Archives de Tag: oct 17

The Square

Ça ne tourne pas rond

Le suédois Ruben Östlund nous avait épatés avec son Snow Therapy, il y a deux ans. Cette fois, ses 142 minutes sont revenues de Cannes avec ni plus ni moins que la Palme d’Or. La Palme d’Or, ce n’est jamais un film comme un autre et celui-ci s’inscrit, ô combien, dans la longue lignée des œuvres étranges et dérangeantes qui ont jalonnées l’histoire de la Croisette. Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle. Dramatique et satirique à la fois, cette parabole vénéneuse dérange, irrite, et bien sûr, crée la polémique… comment pourrait-il en être autrement ?   Lire la suite

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Knock

Superbe raté

Je n’avais jamais vu de films réalisés par Lorraine Lévy. Par l’affiche alléché et en fervent admirateur de la pièce de Jules Romain, je ne pouvais queme précipiter à ces 113 minutes de comédie. Las ! Quelle déception ! Knock, un ex-filou repenti devenu médecin diplômé, arrive dans le petit village de Saint-Maurice pour appliquer une « méthode » destinée à faire sa fortune : il va convaincre la population que tout bien portant est un malade qui s’ignore. Et pour cela, trouver à chacun la maladie réelle ou imaginaire dont il souffre. Passé maitre dans l’art de la séduction et de la manipulation, Knock est sur le point de parvenir à ses fins. Mais il est rattrapé par deux choses qu’il n’avait pas prévues : les sentiments du cœur et un sombre individu issu de son passé venu le faire chanter. Tout est raté, et dans les grandes largeurs, dans cette 4ème adaptation cinématographique de la pièce rendue mythique par l’immense Louis Jouvet. Une vraie désolation. Lire la suite

Couronne d’épines

Les épines que j’ai recueillies viennent de l’arbre que j’ai planté.

Quand Lord Byron écrivit ce vers, il ne croyait pas si bien dire. Effectivement, on ne récolte que ce que l’on a semé. 3 exemples pris au hasard dans l’actualité de ces derniers jours. L’affaire Lafarge rebondit. J’avais déjà averti mes lecteurs dans ma chronique du 26 juin 2016, Etat d’urgence… non Urgence d’Etat que tout n’était pas limpide autour de l’usine du cimentier français située en Syrie. J’écrivais alors : « le cynisme a de beaux jours devant lui dans certaines grandes entreprises du CAC 40, puisqu’on a appris par le Monde que le roi du ciment, le groupe Lafarge aurait payé Daesh pour que sa cimenterie de Jalabiya, en Syrie, continue de fonctionner durant le conflit. Dans une enquête publiée par le quotidien, Lafarge a tenté en 2013 et 2014 de faire fonctionner « coûte que coûte » son usine en Syrie « au prix d’arrangements avec les groupes armés environnants, dont l’organisation État islamique ». Lafarge aurait ainsi « indirectement financé » les jihadistes du groupe terroriste. Ne voilà-t-il pas que ce dossier à charge revient sur le devant de la scène médiatique. Il semblerait que le leader mondial des matériaux de construction ne soit pas en train de se bâtir une réputation en béton.

Sac de nœuds – bolsa de nudos – en Espagne. Le gouvernement Rajoy a lui aussi son épine dans le pied avec les velléités indépendantistes de la Catalogne. Barcelone s’est endormie le soir  indépendante et s’est réveillée le lendemain matin sous tutelle. La plus longue nuit de l’année aura-t-elle porté conseil ?

Enfin, les suprémacistes blancs comptent bien manifester encore aujourd’hui sous le slogan évocateur : Heil Trump ! Heil our People ! Heil Victory !, dans certaine villes américaines pour crier leur haine, leur violence, leur racisme… et leur connerie sous le regard condescendant – en un seul mot… quoique ! – de la Maison Blanche. Qui sont ces témoins rémanents des pires heures de l’Amérique ?  Ces sombres crétins rêvent de restaurer une illusoire pureté ethnique de l’Amérique et, au passage, vénère Donald le Connard… vilains cumulards ! Là encore, celui qui sème l’injustice moissonne le malheur.

Laissez bronzer les cadavres

Giallo* fétichiste

Hélène Cattet et Bruno Forzani nous proposent un film comme on en fait peu… et heureusement, car ces 90 minutes où ils ont confondu originalité et prétention sont d’un ridicule achevé. La Méditerranée, l’été : une mer d’azur, un soleil de plomb… et 250 kilos d’or volés par Rhino et sa bande! Ils ont trouvé la planque idéale : un village abandonné, coupé de tout, investi par une artiste en manque d’inspiration. Hélas, quelques invités surprises et deux flics vont contrecarrer leur plan : ce lieu paradisiaque, autrefois théâtre d’orgies et de happenings sauvages, va se transformer en un champ de bataille… impitoyable et hallucinatoire ! Incontestablement un des navets majuscules de l’année ! Lire la suite

La Belle et la Meute

D’une actualité brûlante

Je n’avais pas vu le précédent film de Kaouther Ben Hania, Le Challat de Tunis, et après ce drame policier, je le regrette beaucoup. Ces 100 minutes sous haute tension sont une véritable claque dont on ne ressort pas tout à fait indemne. Lors d’une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef. Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc. Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ? Ovationné à Cannes dans la catégorie Un certain Regard, primé au Festival d’Angoulême, ce film vous poursuit bien après le mot fin. A couper le souffle ! Lire la suite

L’école buissonnière

L’orphelin et le grand cerf

Eh oui, ça sonne comme un conte un tantinet ringard. Et, ce qui est sûr, c’est que la comédie dramatique de Nicolas Vanier sonne comme un mélo comme on en n’a plus écrit depuis Les Deux Orphelines en 1874 ! Paris 1930. Paul n’a toujours eu qu’un seul et même horizon : les hauts murs de l’orphelinat, sévère bâtisse de la banlieue ouvrière parisienne. Confié à une joyeuse dame de la campagne, Célestine et à son mari, Borel, le garde-chasse un peu raide d’un vaste domaine en Sologne, l’enfant des villes, récalcitrant et buté, arrive dans un monde mystérieux et inquiétant, celui d’une région souveraine et sauvage. L’immense forêt, les étangs embrumés, les landes et les champs, tout ici appartient au Comte de la Fresnaye, un veuf taciturne qui vit solitaire dans son manoir. Le Comte tolère les braconniers sur le domaine mais Borel les traque sans relâche et s’acharne sur le plus rusé et insaisissable d’entre eux, Totoche. Au cœur de la féérique Sologne, aux côtés du braconnier, grand amoureux de la nature, Paul va faire l’apprentissage de la vie mais aussi celui de la forêt et de ses secrets. Un secret encore plus lourd pèse sur le domaine, car Paul n’est pas venu là par hasard… Dieu que ces 116 minutes sont longues et poussives ! Une fois de plus, ce film prouve que les plus belles images du monde et un superbe casting ne peuvent suffire sans un scénario à la hauteur. Une grosse déception ! Lire la suite

La passion Van Gogh

Hypnotique

Ces 95 minutes constituent le premier long métrage entièrement peint à la main. Ecrit et réalisé par la polonaise Dorota Kobiela et le britannique Hugh Welchman, ce documentaire scénarisé est d’une incroyable originalité tant scénaristique que technique.  Paris, été 1891, Armand Roulin est chargé par son père, le facteur Joseph Roulin, de remettre en mains propres une lettre au frère de Vincent van Gogh, Theo. En effet, la nouvelle du suicide du peintre vient de tomber. Armand, peu enchanté par l’amitié entre son père et l’artiste, n’est pas franchement ravi par sa mission. À Paris, le frère de Van Gogh est introuvable. Le jeune homme apprend alors par Père Tanguy, le marchand de couleurs du peintre, que Theo, visiblement anéanti par la disparition de son frère aîné, ne lui a survécu que quelques mois. Comprenant qu’il a sans doute mal jugé Vincent, Armand se rend à Auvers-sur-Oise, où le peintre a passé ses derniers mois, pour essayer de comprendre son geste désespéré. En interrogeant ceux qui ont connu l’artiste, il découvre combien sa vie a été surprenante et passionnée. Et que sa vie conserve une grande part de mystère. Il y a déjà eu pas mal de films consacrés à Van Gogh, mais à chaque fois que ses toiles étaient à l’image, elles étaient purement décoratives. Dans ce film, son œuvre devient le vrai protagoniste – ses tableaux racontent son histoire – ce qui renvoie à la dernière lettre de Vincent adressée à son frère : On ne peut s’exprimer que par nos tableaux. Lire la suite