Archives de Tag: janvier 2011

Les chemins de la liberté

La longue évasion

Witness, Mosquito Coast, Le Cercle des Poètes disparus, Green Card, The Truman Show, Master and Commander, autant de titres, autant de gros succès qui ne peuvent vous avoir échappé, et qui vous ont sans doute séduits. Eh bien voici le nouvel opus de Peter Weir sur nos écrans : « Les Chemins de la liberté » !

Ils sont six : trois Polonais, un Ukrainien, un Croate, un Américain. À l’hiver 41, ils s’évadent du camp 303, situé au nord de la Sibérie. Objectif : le nord de l’Inde, à 6.000 kilomètres au sud, moyen de transport : la marche. Tout est dit sur l’épopée qui attend les héros du film et les spectateurs, qui vont communier avec les souffrances, les joies et les peines des protagonistes. Dès la première scène l’arrivée au goulag, le chef du camp hurle aux nouveaux prisonniers : «La Sibérie est votre prison. La nature est impitoyable ». On est fixé. Lire la suite

Un été suédois

Comme un plongeon

Les films suédois solaires sont rares. Déjà primé, entre autre à Berlin, ce premier film du suédois Fredrik Edfeldt, juste et tendre est la chronique délicate d’un passage à l’âge presque-adulte d’une petite fille, (Blanca Engström formidable, lumineuse, une vraie révélation) livrée à elle-même le temps d’un été, et qui découvre la vie qui l’attend à la sortie de l’enfance. Peu de dialogues encore moins de péripéties. On est toujours aux frontières de l’ennui, celui de cette enfant qui se retrouve seule pendant un temps qui reste impalpable et dont on ne saura finalement pas grand-chose, même pas le prénom. Peu bavarde, pas très expressive, elle ne quitte pas l’écran et nous éclabousse de son talent.

Beaucoup de douceur chez le réalisateur, Fredrik Edfeldt, qui parvient à filmer ce parcours initiatique avec grâce. Une petite merveille qui baigne dans la lumière diffuse et soignée de Hoyte Van Hoytema, le chef opérateur de Morse. La dernière image est là comme un symbole et résume  les 98 minutes du film : la petite fille parvient enfin à plonger dans le lac du haut du grand tremplin. « Comme tu as grandi ! » lui dit sa maman en la retrouvant à la fin de cet été suédois.

Une révélation au pays de Bergman. Peut-on m’expliquer pourquoi ce film n’est distribué que dans deux petites salles à Paris ? Navrante frilosité. espérons que le bouche-à-oreille fonctionne… à commencer par vous chers lecteurs!

L’avocat

Bof !

Ce nouveau film réalisé, platement, par Cédric Anger est truffé d’incohérences et de poncifs. Les ficelles sont trop grosses pour tenir le spectateur en haleine. Le thème de l’avocat engagé par un client mafieux et qui s’aperçoit qu’il ne peut plus échapper à ses griffes, n’apporte rien de nouveau à l’histoire du cinéma. De plus, le moins qu’on puisse dire c’est que le jeune avocat aux dents longues est d’une naïveté confondante. Tout ce peu de choses pour un résultat peu convaincant. Et puis il y a cette voix-off du personnage principal irritante et sans intérêt qui traverse tout ce film qui manque d’âme et de mystère à l’image du rôle titre et de son interprète…

J’ai toujours autant de mal avec Benoît Magimel que je trouve fade à souhait. Certains chez lui confondent le manque d’expression avec de la sobriété. Hélas ! Gaité, tristesse, angoisse, colère, il ne fait aucune différence. Dans la mesure où il porte le film et ne quitte quasiment jamais l’écran cela devient vite très lassant. Par contre Gilbert Melki et Samir Guesmi font deux ordures absolument convaincantes, Eric Caravaca, égal à lui-même, est parfait.

Décidément, c’est la dernière phrase du film qui en parle le mieux : « la meilleure chose qui peut m’arriver, c’est de me faire oublier ». Aucune inquiétude à avoir !

Je suis un no man’s land

Grande déception ou agréable surprise ?
En repensant au film de Thierry Jousse, avec Philippe Katerine, Julie Depardieu, Aurore Clément et Jacky Berroyer, je suis partagé sur mon propre avis… Je n’arrive pas à analyser ce que j’ai vu . C’est un peu un ovni. Surprenant et singulier c’est sûr. Poétique mais aussi un peu mièvre, c’est sûr aussi. Entre mélancolie et fantastique, c’est sûr également. Des scènes savoureuses et des moments d’ennui… tout ça me laisse un sentiment particulier au fond de mon cerveau de cinéphile. Je ne sais pas trop quoi penser.

Car il y a un peu de tout dans ce film dont l’atout principal est sa distribution. D’ailleurs le choix de Philippe Katerine (dans son propre rôle ?) est une pleine réussite. Mais le scénario manque d’ originalité. On n’échappe pas à ses racines… Bon pourquoi pas. Et ce retour forcé aux sources se transforme en voyage initiatique pour un héros naïf, décalé, spontané et touchant.

Intriguant mais pas envoûtant, le film commence plutôt mal avec une (trop) longue scène chez une groupie nymphomane et insupportable et ne démarre qu’au moment où le personnage principal arrive par hasard, après une nuit d’errance, chez ses parents qu’il n’a pas revus depuis… si longtemps. A partir de là, le film va baigner dans une sorte d’ étrangeté vaguement surréaliste, mais va souffrir de réelles baisses de rythme. Quant à la ficelle de la « malédiction » qui retient Philippe dans son village d’enfance ? Le scénariste aurait pu se creuser un peu.

Au final, un film hybride ne sachant pas toujours choisir sur quel pied il avait envie de danser et qui divisera sans aucun doute le public et la critique.

Angèle et Tony

Une histoire simple

Si vous êtes amateur de minimalisme courrez  voir le premier long métrage d’Alix Delaporte, il s’agit d’ailleurs d’un premier long métrage pour toute l’équipe du film : photo, montage, musique, etc… L’intrigue est mince comme un fil, l’action limitée, les rebondissements absents. Alors qu’est-ce qui fait que l’on accroche dès le début à cette non-histoire ?

D’abord le duo d’acteurs, Clotilde Hesme et Grégory Gadebois remarquables et vrais du début à la fin. Le décor rare dans le cinéma français, un petit port de pêche du Calvados et ses conflits sociaux. Mais comme pour la mer tout au long de ce film, c’est le calme plat, l’histoire va son petit bonhomme de chemin, sans secousse, sans outrance mais avec réalisme et poésie sans tomber dans le pathos.

Humble et pudique, on pense évidemment à un cinéma d’un autre temps, celui de Jean Grémillon d’ Yves Allégret ou de Marcel Carné. Ici l’intrigue s’étire lentement, sans heurts, toute de scènes de non-dits et de jeux de regards, rythmée par les allées et venues en vélo de l’héroïne.

Salué par la critique à la Mostra de Venise, il a obtenu le Prix Michel d’Ornano du meilleur premier film français 2010 au 36ème Festival de Deauville, le film touche en plein cœur car c’est la vraie vie.

Incendies

Exceptionnel

Denis Villeneuve entre dans la cour des grands en signant ici un chef-d’œuvre d’autant plus fascinant que le sujet était délicat. Intense, impressionnant (au vrai sens du terme), profond, on ne peut demeurer indifférent à la vue d’un tel film et on en sort bouleversé car il est d’une puissance émotionnelle rare.

Reconnu à sa juste valeur, Incendies a déjà emporté un peu partout dans le monde, du Canada à l’Amérique du Sud en passant par Venise, 11 prix à ce jour. Le film transcende l’anecdote familiale et offre une vision plus large d’un conflit horrible dans un pays sans nom, (même si on comprend qu’il s’agit du Liban et que le tournage a eu lieu en Jordanie).

Lubna Azabel (déjà vue dans Exils de Tony Gatlif) magnifique et bouleversante donne le ton à toute la distribution, en particulier deux jeunes acteurs canadiens, Mélissa Désormeaux-Poulin et Maxim Gaudette.

Un film douloureux mais nécessaire.

Au Delà

Ceci n’est pas un film fantastique

 

Non ! C’est un film qui parle de la vie après avoir vu en quelque sorte sa mort ou la mort d’un proche. mais qui échappe au piège du traité racoleur.

Clint Eastwood réussit à remettre en cause le scepticisme populaire tout en sachant garder un esprit critique sur le milieu. Le film est très subtil et fin. Au-Delà a surtout quelque chose de touchant dans cette vision d’un cinéaste âgé de 80 ans, qui en se réfugiant derrière le scénario, parle de lui : il est à la fois l’homme qui est en contact avec les morts, la femme obsédée par le passage d’un monde à l’autre et le petit garçon touché par la mort de ses proches.

Les amateurs de films fantastique, d’action ou de thriller en seront pour leur compte. Il ya bien un tout petit peu de tout cela mais si peu…  Le film est lent, doux (en dehors de la première scène… formidable), et surtout s’adresse à notre sensibilité. Qu’y a-t-il après la mort ? Peut-on entrer en contact avec les défunts ? Peut-on vivre normalement quand on se pose ces questions là ?

Clint Eastwood ne tranche pas, ne nous donne pas des réponses que nous n’avons pas. Le doute persiste et c’est ce qui fait l’intérêt et la beauté de ce film.

A noter la réalisation soignée et des acteurs de grande envergure. Avec une mention spéciale pour Matt Damon.