Cherchez la femme

Gonflé !

Ce premier film de Sou Abadi, d’origine iranienne, est la comédie dramatique du moment. Même si l’ensemble n’est pas dénué de défauts ou de maladresses, ces 88 minutes sont le vent d’air frais que l’on attendait sur un sujet plus que brûlant. Armand et Leila, étudiants à Science Po, forment un jeune couple. Ils projettent de partir à New York faire leur stage de fin d’études aux Nations Unies. Mais quand Mahmoud, le grand frère de Leila, revient d’un long séjour au Yémen qui l’a radicalement transformé, il s’oppose à la relation amoureuse de sa sœur et décide de l’éloigner à tout prix d’Armand. Pour s’introduire chez Mahmoud et revoir Leila, Armand n’a pas le choix : il doit enfiler le voile intégral ! Le lendemain, une certaine Schéhérazade au visage voilé sonne à la porte de Leila, et elle ne va pas laisser Mahmoud indifférent… Une sorte de Certains l’aiment chaud sur l’islamisme bête et méchant. N’est pas Billy Wilder qui veut, mais les temps ont changé et oser traiter un tel sujet sous le prisme de la comédie relevait de la gageure. Pari tenu ! On tient peut-être là, la comédie de l’été.

Sou Abadi a eu l’idée du voile comme camouflage lorsqu’elle a entendu, il y a quelques années, une interview de Hojat-ol-eslam Rafsandjani, l’un des dirigeants de la République islamique d’Iran. Il y racontait qu’avant la révolution, pour échapper à la police du Shah, il avait dû porter le voile et se faire passer pour une femme pieuse. Se travestir pour échapper à un danger, pour sauver sa vie : j’aimais cette idée, confie la cinéaste. Via ses personnages, elle a cherché à éviter les clichés habituels de la banlieue comme le langage ou la jeunesse délinquante. Elle voulait plutôt montrer une famille d’une certaine classe moyenne avec des parents éduqués tenant à ce que leurs enfants fassent des études. On nous explique avec force que l’on peut être musulman sans être pour autant salafiste, on peut être d’origine maghrébine tout en étant athée. Cela pourrait remettre les idées en place à certains qui n’observe qu’à travers le prisme déformant de l’amalgame et de la haine aveugle. Un vaudeville en voile intégral parfois répétitif, mais tellement culotté qu’on ne peut qu’applaudir.

Félix Moati est épatant dans son double rôle. Même si l’écriture n’évite pas un grand nombre d’invraisemblances, on se laisse entraîner par ce personnage romantique et passionné. Camélia Jordana est épatante dans la peau de cette jeune maghrébine qui lutte contre l’obscurantisme. Et c’est William Lebghil qui complète l’improbable triangle amoureux. C’est pour moi la révélation du film. L’habituel comparse des âneries télévisuelles de Kev Adams prend ici une toute autre dimension dans un rôle à facettes du genre complexe. Anne Alvaro et Carl Malapa, campent un couple de parents communistes ahurissants et… irrésistibles. Le rythme effréné est parfois épuisant, les nombreuses répétitions des scènes auraient sans doute pu être évitées tout comme quelques outrances mais, on s’amuse beaucoup, on touche du doigt des réalités douloureuses… un film utile et réussi. Une fable réconciliatrice. Sou Abadi conclura pour moi : De qui je me moque ? De moi-même. Et des communistes, des féministes, des Iraniens, de l’élite intellectuelle et des intégristes. Avec l’espoir, qu’à la fin, on puisse rire tous ensemble.

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