Archives de Tag: Olivier Gourmet

Edmond

Cri d’amour pour le théâtre

Alexis Michalik est un magicien. A 35 ans, cet acteur – essentiellement de théâtre – réalise son rêve en dirigeant ce film magistral qu’il a conçu et écrit lui-même. Oui, magistral, c’est le mot. Décembre 1897, Paris. Edmond Rostand n’a pas encore trente ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Il n’a rien écrit depuis deux ans. En désespoir de cause, il propose au grand Constant Coquelin une pièce nouvelle, une comédie héroïque, en vers, pour les fêtes. Seul souci : elle n’est pas encore écrite. Faisant fi des caprices des actrices, des exigences de ses producteurs corses, de la jalousie de sa femme, des histoires de cœur de son meilleur ami et du manque d’enthousiasme de l’ensemble de son entourage, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit. Pour l’instant, il n’a que le titre : Cyrano de Bergerac. Ce pur chef d’œuvre de l’esprit français, pour sa première en décembre 1897, fera 40 rappels, Rostand sera décoré illico de la Légion d’Honneur, la pièce jouée plus de 20.000 fois au XXe siècle. A en juger par le triomphe réservé par le public de Sarlat à cette avant-première, – le film ne sortira que le 9 janvier 2019 -, je prédis une superbe carrière à cette comédie pleine de drôlerie, de rythme, d’émotion… et de panache. Lire la suite

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Un peuple et son roi

Puzzle historique ambitieux et maladroit

Pour moi, Pierre Schoeller, c’est l’homme du remarquable L’Exercice de l’Etat de 2011. Cet homme-là aime la politique et le débat social. Mais cette fois, il nous impose 120 minutes d’un immense fatras populo-historique qui cache un évident manque de moyens par un esthétisme outré. En 1789, un peuple est entré en révolution. Écoutons-le. Il a des choses à nous dire. « Un peuple et son roi » croise les destins d’hommes et de femmes du peuple, et de figures historiques. Leur lieu de rencontre est la toute jeune Assemblée nationale. Au cœur de l’histoire, il y a le sort du Roi et le surgissement de la République… Le parti-pris de nous montrer une des pages fondatrices de notre pays à travers le regard du peuple était un pari aussi risqué que tentant. Mais voilà, la gageure n’est qu’en partie tenue car le film est brouillon, souvent inaboutie, et parfois d’un ennui profond. On assiste à l’éruption de l’énergie populaire au cœur du pouvoir. Cela aurait dû être passionnant. Mais les faiblesses de cette fresque l’emportent sur ses qualités et son ambition plus que louable. Lire la suite

Tueurs

Nettoyage par le vide

Un film de braquage et de règlement de comptes entre truands, un de plus vous allez me dire. Oui, mais là on a de grosses différences. Le film est signé par Jean-François Hensgens et François Troukens, lui-même ancien truand et qui a accompli 10 ans de prison. Il s’est formé à la littérature et aux métiers du cinéma durant son séjour derrière les barreaux. C’est là qu’il a puisé son inspiration pour ce polar, utilisant son expérience pour nourrir son scénario. Avouez que ça nous change des scénarii des anciens flics. Alors que Frank Valken réalise un casse fabuleux, un commando de tueurs entre en action et exécute tous les témoins. On relève parmi les cadavres celui de la magistrate qui enquête sur l’affaire des Tireurs fous. Trente ans plus tard, ils semblent être de retour. Arrêté en flagrant délit et face à la pression médiatique, Frank n’a d’autre choix que de s’évader pour tenter de prouver son innocence. 86 minutes sous très haute tension, sèches, glaciales et d’une rare efficacité. Un des polars de l’année. Lire la suite

Grand froid

Le road-movie du mort-vivant

Un premier film signé Gérard Pautonnier, venu de la pub et de la télé, qui a mis les petits plats dans les grands avec son casting +++ et un scénario d’une rare originalité. C’est la rencontre avec le romancier Joël Egloff qui l’a poussé à se lancer dans l’aventure.  Dans une petite ville perdue au milieu de nulle part, le commerce de pompes funèbres d’Edmond Zweck bat de l’aile. L’entreprise ne compte plus que deux employés : Georges, le bras droit de Zweck, et Eddy, un jeune homme encore novice dans le métier. Un beau matin, pourtant, un mort pointe son nez. L’espoir renaît. Georges et Eddy sont chargés de mener le défunt jusqu’à sa dernière demeure. Mais, à la recherche du cimetière qui s’avère introuvable, le convoi funéraire s’égare et le voyage tourne au fiasco. 86 minutes d’un road-movie macabre et hilarant qui se transforme en parcours initiatique avec deux regards sur la vie et sur la mort qui s’opposent. A découvrir. Lire la suite

En amont du fleuve

A la recherche du père

J’avais beaucoup aimé le tout petit film de Marion Hänsel, La Tendresse, et, la présence à l’affiche de deux superbes comédiens m’ont conduit à aller voir ces 90 minutes inattendues, étranges, mais somme toute, décevantes. À bord d’un petit rafiot, Homer et Joé, la cinquantaine, remontent un fleuve vers des chutes d’eau en Croatie. Jusqu’au décès, récent, de leur père, ils ignoraient l’existence l’un de l’autre. Pourtant, ils sont demi-frères. Sean, un baroudeur irlandais énigmatique et menteur se joindra à eux. A part les splendides paysages croates et les prestations des acteurs, on ne retient pas grand-chose de ce drame elliptique, qui conserve sa part de mystère jusqu’au bout et laisse le spectateur pantois et déçu sur la rive du fleuve. Un beau film qui ne va pas au bout de son ambition. Lire la suite

Sage femme

La Cigale et la Fourmi

Il n’aura échappé à personne que Martin Provost n’a pas utilisé le tiret dans le titre de son formidable drame mettant en scène de nos plus grandes comédiennes actuelles. Après l’excellent Séraphine et l’intriguant Violette, il récidive dans la qualité et la sobriété qui paraît somme toute une constante de sa filmographie. Claire est la droiture même. Sage-femme, elle a voué sa vie aux autres. Déjà préoccupée par la fermeture prochaine de sa maternité, elle voit sa vie bouleversée par le retour de Béatrice, ancienne maîtresse de son père disparu, femme fantasque et égoïste, son exacte opposée. Une belle histoire baignée de sincérité, un vrai savoir-faire derrière la caméra et un casting +++… que demander de plus ? Lire la suite

En Mai, fais ce qu’il te plaît

La France, sans concession.

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Christian Carion aime l’Histoire avec un grand H et la traite, ma foi, fort bien au cinéma comme en témoignent son Joyeux Noël de 2005 ou L’Affaire Farewell en 2009. Son nouvel opus consacré au début de la seconde guerre mondiale et en particulier à l’exode, est bourré de qualités et a au moins le mérite de l’originalité. Mai 1940. Pour fuir l’invasion allemande, les habitants d’un petit village du nord de la France partent sur les routes, comme des millions de Français. Ils emmènent avec eux dans cet exode un enfant allemand, dont le père opposant au régime nazi est emprisonné à Arras pour avoir menti sur sa nationalité. Libéré dans le chaos, celui-ci se lance à la recherche de son fils, accompagné par un soldat écossais cherchant à regagner l’Angleterre… Du vrai cinéma populaire, sincère, généreux, bien écrit, bien ficelé et superbement interprété.  Lire la suite