Archives de Catégorie: Documentaire

12 Jours

L’impuissance

Quand j’écris le nom de Raymond Depardon, j’ai l’impression d’avoir déjà tout résumé. Ce type est un génie. Tant par le choix du sujet, son traitement ou la qualité de la réalisation, il ne nous déçoit jamais. Bien plus il nous passionne et nous fascine pendant 87 trop courtes minutes. Avant 12 jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience, d’un côté un juge, de l’autre un patient, entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie. Ce film tente de donner un point de vue universel et nouveau sur le problème complexe de la santé mentale. Des personnes vulnérables témoignent de leur histoire intime mais aussi à leur façon de l’histoire politique, sociale et morale de la France. Depardon et son équipe tente simplement de rester à l’écoute de restituer des moments, des paroles, des émotions. Il a filmé 72 audiences au cours du tournage au moyen de trois caméras : l’une pour le patient, l’autre pour le magistrat et une troisième pour un plan général. Ces axes de prise de vue permettent de donner une équidistance entre le patient et le magistrat, pour ne pas imposer un point de vue dominant et laisser le spectateur libre de se faire sa propre opinion. Au final, ce sont 10 patients que nous suivons au cours du documentaire. Tout simplement bouleversant.   Lire la suite

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Sky’s the limit – les peintres de l’extrême

Au pied du mur : l’atelier à ciel ouvert

Un documentaire qui parle de muralisme – l’art de peindre des fresques sur des hauteurs vertigineuses- ? Depuis 1980 et le Mur Murs de la grande Agnès Varda, on n’avait pas vu ça. Avec elle, on contemplait les murs de Los Angelès, avec Jérôme Thomas, on suit, pendant deux ans, une quinzaine d’artistes dans leurs créations urbaines sur des murs de 30 mètres de haut. Les pignons de murs aveugles sont les premiers investis par ces peintres de l’impossible, surtout dans les zones d’aménagement ou de rénovation urbaine. – Le graffiti monumental connait un regain d’activité depuis 2012 surtout dans le 13ème arrondissement de Paris -. Conçu comme un décor, afin de faire oublier l’aspect inesthétique du mur, les artistes redonnent vie avec brio aux parois orphelines. Non seulement ce film est beau, mais aussi très spectaculaire. A mi-chemin entre le street art et la performance, ce courant artistique méritait d’être décrypté. Lire la suite

Chavela Vargas

L’icône iconoclaste

Au début des années 1990, Catherine Grund, a perdu son meilleur ami du sida et s’est enfuie à Mexico pour y rester pendant plusieurs mois. Elle va obtenir une interview de Chavela Vargas, qui, à 71 ans, était assez méconnue, lesbienne, oubliée et dénigrée. L’icône vieillissante de la musique ranchera (ouest mexicain), avait alors des gros problèmes d’alcoolisme, en pleine rupture sentimentale, elle était relayée au second plan et sombrait dans l’oubli. Mais, fidèle à elle-même, elle croyait toujours en son pouvoir. La réalisatrice a vu là l’opportunité de faire partager son histoire à une large audience. Voici comment est né ce formidable docu-biopic-musical, réalisée en compagnie de Daresha Kyi. 90 minutes passionnantes sur une artiste magnifique constamment borderline, mais extrêmement attachante et qui chantera sur scène jusqu’à la limite de ses forces, en 2012, à 93 ans !!! Lire la suite

Souviens-toi de ton futur

La bio pour les nuls

Une découverte, jeudi dernier, dans ma salle préférée du Buisson de Cadouin, le très joli documentaire d’Enora Boutin, qui nous propose 4 expériences vécues en Périgord par des acteurs d’une « nouvelle » agriculture… D’ailleurs est-elle vraiment nouvelle ? N’est-ce pas plutôt un retour vers les temps heureux où l’on respectait la Terre, une époque où l’on produisait pour se nourrir et non pas pour le profit ? Une viticultrice, un couple créateur de jardin, deux éleveurs de brebis qui relancent le pastoralisme et un producteur de purins végétaux, des visages de l’agroécologie en Dordogne. Pour eux, le modèle dominant n’est plus tenable. Ils prennent un autre chemin et font face à la nécessité de changer pour survivre. Alors, au fil des saisons, chacun d’eux tache de réinventer son travail et sa vie. Comment parviendront-ils à apprivoiser leur liberté ? Lire la suite

La passion Van Gogh

Hypnotique

Ces 95 minutes constituent le premier long métrage entièrement peint à la main. Ecrit et réalisé par la polonaise Dorota Kobiela et le britannique Hugh Welchman, ce documentaire scénarisé est d’une incroyable originalité tant scénaristique que technique.  Paris, été 1891, Armand Roulin est chargé par son père, le facteur Joseph Roulin, de remettre en mains propres une lettre au frère de Vincent van Gogh, Theo. En effet, la nouvelle du suicide du peintre vient de tomber. Armand, peu enchanté par l’amitié entre son père et l’artiste, n’est pas franchement ravi par sa mission. À Paris, le frère de Van Gogh est introuvable. Le jeune homme apprend alors par Père Tanguy, le marchand de couleurs du peintre, que Theo, visiblement anéanti par la disparition de son frère aîné, ne lui a survécu que quelques mois. Comprenant qu’il a sans doute mal jugé Vincent, Armand se rend à Auvers-sur-Oise, où le peintre a passé ses derniers mois, pour essayer de comprendre son geste désespéré. En interrogeant ceux qui ont connu l’artiste, il découvre combien sa vie a été surprenante et passionnée. Et que sa vie conserve une grande part de mystère. Il y a déjà eu pas mal de films consacrés à Van Gogh, mais à chaque fois que ses toiles étaient à l’image, elles étaient purement décoratives. Dans ce film, son œuvre devient le vrai protagoniste – ses tableaux racontent son histoire – ce qui renvoie à la dernière lettre de Vincent adressée à son frère : On ne peut s’exprimer que par nos tableaux. Lire la suite

L’intelligence des arbres

Leçons de modestie

Julia Dordel et Guido Tölke nous proposent pendant 80 minutes un véritable déluge d’informations toutes plus étonnantes et palpitantes les unes que les autres, certes, mais hélas, ils n’emploient pas la bonne méthode. Sujet de ce documentaire, ou plutôt de ce double documentaire ! Un forestier en Allemagne, Peter Wohlleben, a observé que les arbres de sa région communiquent les uns avec les autres en s’occupant avec amour de leur progéniture, de leurs anciens et des arbres voisins quand ils sont malades. Il a écrit le bestseller « La Vie Secrète des Arbres » (vendu à plus d’1 million d’exemplaires) qui a émerveillé les amoureux de la nature. Ses affirmations ont été confirmées par des scientifiques à l’Université du « British Columbia » au Canada. Ce documentaire montre le travail minutieux et passionnant des scientifiques, nécessaire à la compréhension des interactions entre les arbres ainsi que les conséquences de cette découverte. Ça se veut un hymne au monde végétal mais ce n’est en réalité qu’une longue suite de témoignages entrecoupés d’images – certes très belles – qui ne servent que de plans de coupe sans pour autant appuyer les révélations passionnantes des propos. Lire la suite

Visages, Villages

… collages, partage.

Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air. Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant des différences. 90 minutes d’une belle rencontre, d’un beau voyage au service d’une belle idée. Tendresse et légèreté pour un  jeu de piste, un coq-à-l’âne, un Marabout-bout d’ficelle où une idée en entraîne une autre, saugrenue, rigolote, poétique. Un rêve en marche dont on peut regretter le côté trop écrit des dialogues, plutôt mal interprétés par nos artistes qui jouent et surjouent leur propre rôle. Dommage, car ce choix retire une part de la spontanéité du propos. Mais, il reste un documentaire inclassable, entre échange et transmission où, dès que la mélancolie baigne les images, le film confine à la grâce. Lire la suite