Archives de Tag: Juin 2011

Le Chat du Rabbin

 

Fable œcuménique

Adapter une BD au cinéma représente toujours un risque important. Aura-t-on les moyens de ses ambitions ? La cruelle et sempiternelle question de l’argent se pose systématiquement. Car, ne nous leurrons pas, réaliser un dessin animé de qualité coûte très cher. Celui-ci, réalisé par Joann Sfar et Antoine Delesvaux, est une réussite. Tant mieux, c’est rarement le cas pour ce type de production dans le paysage cinématographique français. Lire la suite

La prima cosa bella

Ultime giorni

Quelle magnifique surprise que ce film italien réalisé par Paolo Virzi, sorti sans aucun tapage (je n’ai même pas vu de bande-annonce) et qui s’avère être un petit chef-d’œuvre ! La famille Nigiotti est en miettes depuis longtemps, et c’est autour de la mère agonisante qu’elle va se reconstruire. On aurait pu croire à un drame pathétique, à un mélo larmoyant et bien non, rien de tout cela. C’est une vraie comédie, avec ses moments de drame… ou un vrai drame avec ses moments de comédie… c’est la vie tout simplement ! Lire la suite

« Omar m’a tuer »

Le combat continue

 

Michel Drach, en 1979, signait un film traitant d’une erreur judiciaire, Le Pull-over rouge. Celui réalisé par Roschdy Zem (déjà remarqué il y a 5 ans avec Mauvaise Foi) entreprend la même démarche. Tout, dans l’affaire de l’assassinat de Ghislaine Marchal qui avait défrayé la chronique en 1991, est obscur. Le scénario écrit par Rachid Bouchareb et Olivier Lorelle tente d’y voir plus clair 20 ans après. Pour une fois, je ne vais pas ici faire une analyse cinématographique de ce film… D’abord il n’y a pas de quoi, car, en dehors du récit qui est traité de manière assez originale en alternant sans cesse, l’affaire judiciaire elle-même et l’enquête parallèle menée par un écrivain, celle qui mènera à la révision du procès, le point de vue du cinéphile reste assez tiède. C’est filmé de manière plus que classique et sans relief. Reste la performance des acteurs, avec Sami Bouajila, absolument bouleversant et pathétique dans le rôle d’Omar Raddad, ainsi que Denis Podalydès et Maurice Bénichou, parfaitement plausibles tous les deux. Ce trio d’acteurs sait créer une tension permanente, le grand atout du film.Que peut-on dire d’un film militant, d’une œuvre qui cherche la vérité, d’une démarche qui tente de prouver l’innocence d’un homme, visiblement condamné à tort, gracié par Jacques Chirac mais qui réclame toujours aujourd’hui que la justice française le réhabilite ? Car, on voit bien que d’entrée, les dés étaient pipés, qu’on a condamné un homme sans preuve car il fallait un coupable… et ce jardinier maghrébin faisait l’affaire. Mais pourquoi la police et la justice se sont-elles liguées pour détruire les preuves ? Qui a-t-on voulu couvrir ? La vérité est-elle si dérangeante au point, qu’en 2011, on refuse encore de rouvrir le dossier ? Toutes ces questions restent douloureusement ouvertes. Un homme attend qu’on proclame son innocence… et pourtant. Bien sûr Roschdy Zem, Rachid Bouchareb et Olivier Lorelle sont de parti-pris. Et alors ! Ce n’est pas un documentaire. C’est une œuvre digne, engagée et qui pose des questions insupportables et pousse à la réflexion : Peut-on vraiment faire toujours confiance à notre justice ? On dit qu’elle est aveugle, certes, mais elle est aussi sourde et repliée sur ses propres erreurs. Comme la classe politique, elle refuse de reconnaître ses torts, campe sur des positions qui seraient intenables si la raison du plus fort n’était pas toujours la meilleure.

Balada Triste

Fellinien

Encore sous le choc, je cherche mes mots… Beau, monstrueux, poétique, drôle, violent, baroque, onirique… je ne sais plus où donner du qualificatif pour ce film réalisé par Álex de la Iglesia.  J’avoue mal connaître sa filmographie, mais j’avais déjà apprécié Mes chers voisins et Le Crime farpait. Mais là, je suis tombé sous le charme de cette Balada Triste De La Trompeta. Les influences sont évidentes, on y trouve l’outrance et l’amour du cirque de Fellini, ou l’ hommage appuyé à Hitchcock dans la longue scène finale.

Dans ce qui pourrait passer pour un immense foutoir, un grand n’importe quoi, tout est pourtant parfaitement bien ordonné et remarquablement pensé. Álex de la Iglesia ne laisse rien au hasard et se sert admirablement du contexte des  années noires du franquisme pour sous-tendre son récit. Le clown triste et l’auguste s’oppose dans une lutte sans merci, tout comme les nationalistes et les républicains. Pour ces derniers, l’Espagne était l’enjeu, pour nos deux clowns se sont les faveurs de la belle acrobate. Et pourtant la lutte est déséquilibrée, le clown blanc est triste, laid, timide et peureux; l’auguste et beau, drôle, sûr de lui et séduisant… mais la vie réserve des surprises et les situations se retournent vite. Ici, la rivalité sera poussée à son paroxysme, jusqu’au bain de sang, jusqu’à l’horreur… mais la caméra du réalisateur sublime tous les sentiments même les plus extrêmes.Récompensé à la Mostra de Venise par un Lion d’Argent, le film est admirable de beauté et d’outrance. Son traitement en faux noir et blanc teinté de quelques touches de couleurs, la bande son superbe, (ne pas rater le générique de début… un des plus forts que j’ai vus depuis longtemps) et sa galerie de seconds rôles appartenant tous au petit monde du cirque et qui sont plus hilarants les uns que les autres , tout cela contribue à la réussite de cette production hors norme. Sans oublier, bien sûr, les trois acteurs principaux : Carlos Areces, Antonio de la Torre et Carolina Bang, admirables de bout en bout. On peut trouver ça épuisant ou de mauvais gout. Mais on peut aussi crier au génie. Les avis seront évidemment partagés par ce cinéma de l’excès. Pour ma part, j’ai adoré et on voit rarement des films aussi aboutis sur nos écrans. Alors… à vous de juger !

La dernière piste

Le chemin pour nulle part…

J’ignore à quoi ressemble l’Oregon en 2011, mais je peux vous dire qu’en 1845 ce n’était pas réjouissant. En tout cas pour ces trois familles et leur guide qui traversent sans jamais apercevoir le bout du voyage, des plaines et des plaines, des collines et des collines, des cailloux et des cailloux… Bref, le désert sans fin… et sans avenir. C’est la première impression que nous laisse le western réalisé par Kelly Reichardt. Mais résumer ce beau film âpre et aride comme son décor à cette simple évocation serait par trop réducteur, car il y a beaucoup plus que cela. Lire la suite

Mike

Le garçon qui ne doute de rien.

Pour sa première réalisation Lars Blumers s’est inspiré librement d’un fait divers qui a eu lieu en Alsace il y a une dizaine d’années. Plus exactement à Kembs, dans une région frontalière située en France au plus proche de la Suisse et de l’Allemagne. Et tout cela à son importance dans ce portrait qui nous est fait d’une jeunesse désœuvrée, paumée, pas méchante mais qui n’a aucun repère pour la vie qui l’attend. Au centre de ce trio de ce trio de bras cassés, on trouve Jean-Philippe, surnommé Mike, un passionné de belles bagnoles, au point de les voler, plutôt de les emprunter pour ensuite les rendre en les remettant soigneusement à leurs places. Il le dit « ce que j’aime par-dessus tout, c’est conduire ». Lire la suite

Une séparation

 La vie… et la religion

Réalisé par Asghar Farhadi (A propos d’Elly), ces deux heures passées en Iran sont passionnantes de bout en bout et sont un magnifique témoignage de ce que peut être la vie quotidienne, aujourd’hui, à Téhéran. Tout est réuni dans ce film, la force, la tension, la virtuosité du metteur en scène et le talent des acteurs… Oui, tout y est réuni pour un chef-d’œuvre… et c’en est un. Comme quoi on peut faire un grand film avec un tout petit sujet. Lire la suite