Archives de Tag: septembre 14

Léviathan

Un drame ordinaire

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Les tous premiers plans de ce film sont à eux seuls un résumé de l’état de la Russie d’aujourd’hui. D’abord de magnifiques paysages du bord de la mer de Barents, puis très vite, des épaves qui croupissent dans les sables, des rivières boueuses polluées par les usines proches et enfin des maisons plus ou moins à l’abandon qui suintent la misère. C’est le cadre choisi par Andreï Zviaguintsev auquel on doit l’excellent Elena, il y a deux ans. Kolia habite une petite ville au bord de la mer de Barents, au nord de la Russie. Il tient un garage qui jouxte la maison où il vit avec sa jeune femme Lylia et son fils Roma qu’il a eu d’un précédent mariage. Vadim Cheleviat, le Maire de la ville, souhaite s’approprier le terrain de Kolia, sa maison et son garage. Il a des projets. Il tente d’abord de l’acheter mais Kolia ne peut pas supporter l’idée de perdre tout ce qu’il possède, non seulement le terrain mais aussi la beauté qui l’entoure depuis sa naissance. Alors Vadim Cheleviat devient plus agressif… 141 minutes pathétiques de très grand cinéma. Andreï Zviaguintsev est un maître. Lire la suite

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Sur la rive.

La pêche aux voix

La Marine et ses p’tits gars prennent du bon temps. Et ils auraient bien tort de se gêner. Ils sont comme les pêcheurs au bord de la rivière, ils laissent flotter leurs lignes et regardent passer les cadavres de poissons morts au fil du courant. L’eau est boueuse, dangereusement polluée, l’air empoisonné est irrespirable. Et pourtant, nos pêcheurs arborent un sourire goguenard qui fait froid dans le dos.121PECHEAUXVOIX

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Elle l’adore

Un petit miracle

elle_l_adore_1Réalisatrice/scénariste/dialoguiste, pour son premier long-métrage, Jeanne Herry (fille de Julien Clerc et de Miou-Miou) est gonflée. Elle a enfin mis en place un projet vieux de dix ans. Elle a pris son temps et a eu parfaitement raison, car elle nous offre ici un petit bijou parfaitement maîtrisé qui vous tient en haleine de bout en bout. Muriel est esthéticienne. Elle est bavarde, un peu menteuse, elle aime raconter des histoires souvent farfelues. Depuis 20 ans, Muriel est aussi la première fan du chanteur à succès Vincent Lacroix. Avec ses chansons et ses concerts, il occupe presque toute sa vie. Lorsqu’une nuit Vincent, son idole, sonne à la porte de Muriel, sa vie bascule. Elle est entrainée dans une histoire qu’elle n’aurait pas osé inventer. Et le spectateur dans une comédie policière sacrément bien troussée et d’une grande originalité. Une vraie réussite pour un premier film.   Lire la suite

Brèves de comptoir

L’avenir ? Je préférais celui d’avant !

239248Ils ont drôles, amers, poètes, philosophes, pleins de bon sens, désespérés, parfois stupides, racistes, humains, cabossés par la vie, … ils sont tout cela à la fois et ils fréquentent le même bistro, le Café l’Hirondelle, quelque part dans un quartier populaire de Paris. Et ils parlent, ils parlent, sans cesse et nous font rire aux larmes, nous surprennent, nous révoltent parfois, rêvent d’un monde meilleur… bref ils nous ressemblent. Une journée de la vie du Café L’Hirondelle, sur une petite place de banlieue, en face d’un cimetière. De l’ouverture à 6h30 du matin jusqu’à la fermeture à 22h30, les clients entrent, boivent, parlent, sortent, rerentrent, re-boivent et reparlent de plus belle. Ils composent un drôle d’opéra parlé, une musique tendre et cocasse, un cantique de pensées frappées au coin du plaisir d’être ensemble, un verre de vin blanc à la main. Le génie populaire danse. 100 minutes délirantes de bon sens populaire et de talent à l’état pur de la part des comédiens. Lire la suite

Ana Arabia

Leçon de philosophie appliquée

ana-arabia-2Le nouveau film signé par Amos Gitaï, (son 45ème) sous les traits d’une fiction, est basé sur  l’histoire vraie de Leïla Djebarine, une femme née juive polonaise, rescapée du camp d’Auschwitz, qui s’est convertie à l’Islam pour épouser un Arabe. Ana Arabia capte un moment de la vie d’une petite communauté de réprouvés, juifs et arabes, qui cohabitent dans une enclave oubliée à la frontière entre Jaffa et Bat Yam, en Israël. Un jour, Yael, une jeune journaliste, leur rend visite. Dans leurs abris délabrés, dans un verger rempli de citronniers et entouré de HLM, elle découvre une galerie de personnages aussi éloignés que possible des clichés habituels sur la région. Yael croit avoir découvert une mine d’or. Elle en oublie son travail… 81 minutes de plan-séquence en continu et en mouvement qui constitue un geste fort et une réponse au conflit israélo-palestinien. Lire la suite

3 cœurs

En secret

3coeurs01Après l’étrange et dérangeant Au fond des bois en 2010 et le splendide Les Adieux à la Reine de 2011, Benoît Jacquot revient sur les écrans, avec ce drame, son 21ème long-métrage. Dans une ville de province, une nuit, Marc rencontre Sylvie alors qu’il a raté le train pour retourner à Paris. Ils errent dans les rues jusqu’au matin, parlant de tout sauf d’eux-mêmes, dans un accord rare. Quand Marc prend le premier train, il donne à Sylvie un rendez-vous, à Paris, quelques jours après. Ils ne savent rien l’un de l’autre. Sylvie ira à ce rendez-vous, et Marc, par malheur, non. Il la cherchera et trouvera une autre, Sophie, sans savoir qu’elle est la sœur de Sylvie… Voilà un mélodrame d’une rare beauté. Les sentiments mis ici en avant sont forts et parfaitement plausibles (si l’on veut bien accepter le postulat de départ), mais surtout, la direction d’acteurs est remarquable. Tout en non-dits et en regards, ce film fait penser à Flaubert ou à Balzac. Bouleversant.

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Bon rétablissement

A votre santé

3b712de48137572f3849aabd5666a4e3-1407479678Même si sa filmographie a connu des hauts et des bas, j’aime le cinéma de Jean Becker qui, le plus souvent m’amuse et me touche. J’ai donc beaucoup de bons souvenirs quand je songe à Bienvenue parmi nous, La Tête en friche, Dialogue avec mon jardinier, bref, un cinéma où on se sent bien. Voici donc sa nouvelle comédie. Suite à un accident, Pierre, la soixantaine, se retrouve cloué au lit avec une jambe dans le plâtre. Misanthrope au caractère bien trempé rêvant de silence et de solitude, voilà que le monde s’invite à son chevet. Il assiste alors impuissant à la valse quotidienne des médecins, infirmières et personnels hospitalier, puis de ses proches dont son frère Hervé. Au fil de rencontres inattendues, drôles ou touchantes, Pierre reconsidère certains a priori et pose sur les autres un regard différent. Et, contre toute attente, ce séjour à l’hôpital finit par ressembler à une renaissance… Ce n’est certes ni un chef d’œuvre, ni même le film de l’année, mais c’est tendre, souvent très drôle, extrêmement bien écrit (Jean-Loup Dabadie oblige) et servi par un casting parfait.

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