Archives de Tag: Février 2011

Sex friends

Sitcom

Entièrement nourri au lait de Beverly Hills et de Friends, le réalisateur américain Ivan Reitman nous livre ici, avec Sex friends, un de ces tout petits films dont Hollywood nous gratifie à intervalles réguliers. Déjà le titre original, No Strings Attached, était bien plus prometteur, mais les distributeurs encore une fois, ont fait des leurs.

Bref ! Ils ont bien mignons, bien sages, bien propres sur eux nos deux héros. Si le langage est cru, les situations sont banales et les images d’un classicisme à pleurer. Le postulat de départ est simple : un couple peut-il opter pour une relation strictement sexuelle, sans en arriver à d’autres sentiments plus profonds. Dans le cas qui nous intéresse, elle le pense, lui non, mais l’accepte volontiers… Qui refuserait d’entretenir une relation suivie avec la délicieuse Natalie Portman, complètement perdue dans ce nanar? Personne en vérité. Mais une fois de plus, il y a tromperie sur la marchandise. Lire la suite

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True grit

Western is back

Plus de quarante ans après, les frères Coen s’inspirent du même roman de Charles Portis, que Henry Hathaway qui avait alors réalisé 100 Dollars pour un Shérif, (le seul Oscar de John Wayne). Cette fois le rôle du marshal est tenu par le génial Jeff Bridges qui aux Oscars 2011…

Cette longue chevauchée initiatique de la magnifique Hailee Steinfeld, (la grande découverte du film) se révèle être un western pur et dur dans la grande tradition. Bien sûr nous sommes en présence d’un film bien dans la tradition des frères Coen (en collaboration étroite avec leur producteur, Mr Spielberg !) on retrouve donc l’humour des cinéastes et donc, le ton est plus drôle…et la violence beaucoup plus radicale. La preuve de la patte des réalisateurs de Serious Man, The Big Lebowski, No Country for old men ou Burn After Reading se trouve d’entrée dans la citation du Livre des Proverbes qui s’inscrit en exergue du film: « Le méchant prend la fuite sans qu’on le poursuive ».

True Grit (« le vrai courage ») est une nouvelle expression de l’histoire de la conquête de l’Ouest. La force et la nouveauté c’est que toute l’histoire est vue à travers le regard d’une enfant assoiffée de justice et de vengeance. Et pourtant, c’est elle qui détient la sagesse, la pureté, la vérité. Car ni le vieux marshal, ni le Texas Ranger (impeccable Matt Damon) et encore moins l’assassin fuyard (Josh Brolin hélas sous employé) ne montrent une once de raison. Seul l’appât du gain les motive, jusqu’à ce qu’une sorte de rédemption ne les frappe, touchés qu’il sont par la force de Mattie Ross qui a tout compris en nous disant : « il n’est rien qui ne se paie sinon la grâce divine ».

Avec la plus grande simplicité du monde, les frères Coen nous prouvent qu’ils ont toujours le même plaisir de filmer et de raconter une histoire et qu’ils sont capables de purs éclairs de génie.  Comme cette scène où le vieux marshal alcoolique et désabusé va s’occuper de la jeune héroïne comme un père de substitution. Pas une réplique laissée au hasard, montage nerveux et parfait, costumes, décors et accessoires particulièrement soignés, et surtout la photo magnifique du chef opérateur Roger Deakins : un pur joyau. A ne pas rater !

Un film épatant qui nous prouve, et comment, que le western n’est pas mort !

Rio, sex, comedy

Très réjouissant

Sexe et justice sociale peuvent-ils faire bon ménage ? Voilà la problématique posée dans ce film délirant par son réalisateur Jonathan Nossiter (déjà remarqué par Mondovino). Une histoire complètement déjantée, jugez plutôt.

Une chirurgienne esthétique au sommet de son art qui passe son temps en consultation à décourager ses futurs (es) patients (es) de passer sur le billard, un ambassadeur des USA qui fait une fugue pour se réfugier dans les favelas de Rio et s’intégrer à la population et mieux comprendre leurs problèmes, un petit truand brésilien qui arnaque des touristes ébahis et naïfs avec la fausse danse nuptiale de faux indiens d’une fausse tribu amazonienne, un couple de français qui milite en faveur de la justice sociale et qui, non seulement, refuse d’appliquer leurs idées généreuses quand il s’agit de leur propre bonne brésilienne, mais encore va vivre une histoire de sexe complètement foldingue… et j’en passe. Tout ce beau monde, a priori ne doit jamais ni se côtoyer ni même se rencontrer… et pourtant.

Ce film est un tourbillon de scènes courtes et de dialogues ciselés et percutants à souhait. Et surtout les acteurs semblent s’amuser follement comme des enfants dans une cour de récré… grande comme la ville de Rio. L’immense Charlotte Rampling qui simule bruyamment des partouzes rien que pour choquer son propre fils, Irène Jacob, loin de l’égérie de Kieslowski, qui joue les anthropologues folles de sexe, et l’impayable Bill Pullman, diplomate fugueur et paumé…

Jonathan Nossiter nous invente ici  un nouveau concept complètement délirant le film érotico-social. C’est un ovni cinématographique mais sacrément sympathique et réjouissant. Décousu, brindezingue et rafraîchissant.

Requiem pour une tueuse

En mineur

De toute évidence nourri par le cinéma d’Alfred Hitchcock, Jérôme Le Gris nous livre son premier film, un thriller correct mais assez lambda. L’atmosphère y est, un huis clos assez réussi dans un château suisse de rêve, la paranoïa règne partout et à chaque instant, le scénario multiplie (sans doute un peu trop) les rebondissements comme il se doit, le montage est nerveux, il fait tout bien Jérôme Le Gris, mais il n’est pas Hitchcock… ça se saurait. Mais soyons honnêtes, il ne le prétend pas non plus. Combien de films a-t-il fallu au grand Alfred pour devenir le maître du suspense ?

L’intrigue aurait sûrement gagnée à être resserrée, l’écriture à être plus percutante, certains dialogues à être plus fouillés et le presque final, énorme clin d’œil à L’Homme qui en savait trop, est loin de valoir son modèle avant de nous mener à une fin inutilement explicative. De plus, je tendrai un doigt vengeur sur l’accumulation de clichés sur le monde de la musique qui ne ressemble plus beaucoup à ce qu’on nous montre en toile de fond de l’action principale.

Même si elle n’est encore ni Kim Novak ni Grace Kelly, Mélanie Laurent est convaincante, blonde, froide et distante comme les grandes héroïnes hitchkockiennes. Clovis Cornillac et Tchéky Karyo font le boulot, sans plus. Tous souffrent d’une réalisation trop classique et appliquée. Un peu de folie que diable !

Jewish Connection

Nouveau monde

Première réalisation de Kevin Asch, ce film basé sur un fait divers réel met en scène le dilemme d’un tout jeune homme qui va balancer entre deux vies diamétralement opposées. Il confronte les principes religieux et la réalité criminelle. Ou comment un futur rabbin va devenir trafiquant d’ecstasy ?

Le jeune hassidique va céder à l’appât du gain, mais surtout à la sensation d’entrer dans un monde nouveau pour lui, de découvrir une autre réalité, où tout brille, où tout est apparemment facile et puis il y a le sourire d’une femme…

On peut songer à Scorsese et Lumet (à leurs débuts), mais ce nouveau réalisateur s’en sort avec les honneurs pour ce thriller bien filmé et bien monté et qui arrive à nous faire partager les affres du jeune hassidique de son déracinement jusqu’à son désir de rédemption lorsqu’il sera rattrapé par la culpabilité. Il nous fait pénétrer dans ces deux univers opposés, sans jamais céder au folklore.

Bien épaulé par Justin Bartha et Ari Graynor, Jesse Eisenberg, (Bienvenue à Zombieland, The Social Network) cultive les ambigüités et apporte beaucoup de nuances à son rôle. Je pense que l’on est là face à un des acteurs les plus doués de sa génération.

La petite chambre

Un drame lumineux

Quel joli petit film, sans prétention ni effet appuyé que viennent de réaliser Stéphanie Chuat, Véronique Reymond.  On sort de cette heure et demie nimbée de la lumière des bords du Lac Léman, plein d’espoir et d’énergie. Et pourtant…

Le sujet est difficile et aurait pu être traité de manière pesante et démonstrative. Heureusement il n’en est rien. Nos réalisatrices racontent ici, l’histoire simple d’une rencontre entre la jeunesse et la vieillesse, toutes les deux hantées par la mort et le deuil. Elle a mis au monde un enfant mort-né, mais il est toujours là, dans cette jolie petite chambre qui lui était promise et qui restera vide à jamais. Lui est malade et au bout de sa vie, il est hanté lui aussi par la mort, mais la sienne qui s’approche inexorablement et il refuse de s’habituer au crépuscule de son existence.  C’est aussi l’histoire de deux entêtements qui vont s’affronter puis s’apprivoiser avant d’arriver au sauvetage mutuel.

Pour faire vivre cette histoire simple et sensible il fallait des acteurs à la hauteur des ambitions de nos deux cinéastes helvètes. Leur direction des comédiens est exemplaire, car en choisissant Michel Bouquet, elle jouait évidemment gagnant. Quel magnifique acteur de 85 ans qui arrive à faire passer toute la palette des sentiments les plus subtils avec une économie de moyens qui n’appartient qu’à lui! Dans une interview accordée au Figaro, il déclare : « Je tiens beaucoup à ce film. C’est peut-être mon dernier film ». Nous souhaitons de tout cœur que vous vous trompiez Monsieur Bouquet.

Il faut aussi citer la magnifique Florence Loiret-Caille, au jeu intense, profond et qui fait penser à Charlotte Gainsbourg dans ses meilleurs moments. Ne pas oublier Eric Caravaca, toujours impeccable et qui de film en film s’avère un acteur remarquable. Un dernier mot pour signaler que ce film représentera la Suisse aux Oscars.

The Hunter

Le silencieux

Rafi Pitts, acteur réalisateur de ce film iranien, a 43 ans et appartient à la nouvelle vague des cinéastes iraniens. Certes on est loin de Kiarostami, mais, néanmoins, The Hunter est un film intéressant.

Le pouvoir des mollahs n’est pas visé directement, mais on entend durant toute la première partie du film, la radio officielle débiter son discours de propagande et le fait que le « héros » soit un tueur de flics, donc un ennemi du régime, rend le récit atypique au pays de la censure. D’ailleurs, le plus étonnant dans cette entreprise, c’est qu’elle ait réussi à passer la barrière de la censure iranienne. Je présume que le jour de la présentation du scénario, les censeurs dormaient ou avaient abusé du narguilé. Toujours est-il que ce petit vent de liberté est retombé rapidement, car le film de Rafi Pitts a été interdit en Iran dès sa sortie. On ne se refait pas. Lire la suite