Etat de disgrâce

Malheureux celui qui lit sa gloire dans le regard versatile du public. (Fatou Diome)

Toutanmacron accuse une chute de popularité quasi inédite sous la Ve République. Selon les milieux – forcément bien informés – et les spécialistes de tout poil, il semblerait  que ce soit le signe d’un profond hiatus entre la communication présidentielle et la politique d’austérité conduite par l’exécutif. Certes, on pourra gloser jusqu’à plus soif sur la versatilité du français moyen prêt à jeter aux gémonies celui qu’il a envoyé à l’Elysée il y a deux mois. Cesbron disait : Comme il y a des tableaux trompe-l’œil, il y a des livres trompe-l’esprit. On ne pourra me retirer de l’esprit que nous avons vécu une élection en trompe-l’œil et que Macroncéphale n’avait réuni que 24 % de convaincus au premier tour. Ne nous leurrons pas, c’est là son véritable électorat. Les premières décisions du gouvernement d’Edouard le puncheur du Havre ont immédiatement mécontenté la fonction publique, (gel du point d’indice, retour du jour de carence) les retraités (augmentation de la CSG), les maires (suppression de la Taxe d’habitation, resserrement drastique des crédits), les familles (diminution des APL) et même l’Armée (mise à pied du Chef d’Etat Major, restriction de budget)… la cour est pleine. Je l’ai écrit ici, il y a peu, les réformes et les économies font l’unanimité, à une seule condition, que ce soit les autres qui payent.  

A notre Président qui se montre, à chacune de ses sorties, d’un éclectisme sportif sinon remarquable, en tout cas très remarqué, je ne saurais trop conseiller un stage d’été au mieux de parachutisme au pire de chute libre ?

Dunkerque

La débâcle

Christopher Nolan est un spécialiste du blockbuster comme le prouvent ses Inception, Man of Steel, Transcendance, Interstellar… C’est d’abord un excellent technicien, mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne fait pas dans la finesse. Ces 107 minutes sur fond de grande Histoire restent donc dans le droit fil de cette filmographie. Le récit de la fameuse évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940 est ici vue par le petit bout de la lorgnette, à travers l’anecdote, l’humain et non par le prisme habituel du politico-militaire. Intéressant dans l’intention mais je dois avouer m’être pas mal ennuyé devant la répétition des scènes et des situations et suis sorti totalement abruti par la musique permanente de Hans Zimmer. Bref, impression mi-figue mi-raisin devant un des films les plus attendus de cet été.   Lire la suite

A crédit

Nous sommes tous égaux devant l’inégalité qui régit notre planète.

Comme Jacques Sternberg, je ne peux constater que tout va plutôt mal sur notre bonne vieille Terre. Croyez-vous encore qu’une croissance infinie soit possible sur une planète où les ressources sont limitées ? La réponse est évidente mais visiblement pas pour les dirigeants politiques, pour peu qu’ils gouvernent des pays riches. En effet, selon le Global Footprint Network, un très sérieux institut de recherches basé en Californie, depuis ce 2 août, nous avons consommé toutes les ressources naturelles que la nature peut produire en une année. Grave, très grave ! Mais il y a pire, car ce qu’on appelle pudiquement « le jour de dépassement de la Terre » intervient de plus en plus tôt dans l’année. Dans les années 70, ce jour fatidique arrivait en Novembre, soit 4 mois plus tard. Que de « progrès » ( ???) en 40 ans ! Un seul point qui se veut positif : les experts constatent un ralentissement de l’accélération (sic). En attendant, au rythme de consommation actuel, il faudrait près de 6 planètes pour satisfaire les besoins de la Corée, 5 pour les Etats-Unis et seulement (!) 3 pour la France. Sommes-nous vertueux tout de même !   

Souvenir, souvenir…

Une lumière s’est éteinte

Quel est le point commun entre tous ces cinéastes :  Luis Buñuel, Theo Angelopoulos, Wim Wenders, Rainer Werner Fassbinder, Michelangelo Antonioni, Joseph Losey, Orson Welles, François Truffaut, Louis Malle, André Téchiné ou Bertrand Blier ? Ils ont tous fait tourner la divine Jeanne Moreau qui nous a quittés ce matin à l’âge de 89 ans.

Il serait trop long, voire impossible, de retracer ici en quelques lignes l’inoubliable carrière de cette artiste complète et engagée tout comme de raconter sa vie personnelle émaillée d’un nombre inouï de liaisons. L’un de ses amants d’un moment disait d’elle : Beaucoup d’hommes tombent amoureux d’elle, je l’ai fait, elle vous rend votre amour, mais seulement jusqu’à la fin du film. Elle est tout le temps à la recherche de l’amour, et elle laisse ses victimes sur le bord de la route. Une citation vaut toujours mieux qu’un long discours.

A titre personnel, je me dois de confesser lui devoir mes premiers « émois » quand en 1962, j’ai découvert à la fois Truffaut, la Nouvelle vague et la Catherine de Jules et Jim. Ensuite Jeanne Moreau n’a plus quitté ma passion cinéphilique avec Eva, Le Procès, Le Feu Follet, Le Journal d’une femme de chambre, La Vieille qui marchait dans la mer, Ascenseur pour l’échafaud, La Mariée était en noir, Les Valseuses, Monsieur Klein, Le Paltoquet,… je ne m’arrêterais plus même si je n’ai certainement pas vus tous les opus de sa filmographie forte de plusieurs centaines de titres.

Sa vie fut bien Le Tourbillon qu’elle nous avait chanté de sa voix chaude et rauque… inimitable.

Elle avait des bagues à chaque doigt, 
Des tas de bracelets autour des poignets,
Et puis elle chantait avec une voix
Qui, sitôt, m’enjôla.

Elle avait des yeux, des yeux d’opale,
Qui me fascinaient, qui me fascinaient.
Y avait l’ovale de son visage pâle
De femme fatale qui m’fut fatale

On s’est connu, on s’est reconnu,
On s’est perdu de vue, on s’est r’perdu d’vue
On s’est retrouvé, on s’est réchauffé,
Puis on s’est séparé.

Chacun pour soi est reparti.
Dans l’tourbillon de la vie
Je l’ai revue un soir, aïe, aïe, aïe,
Ça fait déjà un fameux bail

Au son des banjos je l’ai reconnue.
Ce curieux sourire qui m’avait tant plu.
Sa voix si fatale, son beau visage pâle
M’émurent plus que jamais.

Je me suis soûlé en l’écoutant.
L’alcool fait oublier le temps.
Je me suis réveillé en sentant
Des baisers sur mon front brûlant

On s’est connu, on s’est reconnu.
On s’est perdu de vue, on s’est r’perdu de vue
On s’est retrouvé, on s’est séparé.
Puis on s’est réchauffé.

Chacun pour soi est reparti. 
Dans l’tourbillon de la vie.
Je l’ai revue un soir ah ! là là
Elle est retombée dans mes bras.

Quand on s’est connu,
Quand on s’est reconnu,
Pourquoi s’perdre de vue,
Se reperdre de vue ?

Quand on s’est retrouvé,
Quand on s’est réchauffé,
Pourquoi se séparer ?

Alors tous deux on est reparti
Dans le tourbillon de la vie
On a continué à tourner
Tous les deux enlacés 
 

(Serge Rezvani)

Voyage en terre trop connue

Séjour chez les Pasnouspasnous

L’égoïsme régit le monde. Schopenhauer ne serait pas surpris s’il tentait une incursion dans l’Hexagone d’aujourd’hui. Il y découvrirait une belle unanimité autour des thèmes récurrents il faut faire des économies et la France a besoin de réformes profondes. Tout le monde est d’accord. A une seule condition, que ce soit le voisin qui paye. Un exemple parmi des dizaines d’autres : la réduction de 5 euros par mois et par famille des APL. La première mesure anti-pauvre de l’ère Macron, entend-t-on ici ou là. Sûr que la cible est mal choisie et, personnellement, je suis toujours gêné quand on s’attaque aux plus pauvres. Mais ce qui me dérange le plus, c’est l’argument asséné à longueur de médias par les opposants à cette mesure : il y a tant d’économies à faire ailleurs. Eh oui ! Ailleurs, le mot clé est lâché. Il faut faire des économies, mais… ailleurs ! La tribu des Pasnouspasnous se met en branle instantanément. Et, répétons-le, ceci n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres. Ecoutez-bien les médias bruissaient de ces contestataires à courte vue, de ces parangons de l’égoïsme qui ne voient midi qu’à la porte du voisin. Et n’allez pas penser que votre Jipéhel pousse son coup de gueule alors qu’il n’est pas concerné. Comme la grande majorité des retraités, je vais voir la CSG augmenter et, par conséquent, ma pension diminuer… Mais je pense que si tout le monde donne un petit peu, les économies seront suffisamment substantielles pour redresser un tantinet les comptes de notre état exsangue.

Autre événement où les « pour tout ce qui est contre » et les « contre tout ce qui est pour » s’affrontent de façon stérile. STX ! Ne voilà-t-il pas que notre gouvernement libéral se lance dans la nationalisation d’entreprise ?!? Notre Macroncéphale, alors Ministre de l’Economie, s’était déclaré ouvertement opposé à ces pratiques. Bruno le Renouveau, n’est pas un adepte fervent de l’interventionnisme d’Etat… et pourtant, on va nationaliser – temporairement, je vous rassure – les chantiers de Saint-Nazaire, un des fleurons de notre industrie. Bon ! Pourquoi pas ! Mais ce qui m’épate dans cette affaire, c’est la réaction des syndicats… Au mieux, FO, applaudit-il mollement, la CFE-CGC est dubitatif, au pire, la CGT proteste – excusez le pléonasme – on ne va tout de même pas agréer une décision d’un gouvernement « vendu au grand capital ». Comprenne qui pourra !

France Info nous apprend comment ne plus s’ennuyer sur la plage. Vous voulez vous distraire ? Ne cherchez plus. La République en marche (LREM) lance demain son Cahier d’été, composé de posters à colorier, d’un test de personnalité ou encore d’un quiz « Parles-tu Macron » ? A la question Pourquoi un cahier d’été ? La réponse fut Parce que c’est l’été ! Ce fascicule va-t-il détrôner les romans de l’été et les devoirs de vacances ? A suivre !

Le dernier Vice-Roi des Indes

L’Histoire et le mélo

C’est le premier film de la réalisatrice britannique Gurinder Chadha que je vois. A 57 ans, elle a pourtant pas mal de titres derrière elle, mais rien qui ait accroché mon attention jusque là. Mars 1947. Après 300 ans de domination anglaise, le Palais du Vice-Roi à Delhi ouvre ses portes une dernière fois pour accueillir en grande pompe Lord Mountbatten et sa famille. Petit-fils de la reine d’Angleterre et nommé dernier Vice-Roi des Indes, « Dickie » Mountbatten devra préparer le pays à l’indépendance. Mais la tâche s’avérera bien plus ardue que prévu. Après d’âpres négociations avec Nehru, Gandhi et Jinnah, perturbées par de violents conflits religieux, il n’aura d’autre choix que d’entériner la partition des Indes et la création d’un nouvel état, le Pakistan. Dans le même temps, Jeet et Aalia, deux jeunes indiens au service du Palais et que la religion oppose, subiront ces événements et auront à choisir entre leur amour et leur attachement à leurs communautés. La décision de Lord Mountbatten va provoquer l’un des plus grands déplacements de population de l’Histoire et ses conséquences se font encore ressentir aujourd’hui.107 minutes dans le genre échevelé qui auraient dû être passionnantes mais n’est pas David Lean ou Richard Attenborough qui veut. La réalisation est soignée, les décors, les costumes, la reconstitution somptueux, mais il est regrettable que l’ambition ne soit pas totalement aboutie.   Lire la suite

Grand froid

Le road-movie du mort-vivant

Un premier film signé Gérard Pautonnier, venu de la pub et de la télé, qui a mis les petits plats dans les grands avec son casting +++ et un scénario d’une rare originalité. C’est la rencontre avec le romancier Joël Egloff qui l’a poussé à se lancer dans l’aventure.  Dans une petite ville perdue au milieu de nulle part, le commerce de pompes funèbres d’Edmond Zweck bat de l’aile. L’entreprise ne compte plus que deux employés : Georges, le bras droit de Zweck, et Eddy, un jeune homme encore novice dans le métier. Un beau matin, pourtant, un mort pointe son nez. L’espoir renaît. Georges et Eddy sont chargés de mener le défunt jusqu’à sa dernière demeure. Mais, à la recherche du cimetière qui s’avère introuvable, le convoi funéraire s’égare et le voyage tourne au fiasco. 86 minutes d’un road-movie macabre et hilarant qui se transforme en parcours initiatique avec deux regards sur la vie et sur la mort qui s’opposent. A découvrir. Lire la suite