Archives de Tag: mars 2011

Tous les soleils

Drôle d’Œdipe

Eh oui ! Parent est un métier, et un métier à plein temps. Et justement le temps passe vite, trop vite pour qu’on voit nos enfants grandir. C’est bien ce qui arrive à Alessandro, qui vit à Strasbourg, avec sa fille de 15 ans et son frère. Il est veuf depuis pratiquement la naissance de sa fille, qu’il élève donc seul, sans voir ou sans doute sans pouvoir accepter qu’elle devienne une ado avec ses envies de liberté et d’amour. Si le scénario du film de Philippe Claudel se limitait à ce point de départ, ce serait sans intérêt car déjà vu et traité mille fois… mais ici il y a pléthore de personnages secondaire absolument succulents et qui font toute la richesse de cette comédie lumineuse.

A commencer par le frère, inénarrable Neri Marcorè, pique-assiette, gaffeur, artiste peintre répétitif et anarchiste convaincu, qui au, nom de ses convictions, ne travaille jamais… il résiste. On ajoute toute une galerie de portraits savoureux, une série d’histoires qui s’entremêlent et vous obtenez un film pittoresque, cocasse, chaleureux et sans prétention qui n’a qu’un but : réjouir le public… noble mission.

Stefano Accorsi, remarquable dans le rôle principal, partage le succès du film avec Neri Marcorè, véritable bouffon de Comedia d’el Arte ; tous les deux font irrésistiblement penser au duo Tognazzi/Gassman des grandes années du cinéma italien. La petite Lisa Cipriani promet beaucoup, et les deux « guests stars », Clotilde Courau et Anouk Aimée sont toutes les deux superbes et apportent à ce film les touches de gravité qui lui évitent sûrement de n’être que la énième comédie du genre.

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Je n’ai rien oublié

Le mensonge et la mémoire

En adaptant le roman Small World, de Martin Suter, Bruno Chiche réalise un film original à l’intrigue bien menée (même si le dénouement peut paraître un peu prévisible), et qui parvient à nous tenir en haleine tout au long des 90 minutes, grâce à une ambiance très lourde, dans cette magnifique demeure qui suinte le secret et le non-dit. Les éclairages qui drainent leur part d’ombres, le décor, la bande son qui fait la part belle au chuintements et aux murmures, tout nous retient dans cette famille, qui n’a d’honorable que l’apparence. Lire la suite

Waste Land

Le miracle de l’art

Vik Muniz est un artiste contemporain très côté pour son talent de sculpteur et de photographe. Lucy Walker l’a suivi pas à pas dans une démarche artistique très originale. Il va passer trois années à Jardim Gramacho en banlieue de Rio de Janeiro dans la plus vaste décharge du monde, pour y photographier les                   « catadores » (les ramasseurs de déchets recyclables). Très vite, ce qui n’était sans doute au départ qu’une démarche purement esthétique, va très vite le dépasser, avant qu’il ne soit séduit et emporté par le désespoir et la dignité du quart-monde brésilien. C’est alors devenu un documentaire sur la beauté, dans les toutes acceptions du terme. Beauté plastique des œuvres qui vont naître de ce projet un peu fou, beauté des visages, des sourires et des corps, beauté même des ordures déversées par tonnes dans cet enfer multicolore, beauté des sentiments de fraternité et générosité, beauté de l’émerveillement de tous ces artistes malgré eux, beauté de la démarche du concepteur et des images de Lucy Walker. Lire la suite

Les yeux de sa mère

Mères indignes

Donc l’argent et la célébrité ne font pas le bonheur. Merci à Thierry Klifa de nous faire cette révélation bouleversante dans son dernier film, Le yeux de sa mère. Je dois avouer d’entrée que dans ce genre de film, j’ai toujours, personnellement beaucoup de difficultés à m’identifier aux personnages de l’histoire. Je ne les comprends pas, je ne partage pas leurs sentiments, leur psychologie et leur cheminement m’échappent. Certes, quand on va voir un film mettant en scène des héros invincibles ou des personnages décalés et foldingues, on se laisse bercer sans chercher réalisme ou logique. Mais là, cette star du petit écran qui a sacrifié toute vie privée au profit de sa carrière, tout comme sa propre fille, danseuse étoile en vue (les deux étant des allusions lourdingues à PPDA et à Marie-Claude Piétragalla) sont des personnages trop proches de notre univers pour échapper à notre jugement. Lire la suite

Cirkus Columbia

Bosnie mon amour

1991 en Bosnie. Le communisme s’est effondré depuis peu. La Yougoslavie est toujours là mais plus pour longtemps. On sent les prémices du conflit qui va opposer violemment la Serbie et la Croatie. C’est dans ce contexte que le réalisateur Danis Tanovic plante le décor de son Cirkus Columbia. Ça commence comme une comédie, mais celle-ci tournera au drame dans la dernière partie du film tout comme la vie douce et insouciante des habitants de la petite ville bosniaque, va changer au fur et à mesure que la guerre va s’approcher de ses murs.

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Si tu meurs, je te tue

Kurdistan sur Seine

Le film réalisé par Hiner Saleem nous fait pénétrer dans la communauté kurde de Paris à travers le regard d’un marginal français, joué avec beaucoup de sensibilité par Jonathan Zaccaï. Pour cela le réalisateur filme un Paris chaleureux, ensoleillé et joyeux, sans doute comme le perçoivent les kurdes exilés dans notre capitale. Il nous livre un conte moderne, avec sa jolie fée, Golshifteh Farahani, magnifique actrice (déjà aperçue dans Mensonges d’état de Ridley Scott) que nous reverrons avec plaisir, ses sept nains, à savoir une bande de bras-cassés kurdes parfaitement irrésistibles (les Pieds Nickelés leur aurait bien convenu, mais ils n’étaient que trois) et un méchant, le père venu directement d’Iran pour retrouver le corps de son fils défunt, mais qui hélas a été incinéré… d’où tous les ennuis qui vont s’abattre sur les deux héros. Lire la suite

L’agence

Les anges ne sont plus ce qu’ils étaient

George Nolfi tous azimuts. Derrière la camera pour la première fois, il est également le dialoguiste et le scénariste (comme pour Ocean’s Twelve ou La Vengeance dans la peau) de ce film de science-fiction très original. Le sujet est même fondamental : « Peut-on échapper à son destin ? A-t-on un véritable libre-arbitre ou sommes-nous constamment manipulés ? La réponse apportée par cette production qui tient à la fois de la SF, de la comédie et du thriller, n’est pas forcément très optimiste, surtout quand elle avance l’hypothèse paranoïaque de l’existence d’une réalité supérieure qui dominerait un monde illusoire. Lire la suite