Kóblic

Glaçant sous le soleil de la pampa

5 ans après son formidable El Chino, le cinéaste argentin Sebastián Borensztein récidive avec cet excellent thriller à la mode argentine sur fond de dictature militaire. Argentine 1977. Un ancien pilote et capitaine de la Marine argentine, Tomas Koblic s’enfuit après avoir désobéi à un ordre de l‘armée soumise à la dictature. Caché dans une petite ville du sud du pays, sa présence attire l’attention du maréchal local d’une autorité abusive et sans scrupules. La conscience n’a nul endroit pour se cacher… 92 minutes sous très haute tension, sans effets particuliers, mais avec une extrême rigueur et servi par ce que l’Argentine fait de mieux comme acteurs. Un régal !

Un vrai western : un village perdu, l’homme perdu dans l’immensité de la nature, les grands espaces, la femme déshonorée qui espère qu’un inconnu vienne la sauver, le shérif sans scrupules qui règne et impose de façon abusive sa loi dans les environs. La petite ville fictive de Colonia Elena où se déroule l’histoire, est une métaphore du pays sous la dictature : celle d’un pays sans loi. Ce petit village est le lieu idéal pour montrer l’antagonisme entre Koblic, celui qui cache son passé et le commissaire local, qui se considère comme le chef des lieux. Le scénario est basé sur un fait historique peu connu : les vols de la mort. Des centaines ont été perpétrés pendant la « guerre sale » en Argentine et une douzaine de pilotes de la marine ont effectué ces vols. On ne connaitra certainement jamais leurs noms car la loi du silence règne toujours en Argentine. La culpabilité de Koblic est une métaphore de la culpabilité de l’Argentine qui ne souhaite toujours pas se confronter à son passé et à ses fantômes. Tourné à 150km de Buenos Aires, à San Antonio de Areco, au cœur de la culture gaucha (les cow-boys argentins), où s’étendent les vastes plaines de la pampa et… une piste d’atterrissage, ce thriller sec et froid est un modèle du genre  

Ricardo Darin, ambigu et fascinant, réussit comme toujours une formidable prestation, dans son rôle d’anti-héros dépassé par l’Histoire. C’est un immense acteur. Tout comme Oscar Martínez, qui campe un personnage aussi  répugnant moralement que physiquement. Méconnaissable avec ses fausses dents, son faux ventre et une horrible perruque, il nous propose un grand numéro. A leurs côtés, on retrouve avec plaisir la jeune espagnole Inma Cuesta, enfin dans un rôle plus important que dans Bianca Nieves ou Julieta. Ce film est un modèle du genre avec son climat, sinistre et paranoïaque, de l’Argentine des années 1970. Un thriller glaçant pour les chaleurs de l’été…

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