Archives de Tag: Mai 2011

Le complexe du castor

Etrange schizophrénie

 Comment sortir de la dépression ?  Jodie Foster nous donne ici une réponse inattendue. En enfilant une marionnette-main représentant un castor en peluche et en la faisant parler à sa place. Pour le moins surprenant ! C’est pourtant là, le point de départ de son troisième film qui ne versera jamais ni dans le pathos ni dans  le ridicule.

Elle nous fait pourtant passer du malaise tragi-comique au début à l’angoisse réelle vers la fin.  Une nouvelle fois, Jodie Foster, à la fois devant et derrière la caméra, explore les rapports familiaux, à travers l’histoire de cet homme (formidable et bouleversant Mel Gibson… j’allais dire enfin) qui a plongé dans une profonde dépression et qui ne s’en sort que quand il fait parler sa marionnette à sa place. On aurait pu tirer de cette situation une pure comédie… c’est d’ailleurs ce qui était prévu avec Jim Carrey pressenti pour le rôle, tout comme Steve Carell, jusqu’à ce que ce soit Jodie Foster qui, comme toujours passionnée par les personnages décalés et en proie à la solitude, s’empare du projet pour en faire un drame sans jamais reculer devant une noirceur bien peu hollywoodienne.

C’est donc l’histoire d’un homme qui lutte contre ses démons, ce que Gibson connait bien depuis qu’il est devenu persona non grata à Hollywood à cause de ses problèmes avec l’alcool, les déclarations antisémites, les propos homophobes et les déboires conjugaux. Ce film devient pour lui, comme pour son personnage, une véritable thérapie que lui a offerte son amie de toujours Jodie Foster. La simplicité de sa mise en scène se met parfaitement au service de cette situation extravagante et paradoxale. Surtout quand on ajoute que le fils aîné (Anton Yelchin) devient le « nègre » attitré des autres étudiants de son université en leur écrivant leurs dissertations ou leurs discours de fin d’année, car lui aussi ne parvient pas à s’exprimer par lui-même et a besoin des autres pour le faire. A noter également la performance du petit Riley Thomas Stewart, dans ce film dont la projection cannoise a soulevé un enthousiasme rare auprès des festivaliers. (Retour mérité sur la Croisette, pour l’héroïne de Taxi Driver, Palme d’Or en 1976, elle avait alors 13 ans…) 91 minutes d’excellent cinéma.

La défense Lincoln

Efficace

La Défense Lincoln est adapté d’un roman de l’écrivain à succès Michael Connelly. Sur cet excellent scénario, Brad Furman réalise un thriller très efficace, d’autant plus dans l’air du moment, qu’il démonte à merveille toutes les subtilités et perversités du système judiciaire américain. Il construit un vrai suspense autour du personnage d’un avocat médiocre, , spécialiste des coups bas et des magouilles en tout genre pour faire acquitter ses clients, généralement des malfrats à la petite semaine, et dont le bureau a élu domicile à l’arrière de sa grosse berline, une Lincoln Continental  immatriculée « NOTGUILTY »… ça ne s’invente pas. Lorsqu’il est appelé pour défendre un gosse de riches, il se dit que c’est la chance de sa vie, d’autant plus que la cause a l’air simple et évident. Mais…

On pense souvent au Grand Sommeil  de Raymond Chandler et à certains films de Sydney Lumet.  L’affaire est bien plus alambiquée qu’il n’y paraît, l’intrigue à tiroir tient en haleine, même si trop de complexité nuit parfois à sa compréhension, une Los Angeles volontairement banale et éloignée des clichés habituels, est bien filmée par Furman, et le casting est épatant avec un surprenant  Matthew McConaughey, revenu à son meilleur niveau (perdu de vue depuis pas mal de films), et Marisa Tomei, toujours superbe.

La Défense Lincoln questionne les failles de la justice américaine où, en tout cas dans ce film, la manipulation et la corruption l’emportent. On nous donne une vision diabolique de cette justice, durant deux heures, rondement menées,  vives et nerveuses, servies par une réalisation cadencée et sans cesse renouvelée. Même l’inévitable happy end  est teinté de cynisme : la morale est sauve… enfin presque !

Une folle envie

Poussif

Yann et Rose sont jeunes, ils s’aiment et veulent avoir un enfant. Seulement voilà, la nature en a décidé autrement. Et malgré leurs efforts et leur impatience, ils ne voient rien venir. Alors ils vont tout essayer… tout et n’importe quoi. Voilà toute l’histoire racontée par Bernard Jeanjean et Martine Fontaine. C’est simple, c’est un sujet de société qui en vaut bien d’autre, seulement voilà…

Les deux maîtres d’œuvre n’ont pas su se décider sur le ton à employer pour traiter leur sujet. Ils ont hésité entre comédie légère, comédie grivoise, comédie dramatique, film sociétal, comédie psychologique etc… Mais le résultat est plus que décevant parce qu’il y a un peu de tout ça mais à aucun moment ils n’ont fait leur choix. Ça nous donne un objet cinématographique non identifié de 80 minutes… et c’est largement suffisant. Pour quelques situations qui auraient pu être cocasses, pour quelques bonnes répliques mal vendues, on évitera de parler de navet ou de nanar. Mais c’est tout juste ! Quand on lit que le réalisateur et la scénariste, ont puisé l’idée du film dans leur propre vie : « En effet, couple à la ville, ils ont eux aussi eu recours à une insémination artificielle pour avoir un enfant ». On se dit qu’ils sont passé à côté de quelque chose à force d’incohérence et d’indécision.Quant aux acteurs, Clovis Cornillac et Olivia Bonamy en tête, ils surjouent en permanence. Ils en font trop parce qu’ils n’ont pas grand-chose à faire, sinon l’amour… mais bon, là non plus, ce n’est pas suffisant. On se demande ce que Philippe Harel ou Jean-François Stévenin sont allés faire dans cette galère. On s’explique d’ailleurs aisément qu’il n’y ait eu ni projection-presse, ni campagne de promotion, ni même de bande annonce à répétition. La production serait-elle partie battue ? On les comprend !

L’œil invisible

Glacial

La Mirada Invisible, réalisé par Diego Lerman, situe son action à Buenos-Aires, en 1982, près de la chute de la dictature militaire qui a pesé sur l’Argentine pendant plus de dix ans. L’insurrection couve et devient de plus en plus présente durant le film. Mais on ne fera que l’entendre gronder au loin, car jamais Diego Lerman ne filmera les rues de la capitale. Nous restons constamment enfermés, (on pourrait dire cloîtrés) dans les murs d’une institution qui forme l’élite de la nation. Le chilien Pablo Larrain avait utilisé le même procédé dans son Santiago 73 Post-mortem, à cette différence près, c’est que cette fois, l’héroïne a quelque chose à dire, à raconter, elle existe vraiment… quoique ! Lire la suite

The tree of life

La fresque

Les Moissons du ciel, La Ligne rouge, Le Nouveau Monde ? Ça vous dit quelque chose, évidemment. Ces trois immenses films ont été réalisés par Terrence Malick.  Voici sur les écrans son dernier opus, The tree of life. Il récidive, fidèle à lui-même, avec un cinéma superbe, ambitieux, souvent ésotérique et mystique mais d’une originalité à faire pâlir pas mal de ses confrères. Lire la suite

La conquête

Au pays de l’ambition

C’est la première fois dans toute l’histoire du cinéma français qu’un film de fiction est réalisé sur un président de la République encore en exercice. C’est  Xavier Durringer qui a osé. Mais si on est loin du panégyrique, cela ne tient pas non plus du crime de lèse-majesté. D’ailleurs, si tel avait été le cas…. Il s’agit plutôt d’une charge contre le monde politique, ses mœurs, ses grands malades de l’ambition personnelle et la soif de pouvoir. Il ne s’agit pas non plus d’une chronique d’histoire contemporaine, mais, comme nous en avertit la phrase en exergue du film, une œuvre de fiction basée sur des faits réels. Au spectateur de démêler la réalité de la fiction. Lire la suite

Le gamin au vélo

L’enfant en colère

Jean-Pierre et Luc Dardenne réalisent un film tous les trois ans. On se souvient de Rosetta, Le Fils, L’enfant ou Le Silence de Lorna. Tous ces films ont des points communs : on se situe dans le petit peuple, en Belgique et les personnages qui ont de graves problèmes d’identité évoluent dans une ambiance lourde et tendue. Ce Gamin au vélo ne dérogent à aucune de ces règles. On aime ou on n’ aime pas. Personnellement je ne suis pas un fanatique du cinéma des deux frères belges, sans pour autant nier leur grand talent… mais cette fois je me suis laisser conquérir par ce petit bout d’homme de 12 ans, écorché vif, révolté, colérique, hargneux, mais qui ressent une véritable envie d’être aimé. Lire la suite