Dunkerque

La débâcle

Christopher Nolan est un spécialiste du blockbuster comme le prouvent ses Inception, Man of Steel, Transcendance, Interstellar… C’est d’abord un excellent technicien, mais le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne fait pas dans la finesse. Ces 107 minutes sur fond de grande Histoire restent donc dans le droit fil de cette filmographie. Le récit de la fameuse évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940 est ici vue par le petit bout de la lorgnette, à travers l’anecdote, l’humain et non par le prisme habituel du politico-militaire. Intéressant dans l’intention mais je dois avouer m’être pas mal ennuyé devant la répétition des scènes et des situations et suis sorti totalement abruti par la musique permanente de Hans Zimmer. Bref, impression mi-figue mi-raisin devant un des films les plus attendus de cet été.  

Tournée à Dunkerque même, cette superproduction hollywoodienne a mobilisé, de mai à juin 2016, pas moins de 450 techniciens, et plus de 6 000 figurants. Par souci d’authenticité, pour les scènes de batailles, Christopher Nolan – qui au passage a touché un salaire de 20 millions de dollars de Dunkerque en plus d’un bonus de 20% sur les recettes au box-office – a décidé d’utiliser de vrais navires destroyers et non des bateaux créés numériquement. Le fait que le film soit réalisé en 70mm IMax et Super Panavision 65mm afin d’avoir la meilleure qualité d’image possible, se trouve souvent contrariée par la réalité de la distribution mondiale, peu de cinéma disposant des outils nécessaires pour diffuser des films. La plupart des copies sont donc réduites à du 35mm, ce qui conduit nécessairement à l’appauvrissement de la qualité de l’image. Le point fort pour moi reste le fait que le film est avare en paroles ce qui a rendu possible un montage sec, nerveux, très rythmé. Le défaut principal – outre l’omniprésence de la musique – est qu’on se perd un peu dans les histoires parallèles qu’on tente de suivre – souvent en vain – et qu’on n’échappe pas à la pesante répétition des situations. Comme de surcroît, le script multiplie les âneries… on ne sait jamais à quelle saison on est, on passe dans un même plan de l’hiver au printemps, d’une mer calme à la grosse houle, du jour à la nuit, de l’aube au crépuscule… tout cela ne contribue pas à la bonne compréhension du spectateur moyen. Au crédit de ce film de genre, très peu de violence, Nolan s’en explique : Ce n’est pas un film de guerre. C’est un « survival » et surtout un film à suspense. C’est bien un film d’une forte intensité, mais il n’a pas besoin de l’aspect sanglant des batailles, déjà très bien retranscrit dans de nombreux films. Là encore du bon et du moins bon.

Pour sa première fois dans le film historique, Nolan a su s’entourer d’un casting solide avec Fionn Whitehead, Cillian Murphy, Mark Rylance, Tom Hardy, Kenneth Branagh, Harry Styles, parmi une distribution pléthorique comme il se doit dans ce style de production. Nolan a donc presque réussi à faire du récit de cette débâcle, une épopée humaine. Et malgré toutes les réserves exprimées plus haut, je salue la performance technique, la perfection des mouvements de masse, la formidable maîtrise des combats aériens, et donc, sans doute ici le meilleur film de Christopher Nolan. Mais c’est à la fois virtuose et d’une insondable naïveté. Et on regrettera qu’au-delà de la mise en images, de ne voir poindre ni réflexion ni point de vue personnel sur cet événement tragique. Il y avait sûrement beaucoup à dire mais Nolan est un illustrateur de talent et rien d’autre.

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2 réponses à “Dunkerque

  1. Pas envie de voir une énième représentation guerrière soi-disant « historique » mais terriblement « blanche ». Un déni sociologique et historique

  2. Bonjour,
    Je ne pense pas comme toi en ce qui concerne ce film. Le fait de passé de l’aube au crépuscule etc. Donne le tempo de l’attente des soldats acculés sur la plage. Je t’accorde que la musique m’a un peu dérangée. J’ai vu surtout le côté humain, les histoires de soldats, de civils, de courage et de peur. Ce genre de film se positionnant sur une guerre, ici la seconde guerre mondiale, sont rares.

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