Visages, Villages

… collages, partage.

Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air. Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant des différences. 90 minutes d’une belle rencontre, d’un beau voyage au service d’une belle idée. Tendresse et légèreté pour un  jeu de piste, un coq-à-l’âne, un Marabout-bout d’ficelle où une idée en entraîne une autre, saugrenue, rigolote, poétique. Un rêve en marche dont on peut regretter le côté trop écrit des dialogues, plutôt mal interprétés par nos artistes qui jouent et surjouent leur propre rôle. Dommage, car ce choix retire une part de la spontanéité du propos. Mais, il reste un documentaire inclassable, entre échange et transmission où, dès que la mélancolie baigne les images, le film confine à la grâce.

C’est la fille d’Agnès Varda, Rosalie, qui a eu l’idée de la rencontre entre sa mère et le photographe JR. Tous les deux témoignent : C’est moi qui ai fait le premier pas. Je suis allé voir Agnès rue Daguerre. J’ai fait des photos de sa façade légendaire — elle habite là depuis cent ans. Et d’elle avec un chat, se souvient JR.  Le lendemain, c’est moi qui suis allée le voir dans son atelier. J’ai fait des portraits de lui, mais j’ai vite compris qu’il n’avait pas l’intention d’enlever ses lunettes noires. J’ai tout de suite senti qu’on allait faire quelque chose ensemble. Nous avons d’abord pensé à un court métrage documentaire, ajoute Varda, à son tour. Elle a tenu à le faire sortir des villes pour l’attirer dans la campagne française. En tant qu’artiste urbain, il n’a pas souvent l’occasion d’aller dans ces endroits reculés qu’affectionne la réalisatrice. Le duo a donc pris le camion photographique de JR pour parcourir les routes de France à la rencontre des gens. Ils reviennent sur l’organisation du tournage : On faisait un ou deux déplacements et puis on s’arrêtait, parce que je n’ai plus la force de tourner huit semaines d’affilée, debout dans les champs. On a tourné 2 à 4 jours par mois, explique la réalisatrice.  Je trouve que ça fonctionnait bien. Cela nous permettait de décanter, de réfléchir, de voir où ça nous amenait. On commençait le montage. On se parlait pendant des heures pour savoir où aller, comment… De son côté JR analyse : J’ai ce côté plus improvisé : « On essaye et on verra si ça marche. » Agnès, elle, pense la séquence en son ensemble et à quelques plans précis. C’est ce qui a renforcé la dynamique de la coréalisation. En fin de compte, la rencontre pleine de fraîcheur et de poésie de deux regards qui se complètent pour notre plus grand plaisir.

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2 réponses à “Visages, Villages

  1. Oui..film touchant….et tant pis pour Godard.! Bouhh ! Pas gentil !😉

  2. A voir pour tout ce que tu décris et qualifie y compris la diction bien appliquée de nos artistes/acteurs
    Cela ne fait qu’ajouter au charme et à la tendresse qui baignent ce film touchant

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