Archives de Catégorie: Documentaire

Visages, Villages

… collages, partage.

Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air. Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant des différences. 90 minutes d’une belle rencontre, d’un beau voyage au service d’une belle idée. Tendresse et légèreté pour un  jeu de piste, un coq-à-l’âne, un Marabout-bout d’ficelle où une idée en entraîne une autre, saugrenue, rigolote, poétique. Un rêve en marche dont on peut regretter le côté trop écrit des dialogues, plutôt mal interprétés par nos artistes qui jouent et surjouent leur propre rôle. Dommage, car ce choix retire une part de la spontanéité du propos. Mais, il reste un documentaire inclassable, entre échange et transmission où, dès que la mélancolie baigne les images, le film confine à la grâce. Lire la suite

Le vénérable W

La haine n’éteindra jamais la haine, seul l’amour le peut. (Martin Luther King)

Barbet Schroeder a toujours été fasciné par le bouddhisme, qui est une religion athée, sans dieux, et qui permet le pessimisme. Ce documentaire constitue le dernier volet d’une Trilogie du mal, commencée avec Général Idi Amin Dada : autoportrait sur le dictateur ougandais (1974), puis L’Avocat de la terreur (2007) sur Jacques Vergès. Le même point de départ est à l’origine de ces trois projets : dialoguer avec des gens au travers desquels le mal peut s’incarner sous différents visages et laisser l’horreur ou la vérité s’installer d’elles-mêmes petit à petit, au gré des rencontres. En Birmanie, le « Vénérable W. » est un moine bouddhiste très influent. Partir à sa rencontre, c’est se retrouver au cœur du racisme quotidien, et observer comment l’islamophobie et le discours haineux se transforment en violence et en destruction. Pourtant nous sommes dans un pays où 90% de la population est bouddhiste, religion fondée sur un mode de vie pacifique, tolérant et non-violent. 100 minutes glaçantes et effroyables qui, une fois de plus, sonnent comme un avertissement pour notre civilisation occidentale où de plus en plus de personnes se laissent volontiers attirer par les sirènes populistes, racistes et xénophobes. La Birmanie paraît d’un seul coup bien proche de nos frontières.   Lire la suite

A voix haute

La force de la parole

Stéphane De Freitas, dont c’est le premier film s’est fait aidé à la réalisation par et Ladj Ly, pour ces 100 minutes absolument passionnantes qui nous donnent une belle leçon d’humanité en combattant tous les clichés sur les banlieues « difficiles ». Chaque année à l’Université de Saint-Denis se déroule le concours « Eloquentia », qui vise à élire « le meilleur orateur du 93 ». Des étudiants de cette université issus de tout cursus, décident d’y participer et s’y préparent grâce à des professionnels (avocats, slameurs, metteurs en scène…) qui leur enseignent le difficile exercice de la prise de parole en public. Au fil des semaines, ils vont apprendre les ressorts subtils de la rhétorique, et vont s’affirmer, se révéler aux autres, et surtout à eux-mêmes. Munis de ces armes, Leïla, Elhadj, Eddy et les autres, s’affrontent et tentent de remporter ce concours pour devenir « le meilleur orateur du 93 ». Une véritable révélation où l’on apprend que ces jeunes, qu’on stigmatise trop souvent, ont des ressources insoupçonnées. Tous ont des choses passionnantes à dire et à faire. Loin des excès d’internet et de ses réseaux sociaux où tout le monde semble se parler mais en réalité personne n’écoutait personne et se contente de déverser sa colère et sa haine. L’espoir est partout, il faut savoir le faire vivre.   Lire la suite

L’opéra

En immersion totale

De toute évidence Jean-Stéphane Bron connaît le cinéma de Frederick Wiseman et en particulier son remarquable National Gallery. Le célèbre documentariste nous promenait en 2014 pendant plus de 3 heures dans tous les coins et recoins à la rencontre de tous les métiers et de toutes les activités du célèbre musée londonien. Pas l’ombre d’une interview ou d’une voix off, un superbe témoignage à travers l’image et rien d’autre. En écrivant ces lignes, j’ai l’impression de commenter ces magnifiques 110 minutes consacrées à l’Opéra de Paris, que dis-je, des opéras de Paris. Une saison dans les coulisses de L’Opéra de Paris. Passant de la danse à la musique, tour à tour ironique, léger et cruel, l’Opéra met en scène des passions humaines, et raconte des tranches de vie, au cœur d’une des plus prestigieuses institutions lyriques du monde. Entre passion et tensions, une promenade passionnante dans les coulisses de la grande maison. Un kaléidoscope foisonnant de joies, de pleurs, de colère et de rire au service de la perfection. Lire la suite

Retour à Forbach

Un étranger dans sa propre demeure

Lorsque Florian Philippot, vice-président du Front National, s’est présenté aux élections municipales de Forbach en 2014 et est arrivé en tête au premier tour, Régis Sauder a publié une lettre ouverte dans Libération pour s’insurger de la radicalisation des habitants de la ville dans laquelle il avait grandi. C’est à ce moment que s’est amorcée plus précisément la réflexion sur son film. Régis Sauder revient dans le pavillon de son enfance à Forbach. Il y a 30 ans, il a fui cette ville pour se construire contre la violence et dans la honte de son milieu. Entre démons de l’extrémisme et déterminisme social, comment vivent ceux qui sont restés ? Ensemble, ils tissent mémoires individuelles et collectives pour interroger l’avenir à l’heure où la peur semble plus forte que jamais. Caméra au poing, le réalisateur filme sa ville et constate très vite que ce n’est plus la sienne. 78 minutes d’un constat cruel et douloureux… Lire la suite

La jeune fille et son aigle

Comme dans un rêve

C’est en voyant une photo de ladite jeune fille embrassant un aigle royal sur le site de la BBC que le réalisateur Otto Bell a été immédiatement inspiré pour réaliser un documentaire. Il déclare : Cela a suffi pour mettre mes sens en alerte. Quelque part sur terre, cette jeune fille marchait, respirait. J’avais envie d’avoir le son et le mouvement qui accompagnaient cette photo. J’étais sûr qu’il y avait un film à faire sur elle et je voulais être celui qui le réaliserait. Et voilà ces 87 minutes magnifiques, émouvantes et époustouflantes : un plaidoyer féministe, un exemple de transmission entre générations… un superbe documentaire.  Dresseur d’aigles, c’est un métier d’hommes en Mongolie. Depuis l’enfance, Aisholpan assiste son père qui entraîne les aigles. L’année de ses 13 ans, elle décide, avec la complicité de son père, d’adopter un aigle pour en faire un chasseur de renards. Parviendra-t-elle à briser les traditions et à se faire accepter par les anciens du village ? Lire la suite

L’éveil de la permaculture

Eux l’on fait, alors pourquoi pas nous !

Permaculture : méthode systémique et globale qui vise à concevoir des systèmes (par exemple des habitats humains et des systèmes agricoles, mais cela peut être appliqué à n’importe quel système) en s’inspirant de l’écologie naturelle et de la tradition. Pour son premier film, Adrien Bellay, qui baigne dans le cinéma depuis son plus jeune âge puisque ses parents organisent des festivals, a choisi le documentaire et s’est tourné vers l’aventure humaine que constitue cette fameuse permaculture. C’est ce choix qui constitue tout à la fois le point fort et la faiblesse de ces 82 minutes. La permaculture laisse entrevoir une lueur d’espoir avec ses solutions écologiquement soutenables, économiquement viables et socialement équitables. Accessible à tous, elle peut être mise en œuvre partout… Aujourd’hui, des hommes et des femmes se rencontrent et expérimentent cette alternative crédible. La transition “permacole” est en marche ! Un mode d’emploi pour prendre soin des hommes et de la terre. Ce film-citoyen est beau, bourré d’optimisme, mais je pense qu’hélas, il n’atteint pas totalement le but qu’il s’était fixé. Lire la suite