Archives de Tag: Février 17

La haine n’a jamais rien créé

Mon blog et moi

C’est une première pour moi. Voilà une semaine que j’ai mis en ligne ma chronique sur le salutaire Chez Nous de Lucas Belvaux. Les faits sont têtus : depuis plus de 6 années que mon blog existe, après 1728 articles « postés », après des centaines de commentaires publiables de la part des internautes, cette chronique cinéma est de loin la plus lue et hélas la plus commentée.

J’ai ainsi touché du doigt ce que je soupçonnais depuis longtemps, La haine, c’est la vengeance du poltron. (G.B. Shaw). Oui, sachez-le, amis lecteurs, depuis une semaine je suis submergé par un tombereau d’insultes et de conneries racistes… et je pèse mes mots. Je suis renforcé dans ma conviction, comme le dit le proverbe allemand, la vérité engendre la haine. Et quand celle-ci émane de supporters – j’allais écrire suppôts – du FN, elle est insupportable et tellement aveugle qu’elle en serait risible si les propos qu’elle provoque n’étaient pas aussi graves et voire passibles de sanctions judiciaires. Bien sûr, je ne publie pas un mot des ordures déversées par ces gens qui ont par ailleurs plusieurs points communs.

  • Tous commencent leur torrent venimeux en disant qu’ils n’ont pas vu le film et qu’il n’est pas question qu’ils aillent le voir. Bel exemple d’honnêteté intellectuelle… mais là, l’adjectif est très mal adapté.
  • Tous insultent à longueur de ligne, le réalisateur belge, sans doute parce qu’il a osé là où bien d’autres ont reculé. Mais leurs leaders ne sont courageux que quand il n’y a pas de danger, l’exemple vient donc de haut.
  • Tous véhiculent une haine de l’autre qui dépasse l’analyse la plus fine et la plus élémentaire compréhension.
  • Tous, enfin, tiennent des propos d’une violence allant systématiquement jusqu’à l’appel au meurtre. Le Ku-Klux-Klan français est en marche, mais au FN, on les appelle pudiquement les « patriotes ». Le patriotisme est l’ultime refuge d’un idiot. (Samuel Johnson)

Vous me pardonnerez volontiers cette chronique beaucoup plus sombre qu’à l’accoutumée. Mais voir se réaliser dans les faits ce qui pourrait ne relever que de la fiction puisqu’il s’agit d’un film, nous prouve, s’il en était encore besoin, qu’il a touché juste. Les forces obscures du Mal se cachent de moins en moins, la Bête n’est pas morte et elle veut prendre le pouvoir. Chez Nous explique par le menu comment la Marine et ses p’tits gars tentent de laver plus blanc que blanc, mais il y a des souillures indélébiles. Seule la façade a été ravalée, les fondations faites de racisme, de haine et de totalitarisme sont toujours là, plus que solides. Allez, je ne résiste pas, à un peu de sourire, en concluant avec Pierre Dac quand il disait : La différence entre un régime de bananes et un régime totalitaire, c’est que le premier est alimentaire et débonnaire alors que le second est autoritaire et arbitraire. Qu’on se le dise !

Lion

Au-delà du réel

lion

Pour son premier film, Garth Davis fait très fort. Avec ce biopic bouleversant, il nous propose une histoire d’autant plus inouïe qu’elle est vraie. A 5 ans, Saroo se retrouve seul dans un train traversant l’Inde qui l’emmène malgré lui à des milliers de kilomètres de sa famille. Perdu, le petit garçon doit apprendre à survivre seul dans l’immense ville de Calcutta. Après des mois d’errance, il est recueilli dans un orphelinat et adopté par un couple d’Australiens. 25 ans plus tard, Saroo est devenu un véritable Australien, mais il pense toujours à sa famille en Inde. Armé de quelques rares souvenirs et d’une inébranlable détermination, il commence à parcourir des photos satellites sur Google Earth, dans l’espoir de reconnaître son village. Mais peut-on imaginer retrouver une simple famille dans un pays d’un milliard d’habitants ? Personnages touchants, histoire très forte, mise en scène très maîtrisée avec à la fois la beauté des images, le montage très rythmé et une belle interprétation. Tout pour attirer le grand public. Lire la suite

Split

Le retour d’un très grand

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M. Night Shyamalan est un spécialiste du film d’épouvante. Mais, reconnaissons lui cette qualité, ces scénarios sont souvent d’une très grande originalité. Voilà 117 minutes qui sont encore là pour vérifier cette constatation. Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, le docteur Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats. Un huis-clos terrifiant et envoûtant basé sur un scénario diabolique qui fait passer le spectateur par tous les sentiments du sourire à l’effroi avec une virtuosité rare. Shyamalan de nouveau au sommet. Lire la suite

Toupie or not toupie

On a le tournis !

Le grand Prix de l’Elysée ressemble maintenant à s’y méprendre au calendrier de l’Avent : à chaque jour sa surprise ! Question cruciale : comment rester dans la course quand on n’a aucune chance de dépasser les 5 % fatidiques au premier tour ? En pratiquant le nouveau sport à la mode : le ralliement… pardon le rassemblement. C’est la panacée que les leaders des Verts (pâles) et du modeste Modem ont administrée à leurs ambitions présidentielles. Ces messieurs savent lire les sondages qui les créditaient de scores tellement faibles qu’ils frisaient le ridicule. Le rassemblement, ce n’est pas la mollesse, c’est la fermeté clamait déjà le grand mou de Pau en 2007, avant d’ajouter : Le ralliement, ça ne marche jamais, ce qui marche, c’est le rassemblement. Derrière le ralliement, il y a le désenchantement, et puis l’effacement. Derrière le rassemblement, il y a le courage et le succès. Mais pourquoi donc ces revirements brutaux ? Auraient-ils décidé de sauter à pieds joints la Présidentielle pour viser directement les législatives à suivre ? Aurait-on déjà négocié en coulisses des investitures pour les députations voire quelques maroquins gouvernementaux ? Ils s’en défendent. Mais comme disait Chamfort : Les hommes deviennent petits en se rassemblant.

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Chez nous

Tête de gondole

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Que Lucas Belvaux soit un des meilleurs cinéastes belges ne fait aucun doute ! Rien que de citer ces deux derniers opus, 38 témoins (un chef d’œuvre) et Pas son genre, parle en sa faveur ! Et ce ne sont pas ces 118 minutes de brûlot politique qui me feront changer d’avis sur ce réalisateur, atypique, engagé et plus que talentueux. Pauline, infirmière à domicile, entre Lens et Lille, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père ancien métallurgiste. Dévouée et généreuse, tous ses patients l’aiment et comptent sur elle. Profitant de sa popularité, les dirigeants d’un parti extrémiste vont lui proposer d’être leur candidate aux prochaines municipales. Ce film politique, traité comme un thriller, est remarquablement documenté et glaçant de bout en bout car, si on ne le sait pas encore, on soupçonne fort que des professionnels de la manipulation des consciences sont aux portes du pouvoir dans notre pays. Merci à Lucas Belvaux d’avoir osé ce film. Lire la suite

Dans la forêt

Huis-clos initiatique

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Gilles Marchand est avant tout un scénariste (Harry, un ami qui vous veut du bien). Après deux tentatives vite oubliées, voici son 3ème film, qu’il a bien sûr écrit lui-même, un thriller d’une grande originalité et ce n’est pas là la moindre de ses qualités. Tom et son grand frère Benjamin partent en Suède retrouver leur père pour les vacances d’été. Tom appréhende les retrouvailles avec cet homme étrange et solitaire. Le père, lui, semble convaincu que Tom a le don de voir des choses que les autres ne voient pas. Quand il leur propose d’aller vers le Nord pour passer quelques jours dans une cabane au bord d’un lac, les enfants sont ravis. Mais l’endroit est très isolé, au milieu d’une immense forêt qui exacerbe les peurs de Tom. Et plus les jours passent, moins le père semble envisager leur retour… Tout est là pour offrir un grand film. On n’en est pas loin, si ce n’est un certain manque de rythme, mais j’ergote et je pinaille, car, on le sait le cinéma français est avare de ce genre aux frontières de l’épouvante, alors saluons cet essai transformé. Lire la suite

Loving

Magnifiquement déchirant !  

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Je suis un admirateur de Jeff Nichols depuis ses débuts. Take Shelter, Mud, Midnight Special étaient de véritables perles du ciné indépendant américain. Et ce drame de 123 minutes ne fera pas baisser la haute estime que porte à ce réalisateur. Mildred et Richard Loving s’aiment et décident de se marier. Rien de plus naturel – sauf qu’il est blanc et qu’elle est noire dans l’Amérique ségrégationniste de 1958. L’État de Virginie où les Loving ont décidé de s’installer les poursuit en justice : le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu’il quitte l’État. Considérant qu’il s’agit d’une violation de leurs droits civiques, Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux. Ils iront jusqu’à la Cour Suprême qui, en 1967, casse la décision de la Virginie. Désormais, l’arrêt « Loving v. Virginia » symbolise le droit de s’aimer pour tous, sans aucune distinction d’origine. Ce film, entièrement inspiré d’un fait divers réel qui a marqué l’histoire des Etats-Unis, évite tous les écueils du genre ; aucun pathos, pas de morale à deux balles, un regard neutre et pourtant non dénué d’empathie pour ce couple modèle, dans toutes les acceptions du terme, qui nous fait partager son drame et ses doutes qui jalonneront leurs 9 années de lutte contre le racisme et l’intolérance. Un pari risqué et parfaitement relevé par un cinéaste qui s’inscrit parmi les plus grands d’aujourd’hui.

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