casting au top =  126 minutes d’un film remarquable sur l’attente interminable, sur l’absence et les doutes qu’elle engendre. Juin 1944, la France est toujours sous l’Occupation allemande. L’écrivain Robert Antelme, figure majeure de la Résistance, est arrêté et déporté. Sa jeune épouse Marguerite, écrivain et résistante, est tiraillée par l’angoisse de ne pas avoir de ses nouvelles et sa liaison secrète avec son camarade Dyonis. Elle rencontre un agent français de la Gestapo, Rabier, et, prête à tout pour retrouver son mari, se met à l’épreuve d’une relation ambiguë avec cet homme trouble, seul à pouvoir l’aider. La fin de la guerre et le retour des camps annoncent à Marguerite le début d’une insoutenable attente, une agonie lente et silencieuse au milieu du chaos de la Libération de Paris. Insupportable et bouleversante présence de l’absence… Chapeau ! Lire la suite