La Villa

L’heure des bilans

J’adore Robert Guédiguian et son cinéma. Cet homme-là ne déçoit jamais. Que ce soit avec Une Histoire de fou, Au fil d’Ariane, Les Neiges du Kilimandjaro, Marie-Jo et ses deux amours ou Marius et Jeannette, il sait nous emporter dans son petit monde méridional et nous faire partager son engagement et sa lutte permanente. Dans une calanque près de Marseille, au creux de l’hiver, Angèle, Joseph et Armand, se rassemblent autour de leur père vieillissant. C’est le moment pour eux de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal qu’il leur a transmis, du monde de fraternité qu’il avait bâti dans ce lieu magique, autour d’un restaurant ouvrier dont Armand, le fils ainé, continue de s’occuper. Lorsque de nouveaux arrivants venus de la mer vont bouleverser leurs réflexions… Une fois de plus ces 107 minutes de huis clos au soleil d’hiver de la calanque de Méjean, sont un pur instant de bonheur et de sensibilité. En 1989, Guediguian réalisait Dieu vomit les tièdes… croyez-moi, c’est toujours d’actualité. Lire la suite

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12 Jours

L’impuissance

Quand j’écris le nom de Raymond Depardon, j’ai l’impression d’avoir déjà tout résumé. Ce type est un génie. Tant par le choix du sujet, son traitement ou la qualité de la réalisation, il ne nous déçoit jamais. Bien plus il nous passionne et nous fascine pendant 87 trop courtes minutes. Avant 12 jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience, d’un côté un juge, de l’autre un patient, entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie. Ce film tente de donner un point de vue universel et nouveau sur le problème complexe de la santé mentale. Des personnes vulnérables témoignent de leur histoire intime mais aussi à leur façon de l’histoire politique, sociale et morale de la France. Depardon et son équipe tente simplement de rester à l’écoute de restituer des moments, des paroles, des émotions. Il a filmé 72 audiences au cours du tournage au moyen de trois caméras : l’une pour le patient, l’autre pour le magistrat et une troisième pour un plan général. Ces axes de prise de vue permettent de donner une équidistance entre le patient et le magistrat, pour ne pas imposer un point de vue dominant et laisser le spectateur libre de se faire sa propre opinion. Au final, ce sont 10 patients que nous suivons au cours du documentaire. Tout simplement bouleversant.   Lire la suite

L’Expérience interdite : Flatliners

Voyage vers l’inconnu : mort clinique !

Niels Arden Oplev nous propose un remake d’un film de 1991, signé Joël Schumacher. 110 minutes plutôt bien réalisées mais sans grandes surprises. On a vu mieux et on fera mieux. Pour découvrir ce qui se passe après la mort, cinq étudiants en médecine se lancent dans une expérience aussi audacieuse que dangereuse. Sur eux-mêmes, volontairement, ils provoquent des arrêts cardiaques pendant de courtes périodes afin de vivre des expériences de mort imminente. En poussant le processus de plus en plus loin, ils vont devoir affronter non seulement leur part d’ombre et leur passé, mais plus effrayant encore, les phénomènes paranormaux liés au fait qu’ils sont revenus de l’au-delà… Le type même du film inutile même si on peut lui trouver quelques qualités. Cette mode du remake se fait lourdingue. Lire la suite

Johnny

Johnny alité ???

Non, Johnny toujours debout dans le coeur de ses fans.

Madame

Fable cruelle

Amanda Sthers, comme son nom ne l’indique pas forcément est française. A 39 ans, elle réalise ici son 2ème film, une comédie dramatique piquante, loin de la perfection, mais qui se laisse regarder sans déplaisir et servie par une remarquable distribution. Anne et Bob, un couple d’américains fortunés récemment installé à Paris, s’apprêtent à donner un grand dîner, et convient douze invités triés sur le volet, réunissant la haute société anglaise, française et américaine. Mais lorsque Anne réalise qu’un treizième couvert est posé pour Steven, le fils du premier mariage de Bob, elle panique : pour cet événement mondain, hors de question de provoquer le mauvais sort ! Elle demande à Maria, sa domestique, d’enfiler une robe et de se faire passer pour une riche amie espagnole. Maria se retrouve assise à côté de David, un expert en art issu de la noblesse britannique. Aussi quand, sous le charme de Maria, il la recontacte le lendemain, révéler sa véritable identité est impossible. Une romance commence, qui va faire trembler les valeurs élitistes et le mariage d’Anne. A moins que cette dernière n’arrive à l’étouffer… 90 minutes qui fleurent bon le vaudeville social, mais qui savent heureusement, en éviter les écueils. Pas génial mais tout à fait honorable.   Lire la suite

La Lune de Jupiter

Réflexion évanescente

Son White God en 2014 nous avait glacés… et enchantés. Le hongrois Kornél Mundruczó revient avec ce drame de 123 minutes qui posent des questions sur la foi, les miracles, et la différence. Ambitieux non ? Un jeune migrant se fait tirer dessus alors qu’il traverse illégalement la frontière. Sous le coup de sa blessure, Aryan découvre qu’il a maintenant le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide du Dr Stern qui nourrit le projet d’exploiter son extraordinaire secret. Les deux hommes prennent la fuite en quête d’argent et de sécurité, poursuivis par le directeur du camp. Fasciné par l’incroyable don d’Aryan, Stern décide de tout miser sur un monde où les miracles s’achètent. Ce film a tout de la parabole avec ce que cela induit d’étrange, de mystérieux, voire d’incompréhensible. J’avoue ne pas avoir toujours tout compris et avoir senti, par moments, mon attention se diluer quelque peu, mais il y a ici un véritable charme servi par un savoir-faire indéniable et une belle interprétation. Mi-figue, mi-raisin.   Lire la suite

Sky’s the limit – les peintres de l’extrême

Au pied du mur : l’atelier à ciel ouvert

Un documentaire qui parle de muralisme – l’art de peindre des fresques sur des hauteurs vertigineuses- ? Depuis 1980 et le Mur Murs de la grande Agnès Varda, on n’avait pas vu ça. Avec elle, on contemplait les murs de Los Angelès, avec Jérôme Thomas, on suit, pendant deux ans, une quinzaine d’artistes dans leurs créations urbaines sur des murs de 30 mètres de haut. Les pignons de murs aveugles sont les premiers investis par ces peintres de l’impossible, surtout dans les zones d’aménagement ou de rénovation urbaine. – Le graffiti monumental connait un regain d’activité depuis 2012 surtout dans le 13ème arrondissement de Paris -. Conçu comme un décor, afin de faire oublier l’aspect inesthétique du mur, les artistes redonnent vie avec brio aux parois orphelines. Non seulement ce film est beau, mais aussi très spectaculaire. A mi-chemin entre le street art et la performance, ce courant artistique méritait d’être décrypté. Lire la suite