Archives de Catégorie: Cinéma

On the milky road

La magie de l’absurde

On peut se montrer plus que critique envers ses positions politiques, comme son soutient indéfectible à Slobodan Milošević, mais cela ne retire rien au fait qu’Emir Kusturica est un véritable cinéaste à la vision et la manière parfaitement reconnaissables. A ce titre, On the milky road fait partie intégrante de son œuvre. Sous le feu des balles, Kosta, un laitier, traverse la ligne de front chaque jour au péril de sa vie pour livrer ses précieux vivres aux soldats. Bientôt, cette routine est bouleversée par l’arrivée de Nevesta, une belle réfugiée italienne. Entre eux débute une histoire d’amour passionnée et interdite qui les entraînera dans une série d’aventures rocambolesques. On retrouve ici le mélange de folie et de poésie typique de son cinéma, la thématique de la Guerre des Balkans et son amour des « petites gens ». 125 minutes de folie pure comme seul le réalisateur de Papa est en voyage d’affaires, Chat noir Chat blanc ou La vie est un miracle, peut nous réserver. Lire la suite

Valérian et la cité des mille planètes

Somptueux bazar

Bon ! Luc Besson ne sait pas faire dans la finesse. Ce postulat posé, on peut prendre un certain plaisir durant les 138 minutes – parfois longues – de son nouveau blockbuster de science-fiction. Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d’agents spatio-temporels chargés de maintenir l’ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha – une métropole en constante expansion où des espèces venues de l’univers tout entier ont convergé au fil des siècles pour partager leurs connaissances, leur savoir-faire et leur culture. Un mystère se cache au cœur d’Alpha, une force obscure qui menace l’existence paisible de la Cité des Mille Planètes. Valérian et Laureline vont devoir engager une course contre la montre pour identifier la terrible menace et sauvegarder non seulement Alpha, mais l’avenir de l’univers. 50 ans après sa première parution chez Dargaud, on a donc décidé d’adapter au cinéma la BD culte de Mézières et Christin. C’était évidemment un pari plus que risqué, mais en grande partie gagné.   Lire la suite

Dunkerque

La débâcle

Christopher Nolan est un spécialiste du blockbuster comme le prouvent ses Inception, Man of Steel, Transcendance, Interstellar… C’est d’abord un excellent technicien, mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne fait pas dans la finesse. Ces 107 minutes sur fond de grande Histoire restent donc dans le droit fil de cette filmographie. Le récit de la fameuse évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940 est ici vue par le petit bout de la lorgnette, à travers l’anecdote, l’humain et non par le prisme habituel du politico-militaire. Intéressant dans l’intention mais je dois avouer m’être pas mal ennuyé devant la répétition des scènes et des situations et suis sorti totalement abruti par la musique permanente de Hans Zimmer. Bref, impression mi-figue mi-raisin devant un des films les plus attendus de cet été.   Lire la suite

Souvenir, souvenir…

Une lumière s’est éteinte

Quel est le point commun entre tous ces cinéastes :  Luis Buñuel, Theo Angelopoulos, Wim Wenders, Rainer Werner Fassbinder, Michelangelo Antonioni, Joseph Losey, Orson Welles, François Truffaut, Louis Malle, André Téchiné ou Bertrand Blier ? Ils ont tous fait tourner la divine Jeanne Moreau qui nous a quittés ce matin à l’âge de 89 ans.

Il serait trop long, voire impossible, de retracer ici en quelques lignes l’inoubliable carrière de cette artiste complète et engagée tout comme de raconter sa vie personnelle émaillée d’un nombre inouï de liaisons. L’un de ses amants d’un moment disait d’elle : Beaucoup d’hommes tombent amoureux d’elle, je l’ai fait, elle vous rend votre amour, mais seulement jusqu’à la fin du film. Elle est tout le temps à la recherche de l’amour, et elle laisse ses victimes sur le bord de la route. Une citation vaut toujours mieux qu’un long discours.

A titre personnel, je me dois de confesser lui devoir mes premiers « émois » quand en 1962, j’ai découvert à la fois Truffaut, la Nouvelle vague et la Catherine de Jules et Jim. Ensuite Jeanne Moreau n’a plus quitté ma passion cinéphilique avec Eva, Le Procès, Le Feu Follet, Le Journal d’une femme de chambre, La Vieille qui marchait dans la mer, Ascenseur pour l’échafaud, La Mariée était en noir, Les Valseuses, Monsieur Klein, Le Paltoquet,… je ne m’arrêterais plus même si je n’ai certainement pas vus tous les opus de sa filmographie forte de plusieurs centaines de titres.

Sa vie fut bien Le Tourbillon qu’elle nous avait chanté de sa voix chaude et rauque… inimitable.

Elle avait des bagues à chaque doigt, 
Des tas de bracelets autour des poignets,
Et puis elle chantait avec une voix
Qui, sitôt, m’enjôla.

Elle avait des yeux, des yeux d’opale,
Qui me fascinaient, qui me fascinaient.
Y avait l’ovale de son visage pâle
De femme fatale qui m’fut fatale

On s’est connu, on s’est reconnu,
On s’est perdu de vue, on s’est r’perdu d’vue
On s’est retrouvé, on s’est réchauffé,
Puis on s’est séparé.

Chacun pour soi est reparti.
Dans l’tourbillon de la vie
Je l’ai revue un soir, aïe, aïe, aïe,
Ça fait déjà un fameux bail

Au son des banjos je l’ai reconnue.
Ce curieux sourire qui m’avait tant plu.
Sa voix si fatale, son beau visage pâle
M’émurent plus que jamais.

Je me suis soûlé en l’écoutant.
L’alcool fait oublier le temps.
Je me suis réveillé en sentant
Des baisers sur mon front brûlant

On s’est connu, on s’est reconnu.
On s’est perdu de vue, on s’est r’perdu de vue
On s’est retrouvé, on s’est séparé.
Puis on s’est réchauffé.

Chacun pour soi est reparti. 
Dans l’tourbillon de la vie.
Je l’ai revue un soir ah ! là là
Elle est retombée dans mes bras.

Quand on s’est connu,
Quand on s’est reconnu,
Pourquoi s’perdre de vue,
Se reperdre de vue ?

Quand on s’est retrouvé,
Quand on s’est réchauffé,
Pourquoi se séparer ?

Alors tous deux on est reparti
Dans le tourbillon de la vie
On a continué à tourner
Tous les deux enlacés 
 

(Serge Rezvani)

Le dernier Vice-Roi des Indes

L’Histoire et le mélo

C’est le premier film de la réalisatrice britannique Gurinder Chadha que je vois. A 57 ans, elle a pourtant pas mal de titres derrière elle, mais rien qui ait accroché mon attention jusque là. Mars 1947. Après 300 ans de domination anglaise, le Palais du Vice-Roi à Delhi ouvre ses portes une dernière fois pour accueillir en grande pompe Lord Mountbatten et sa famille. Petit-fils de la reine d’Angleterre et nommé dernier Vice-Roi des Indes, « Dickie » Mountbatten devra préparer le pays à l’indépendance. Mais la tâche s’avérera bien plus ardue que prévu. Après d’âpres négociations avec Nehru, Gandhi et Jinnah, perturbées par de violents conflits religieux, il n’aura d’autre choix que d’entériner la partition des Indes et la création d’un nouvel état, le Pakistan. Dans le même temps, Jeet et Aalia, deux jeunes indiens au service du Palais et que la religion oppose, subiront ces événements et auront à choisir entre leur amour et leur attachement à leurs communautés. La décision de Lord Mountbatten va provoquer l’un des plus grands déplacements de population de l’Histoire et ses conséquences se font encore ressentir aujourd’hui.107 minutes dans le genre échevelé qui auraient dû être passionnantes mais n’est pas David Lean ou Richard Attenborough qui veut. La réalisation est soignée, les décors, les costumes, la reconstitution somptueux, mais il est regrettable que l’ambition ne soit pas totalement aboutie.   Lire la suite

Grand froid

Le road-movie du mort-vivant

Un premier film signé Gérard Pautonnier, venu de la pub et de la télé, qui a mis les petits plats dans les grands avec son casting +++ et un scénario d’une rare originalité. C’est la rencontre avec le romancier Joël Egloff qui l’a poussé à se lancer dans l’aventure.  Dans une petite ville perdue au milieu de nulle part, le commerce de pompes funèbres d’Edmond Zweck bat de l’aile. L’entreprise ne compte plus que deux employés : Georges, le bras droit de Zweck, et Eddy, un jeune homme encore novice dans le métier. Un beau matin, pourtant, un mort pointe son nez. L’espoir renaît. Georges et Eddy sont chargés de mener le défunt jusqu’à sa dernière demeure. Mais, à la recherche du cimetière qui s’avère introuvable, le convoi funéraire s’égare et le voyage tourne au fiasco. 86 minutes d’un road-movie macabre et hilarant qui se transforme en parcours initiatique avec deux regards sur la vie et sur la mort qui s’opposent. A découvrir. Lire la suite

6 Mois

La mémoire courte

Qui se souvient des titres des films que je vais citer ci-dessous ? Qu’ils aient été des coups de cœur ou de réelles déceptions, ou qu’ils aient généré de vrais coups de gueule, ils sont tous été projetés dans nos salles obscures : petit bilan !

Janvier : Le thriller psychologique au style flamboyant et à la construction fascinante, porté par un superbe casting, signé par Tom Ford et porté par Amy Adams, Jake Gyllenhaal, Michael Shannon entre autres : Nocturnal Animals. Du nouveau dans le thriller, ça se doit d’être salué. En France, il me reste l’excellente impression laissée par le road-movie parisien nocturne, bourré de drôlerie et de sensibilité, Ouvert la nuit, réalisé par Edourd Baer. Un portrait décalé et original qui fait du bien. Et je citerai encore Hélène Angel et son Primaire un des plus beaux portraits d’enseignant qu’on ait vu depuis longtemps sur nos écrans porté par une actrice à son sommet, Sarah Forestier.

Février : Souvenons nous du polémique Chez Nous du belge Lucas Belvaux. De l’insolite premier film de Morgan Simon avec Kevin Azaïs, -un acteur qui n’en finit pas de monter – Compte tes blessures. Le génial anti biopic Jackie de Pablo Larrain, le lumineux La la land de Damien Chazelle, le déchirant Loving de Jeff Nichols et l’Oscar du meilleur film américain de l’année, Moonlight de Barry Jenkins.

Mars : un petit film québécois qui a tout d’un grand 1 : 54 de Yann England avec un jeune et déjà immense acteur, Antoine-Olivier Pilon. Le monument de cynisme, Citoyen d’Honneur, venu d’Argentine. La sensation créée par le terrifiant Grave de Julia Ducourneau, le drame à corps et à cœur d’Anne-Gaëlle Laval, De plus belle, qui, pour son premier film ose un sujet douloureux et sensible, le film coup de poing du belge Stephan Streker sur le mariage forcé dans la communauté pakistanaise, Noces, enfin le très beau Patients, signé par Fabien Marsaud, alias Grand Corps Malade. Au rayon des flops magistraux, le prodigieusement inutile et putassier Chacun sa vie, le Lelouch annuel… Lire la suite