Archives de Catégorie: Drame

Plonger

L’amour flou

C’est l’auteur du roman éponyme, Christophe Ono-Dit-Biot qui a donné lui-même carte blanche pour l’adaptation à Mélanie Laurent. A l’arrivée un drame de 102 minutes qui aurait pu se montrer passionnant si l’ensemble ne révélait pas autant de faiblesses et d’invraisemblances. C’est l’histoire d‘un amour total entre César et Paz. Paz, photographe espagnole, nourrit une soif de rencontres, d’expériences et de voyages, alors que César, ex-grand reporter de guerre, souhaite à l’inverse s’extraire du tumulte du monde. Paz est enceinte, cette perspective l’angoisse, l’étouffe. Elle semble s’éloigner chaque jour un peu plus de César, comme obsédée par quelque chose qui lui échappe. Jusqu’au jour où elle disparait, laissant son enfant et César sans véritable explication. La réalisatrice y croit, les acteurs sont convaincus… le spectateur un peu moins. Lire la suite

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C’est tout pour moi

Auto biopic

Bon ! Disons le tout de go, je ne suis pas très client du stand up en général. J’avais aperçu Nawell Madani, au hasard d’une molle séance de zapping par un après-midi pluvieux, sans doute du côté de la chaîne « Comédie », en me disant que décidément, ce genre a bien du mal à m’arracher un sourire. C’est vous dire si je ne suis pas allé voir ces 103 minutes de comédie dramatique avec un enthousiasme débordant. Depuis toute petite, Lila veut devenir danseuse, n’en déplaise à son père. Elle débarque à Paris pour réaliser son rêve… Mais de galères en désillusions, elle découvre la réalité d’un monde qui n’est pas prêt à lui ouvrir ses portes. A force d’y croire, Lila se lance dans une carrière d’humoriste. Elle n’a plus qu’une idée en tête : voir son nom en haut de l’affiche, et surtout retrouver la fierté de son père. Comme quoi il faut toujours combattre ses a priori ! J’ai passé un bon moment avec cet « auto biopic » – un concept qui restait à inventer… c’est chose faite – drôle et tendre à la fois, qui nous fait pénétrer dans le petit monde sans pitié du stand up. Une belle surprise ! Lire la suite

La Villa

L’heure des bilans

J’adore Robert Guédiguian et son cinéma. Cet homme-là ne déçoit jamais. Que ce soit avec Une Histoire de fou, Au fil d’Ariane, Les Neiges du Kilimandjaro, Marie-Jo et ses deux amours ou Marius et Jeannette, il sait nous emporter dans son petit monde méridional et nous faire partager son engagement et sa lutte permanente. Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions… Une fois de plus ces 107 minutes de huis clos au soleil d’hiver de la calanque de Méjean, sont un pur instant de bonheur et de sensibilité. En 1989, Guediguian réalisait Dieu vomit les tièdes… croyez-moi, c’est toujours d’actualité. Lire la suite

La Lune de Jupiter

Réflexion évanescente

Son White God en 2014 nous avait glacés… et enchantés. Le hongrois Kornél Mundruczó revient avec ce drame de 123 minutes qui posent des questions sur la foi, les miracles, et la différence. Ambitieux non ? Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu’il traverse illégalement la frontière. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre qu’il a maintenant le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide du Dr Stern qui nourrit le projet d’exploiter son extraordinaire secret. Les deux hommes prennent la fuite en quête d’argent et de sécurité, poursuivis par le directeur du camp. Fasciné par l’incroyable don d’Aryan, Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s’achètent. Ce film a tout de la parabole avec ce que cela induit d’étrange, de mystérieux, voire d’incompréhensible. J’avoue ne pas avoir toujours tout compris et avoir senti, par moments, mon attention se diluer quelque peu, mais il y a ici un véritable charme servi par un savoir-faire indéniable et une belle interprétation. Mi-figue, mi-raisin.   Lire la suite

Le Brio

Brillant

Neïla Salah a grandi à Créteil et rêve de devenir avocate. Inscrite à la grande université parisienne d’Assas, elle se confronte dès le premier jour à Pierre Mazard, professeur connu pour ses provocations et ses dérapages. Pour se racheter une conduite, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d’éloquence. A la fois cynique et exigeant, Pierre pourrait devenir le mentor dont elle a besoin… Encore faut-il qu’ils parviennent tous les deux à dépasser leurs préjugés. Le meilleur film et de loin d’Yvan Attal, sur un sujet délicat traité de main de maître et porté par un duo d’acteurs en état de grâce. Lire la suite

Marvin ou la belle éducation

Peut-on échapper à sa condition ?

Anne FontaineLes Innocentes, Perfect Mothers, Gemma Bovery, Mon pire cauchemar – tente de répondre à cette question cruciale durant les 113 minutes d’un drame cruel servi par une distribution en grande forme. Un de ses meilleurs films. Martin Clément, né Marvin Bijou, a fui. Il a fui son petit village des Vosges. Il a fui sa famille, la tyrannie de son père, la résignation de sa mère. Il a fui l’intolérance et le rejet, les brimades auxquelles l’exposait tout ce qui faisait de lui un garçon «différent». Envers et contre tout, il s’est quand même trouvé des alliés. D’abord, Madeleine Clément, la principale du collège qui lui a fait découvrir le théâtre, et dont il empruntera le nom pour symbole de son salut. Et puis Abel Pinto, le modèle bienveillant qui l’encouragera à raconter sur scène toute son histoire. Marvin devenu Martin va prendre tous les risques pour créer ce spectacle qui, au-delà du succès, achèvera de le transformer. L’histoire est forte, dérangeante et malgré quelques faiblesses, elle emporte le spectateur. Mais, si les scénaristes Anne Fontaine et Pierre Trividic ont tenté d’éviter de porter des jugements sur leurs personnages, je ne suis pas tout à fait sûr qu’ils y soient parvenus…   Lire la suite

Prendre le large

Une vie ailleurs

C’est en évoquant avec son père la situation du textile à Villefranche-sur-Saône, où il a longtemps travaillé lui-même comme ouvrier, que Gaël Morel a eu l’idée de cette femme qui accepte un reclassement au Maroc. De cette idée va naître ce drame lumineux de 103 minutes porté, une fois de plus, par une immense actrice. Edith, 45 ans, ouvrière dans une usine textile, voit sa vie bouleversée par un plan social. Loin de son fils et sans attache, plutôt que le chômage, elle est la seule à choisir de rejoindre son usine délocalisée au Maroc… Voilà donc mon 4ème portrait de femme du moment. Et ce n’est pas le moindre. Belle réalisation, scénario originale, personnages forts et superbe interprétation… Du beau cinéma digne des Frères Dardenne. Lire la suite