Joker

Phoenix immortel

Une fois n’est pas coutume, je commencerai cette chronique en parlant de l’acteur principal de ce drame de la folie orchestré de main de maître par Todd Phillips. Il s’agit bien sûr du magnifique Joaquin Phoenix sur les épaules duquel repose tout le film. Depuis Gladiator au début des années 2000, on suit avec passion cet acteur hors norme avec It’s All About Love, Le Village, La nuit nous appartient, Two Lovers, The master, The Immigrant, Her, Inherent Vice, L’homme irrationnel,  Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot et dernièrement Les Frères Sisters… – liste non exhaustive -. Mais, cette fois ce crossover de la saga Batman restera à coup sûr un sommet dans sa carrière. Le film, qui relate une histoire originale inédite sur grand écran, se focalise sur la figure emblématique de l’ennemi juré de Batman. Il brosse le portrait d’Arthur Fleck, un homme sans concession méprisé par la société. 122 minutes fascinantes et étourdissantes qui nous font pénétrer comme rarement le domaine de la folie pure. Quelle claque… et quel coup de cœur !

Jusque là, Todd Phillips avait fait – avec succès, reconnaissons-le – dans la comédie lourdingue avec les 3 Very Bad Trip et War Dogs. Mais ici, son scénario et sa réalisation sont touchés par la grâce. On plonge au plus profond d’un esprit des plus machiavélique, dont chaque étape du cheminement intérieur est décrite avec soin, de l’élément déclencheur à l’acte irrémédiable et terrible que l’on voit arriver, de loin ou de près avec toute la mise en place, toute la réflexion sous-jacente qui bouillonne dans cette tête hors norme. C’est toute la vie d’Arthur Fleck, qui défile au son d’un rire vertigineux et indescriptible, saccadé et sans fin. Celui d’un laissé pour compte, victime d’une société capitaliste et fragile psychologiquement, dont les garde-fous sautent un à un… Et là, ce drame entre complètement en collision avec la vérité de notre monde actuel. On est époustouflé de la montée en puissance qui s’opère à nos yeux, de la transformation de cet être replié, maigre et noueux, en un clown cruel et démoniaque, jusqu’à l’apparition d’un véritable psychopathe. Ici, pas d’effets spéciaux, pas de fantastique… on est en prise directe avec le réel, et ça rend ce film – et son personnage principal – beaucoup plus intéressant que les Batman eux-mêmes, lisses et formatés. Un simple escalier qu’Arthur Fleck monte péniblement dans les premières images, va devenir, comme un symbole, une véritable piste de danse – macabre – où on verrait presque Joker s’envoler… Joker est né ! Joker a sa propre histoire ! Joker a tout son sens comme exemple du malaise social véhiculant le véritable message politique d’une société en rébellion telle qu’on la connaît aujourd’hui. Plus que jamais incontournable.

Joaquin Phoenix a perdu 25 kg pour interpréter sans doute le rôle de sa vie. Face à lui, pour seulement 2 scènes d’anthologie, l’immense Robert De Niro. Citons encore Zazie Beetz et Frances Conroy pour compléter le haut d’une affiche totalement phagocytée par la performance de Mr Phoenix en route pour les Oscar tout comme le film qui a remporté la récompense suprême, le Lion d’Or à Venise, fait rarissime dans le genre super-héroïque. Le film a même reçu une standing-ovation de huit minutes. Un dernier mot encore pour saluer la formidable musique signée par Hildur Guônadottir. La suprême intelligence de ce scénario est de ne pas raconter l’histoire de Joker, l’ennemi juré de Batman, mais l’histoire de quelqu’un qui devient Joker… non pas en suivant les codes des blockbusters super-héroïques actuels, mais en proposant davantage une exploration de la folie et un récit édifiant. Très étonnant de voir Hollywood envoyer un message aussi subversif, voire nihiliste. Un des films de l’année !

Une réponse à “Joker

  1. Époustouflant, à ne manquer sous aucun prétexte !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s