Archives de Tag: film italien

Una Questione Privata

Clap de fin pour les Taviani

Paolo et Vittorio Taviani font partie des incontournables du cinéma italien voire mondial avec des titres depuis Padre Padrone, jusqu’à César doit mourir en passant par Kaos, La nuit de San Lorenzo, ou Good Morning Babylonia. Cette fois encore avec ces 85 minutes de drame romantique, il reviennent sur le devant de l’affiche – pour la dernière fois à deux, Vittorio vient de décéder à l’âge de 88 ans -. Eté 43, Piémont. Milton aime Fulvia qui joue avec son amour : elle aime surtout la profondeur de sa pensée et les lettres qu’il lui écrit. Un an plus tard, Milton est entré dans la Résistance et se bat aux côtés d’autres partisans. Au détour d’une conversation, il apprend que Fulvia aimait en secret son ami Giorgio, partisan lui aussi. Milton se lance alors à la recherche de Giorgio, dans les collines des Langhes enveloppées de brouillard… Mais Giorgio vient d’être arrêté par les Fascistes. Un film d’une grande beauté, certes réalisé à l’ancienne, mais qui au-delà du message politique, reste avant tout une romance bouleversante sur fond de guerre. Forcément un grand film. Lire la suite

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Call me by your name

Douleur et passion

Oscar du Meilleur scénario adapté pour le drame romantique de Luca Guadagnino dont j’avais pourtant franchement détesté 2 des films, Amore et A Bigger Splash – qui figurent d’ailleurs en bonne place dans mon dernier livre, De la Culture du Brassicarapa sur grand écran (cf Les Bouquins de Jipéhel) … un peu d’auto promotion, ça ne peut jamais faire de mal -, cette fois, par contre, je dois avouer que ses 131 minutes – parfois un peu trop longues – m’ont conquis et séduit. Été 1983. Elio Perlman, 17 ans, passe ses vacances dans la villa du XVIIe siècle que possède sa famille en Italie, à jouer de la musique classique, à lire et à flirter avec son amie Marzia. Son père, éminent professeur spécialiste de la culture gréco-romaine, et sa mère, traductrice, lui ont donné une excellente éducation, et il est proche de ses parents. Sa sophistication et ses talents intellectuels font d’Elio un jeune homme mûr pour son âge, mais il conserve aussi une certaine innocence, en particulier pour ce qui touche à l’amour. Un jour, Oliver, un séduisant Américain qui prépare son doctorat, vient travailler auprès du père d’Elio. Elio et Oliver vont bientôt découvrir l’éveil du désir, au cours d’un été ensoleillé dans la campagne italienne qui changera leur vie à jamais. Un film bouleversant sur la naissance du désir, sophistiqué et à la portée universelle. Très beau moment de cinéma. Lire la suite

Après la guerre

Famille et politique

C’est le 1er long-métrage d’Annarita Zambrano qui n’est pourtant pas une débutante car on trouve dans sa filmographie pas mal de « courts » et un docu – que je n’ai pas vus au demeurant -. Ces 92 minutes de drame solides, denses et palpitantes sont bâties sur un scénario original même si les événements politiques qui y sont dépeints sont bien réels. Bologne, 2002. Le refus de la loi travail explose dans les universités. L’assassinat d’un juge ouvre des vieilles blessures politiques entre l’Italie et la France. Marco, ex-militant d’extrême gauche, condamné pour meurtre et réfugié en France depuis 20 ans grâce à la Doctrine Mitterrand, est soupçonné d’avoir commandité l’attentat. Le gouvernement italien demande son extradition. Obligé de prendre la fuite avec Viola, sa fille de 16 ans, sa vie bascule à tout jamais, ainsi que celle de sa famille en Italie qui se retrouve à payer pour ses fautes passées. Petit film qui a tout d’un grand film politique mâtiné de drame familial. Plus qu’intéressant. Lire la suite

Fortunata

Mère courage solaire

Je connaissais Sergio Castellitto en tant qu’acteur, chez Scola, Besson, Tornatore, Rivette, Bellocchio,… mais c’est la première fois que je vois une de ses réalisations… et je n’ai pas été déçu. 103 minutes de comédie dramatique d’excellent niveau. Fortunata a une vie tourmentée, une fille de huit ans et un mariage raté derrière elle. Elle est coiffeuse à domicile, vit en banlieue, traverse la ville, entre dans les appartements bourgeois et colore les cheveux des femmes. Fortunata se bat tous les jours avec une détermination farouche pour réaliser son rêve : ouvrir un salon de coiffure et prendre en main son destin, conquérir son indépendance et son droit au bonheur. Fortunata sait que pour aller au bout de ses rêves, il faut de la persévérance : elle a pensé à tout, elle est prête à tout, mais elle n’a pas pris en compte la variable de l’amour, la seule force perturbatrice capable de faire vaciller toutes ses certitudes. Aussi parce que, pour la première fois peut-être, quelqu’un la regarde telle qu’elle est et l’aime vraiment. Lumineux et émouvant : un film fort qui remet le cinéma sur des sommets qu’il n’aurait jamais dû quitter.   Lire la suite

Cœurs purs

La peur de l’autre

Roberto De Paolis, après s’être fait connaître comme photographe, réalise ici son premier film. Agnese et Stefano vivent à Rome dans deux mondes que tout oppose. Elle, 18 ans, est couvée par une mère croyante qui lui demande de faire vœu de chasteté jusqu’au mariage.  Lui, 25 ans, a grandi entre trafics et vols occasionnels, et veut s’affranchir de son milieu en acceptant un travail de vigile. Quand ils se rencontrent, se dessine l’espoir d’une nouvelle vie… On se dit d’emblée qu’on repart pour 115 minutes d’un sujet rebattu, remâché, rabâché : le choc social des cultures, ici, entre une jeune fille catho un tantinet réac et un jeune homme borderline à 100 lieues d’elle. De quoi s’inquiéter, mais en vérité, ce film italien présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, est une réelle bonne surprise. Lire la suite

Fucuoamarre, par delà Lampedusa

La vie continue

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Ours d’Or à la dernière Berlinale ! Ce n’est pas rien. C’est l’italien Gianfranco Rosi qui l’a reçu et qui plus est, pour un documentaire très déroutant entre fiction et réalité. Samuele a 12 ans et vit sur une île au milieu de la mer. Il va à l’école, adore tirer et chasser avec sa fronde. Il aime les jeux terrestres, même si tout autour de lui parle de la mer et des hommes, des femmes, des enfants qui tentent de la traverser pour rejoindre son île. Car il n’est pas sur une île comme les autres. Cette île s’appelle Lampedusa et c’est une frontière hautement symbolique de l’Europe, traversée ces 20 dernières années par des milliers de migrants en quête de liberté. Malgré un sujet d’actualité plus que dramatique, ce documentaire n’a pas voulu délivrer un message ni faire passer une thèse. Pas de chiffres, pas d’interviews, pas d’explications… Les deux premières phrases que l’on entend prononcer dans le film sont  How many people ? et  What’s your position ? Même si ces phrases sont prononcées par les garde-côtes en direction d’un bateau de migrants en détresse, elles semblent bien s’adresser au spectateur et, par delà Lampedusa, à l’Europe tout entière. Un grand film troublant par la forme comme par le fond pour un instantané d’un monde terrifiant. Lire la suite

Folles de joie

On ne peut être poète sans quelque folie (Démocrite)

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J’avais adoré les deux derniers films de Paolo Virzì, La prima cosa bella et Les Opportunistes. Ce ne sont pas ces 116 minutes de comédie dramatique qui vont me faire changer d’avis sur ce formidable réalisateur italien. Béatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d’amitié. Une après-midi, elles décident de s’enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu’est le monde des gens «sains». Très joli film sur la maladie mentale opposée à la folie ordinaire, porté par deux actrices au top, qui nous font partager leur fragilité et leur solitude. Drôle et mélancolique. Lire la suite