Le dernier Vice-Roi des Indes

L’Histoire et le mélo

C’est le premier film de la réalisatrice britannique Gurinder Chadha que je vois. A 57 ans, elle a pourtant pas mal de titres derrière elle, mais rien qui ait accroché mon attention jusque là. Mars 1947. Après 300 ans de domination anglaise, le Palais du Vice-Roi à Delhi ouvre ses portes une dernière fois pour accueillir en grande pompe Lord Mountbatten et sa famille. Petit-fils de la reine d’Angleterre et nommé dernier Vice-Roi des Indes, « Dickie » Mountbatten devra préparer le pays à l’indépendance. Mais la tâche s’avérera bien plus ardue que prévu. Après d’âpres négociations avec Nehru, Gandhi et Jinnah, perturbées par de violents conflits religieux, il n’aura d’autre choix que d’entériner la partition des Indes et la création d’un nouvel état, le Pakistan. Dans le même temps, Jeet et Aalia, deux jeunes indiens au service du Palais et que la religion oppose, subiront ces événements et auront à choisir entre leur amour et leur attachement à leurs communautés. La décision de Lord Mountbatten va provoquer l’un des plus grands déplacements de population de l’Histoire et ses conséquences se font encore ressentir aujourd’hui.107 minutes dans le genre échevelé qui auraient dû être passionnantes mais n’est pas David Lean ou Richard Attenborough qui veut. La réalisation est soignée, les décors, les costumes, la reconstitution somptueux, mais il est regrettable que l’ambition ne soit pas totalement aboutie.  

La Partition de l’Inde de 1947 a toujours intéressé Gurinder Chadha. Bien qu’elle ait grandi à Londres et qu’elle soit née à Nairobi treize ans après la division de l’Inde en deux nations, la réalisatrice a été élevée dans « l’ombre de la partition ». Ses ancêtres vivaient dans les contreforts de l’Himalaya, dans le Pakistan actuel et ses grands-parents ont été témoins du chaos au cours duquel la violence tribale entre la minorité musulmane – qui aspirait à sa propre patrie – et la majorité hindoue et sikh a engendré le plus vaste exode de réfugiés de l’histoire. On estime qu’environ 14 millions de personnes ont été déplacées au cours de la Partition et qu’un million d’entre elles ont trouvé la mort. Elle explique : Je ne voulais pas me contenter de raconter pourquoi la Partition a eu lieu et m’attacher aux conflits politiques entre les grands dirigeants de l’époque. Je tenais à ce que le spectateur cerne bien l’impact de la Partition sur les gens les plus modestes… D’où l’encombrante bluette romantico-historique dont on se passerait volontiers, tant le contexte historique réel est embrouillé et passionnant. Mais cela a permis de situer entièrement l’intrigue du film dans le palais du vice-roi, siège du gouvernement britannique à Delhi, pour présenter une vision métaphorique de la Partition entre « les étages supérieurs » et les « étages inférieurs ». D’ailleurs le palais du vice-roi est quasiment un personnage à part entière et reste à ce jour la plus vaste demeure de chef d’État au monde. Ce film est conçu pour faire comprendre les conséquences logiques de la politique de la haine et de la division. La réalisatrice ajoute : Ce n’est pas ça, l’avenir de l’humanité. Ça ne peut pas être un motif de fierté pour les gens. J’espère donc que mon film séduira ceux qui ont le sentiment que les hommes politiques les déçoivent en jouant sur la haine. Cela vous montre les conséquences directes de ce qui peut se passer quand on favorise la division. Ça aboutit en général à la mort, la destruction et la violence. Noble dessein, je ne suis pas sûr que le film remplisse tous ses objectifs.

Hugh Bonneville se taille la part du lion car il parvient à nous faire partager les doutes et les problèmes de conscience de ce Vice-Roi ballotté par des événements qui le dépassent. A ses côtés, Gillian Anderson est épatante et montre un abattage étonnant. Le couple romantique Manish Dayal et Huma Qureshi, est larmoyant à souhait et digne de Bollywood comme il se doit… Heureusement on échappe, de peu, aux ballets et aux chansons ! Une pléiade de rôles secondaires excellemment tenus complète dignement la distribution de cette fresque historique à gros budget qui, hélas par instants, vire au mélo dégoulinant de mièvrerie. Beau film, qui, pour moi, reste une déception.

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Une réponse à “Le dernier Vice-Roi des Indes

  1. J’ai pris ce film comme un beau et intéressant docu-fiction
    Bien fait mais sans souffle, un peu empâté comme Dickie

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