Retour à Montauk

Mélancolique et sophistiqué

Volker Schlöndorff, 78 ans, est dans le cinéma depuis 1961. Après son excellent Diplomatie de 2014, il revient avec ce drame intimiste de 106 minutes bâti sur un scénario minimaliste mais défendu par un trio d’acteurs absolument épatants. Il y a un amour dans la vie, que tu n’oublies jamais, peu importe à quel point tu essaies. L’écrivain Max Zorn arrive à New York pour promouvoir son dernier roman. Sa jeune femme Clara l’a précédé de quelques mois pour contribuer à la parution du livre aux Etats-Unis. Dans son roman, Max raconte l’échec d’une passion dans cette ville, il y a 17 ans. Presque par hasard, il revoit Rebecca, la femme en question. Originaire d’Allemagne de l’Est, elle est devenue entre temps une brillante avocate et vit depuis 20 ans à New York. Ils décident de passer encore une fois un week-end ensemble. C’est l’hiver à Montauk, le petit village de pêcheurs au bout de Long Island. Deux transats vides, face à l’océan. Ils attendent deux personnes qui s’étaient perdues pendant très longtemps. Maintenant ils reviennent à Montauk, plein d’espoir et de regrets sur une vie commune manquée. Tout cela est extrêmement élégant, cultivé et raffiné, mais c’est aussi sacrément ennuyeux. Dommage, l’attente était forte… la déception aussi.

Le film a été écrit d’après le roman Montauk de Max Frisch. Volker Schlöndorff, au départ, n’était pas très chaud pour cette adaptation d’un récit qu’il trouvait à la fois trop autobiographique et trop essayiste. Il disait alors : Ce n’est pas un récit cinématographique. Je ne suis pas loin de partager cette opinion. Je le répète, ce film ne tient que par la réalisation et la performance des acteurs. Il s’agit du premier film contemporain réalisé depuis longtemps, par Volker Schlöndorff, le metteur en scène s’étant attaqué depuis plusieurs années à des films historiques. Montauk signifie « la fin des terres » en amérindien. C’est l’île qui se trouve au large de la côte américaine et qui s’étend dans l’Atlantique, avec le phare à sa pointe. Un de ces lieux à part où on a le sentiment que la terre s’arrête là. La vie elle-même ne s’arrête pas là, mais on ne peut que revenir sur son passé. Et c’est bien le problème de ce film, on sent que rien n’arrivera, rien ne se passera et que les personnages repartiront comme ils sont venus, nourris de leurs souvenirs, mais sans ouverture sur l’avenir. Frustrant !

Restent les comédiens formidables. Stellan Skarsgård, d’une sobriété qui confine parfois à la froideur. La superbe Nina Hoss, solaire, m’épate à chacune de ses apparitions trop rares à mon goût. Suzanne Wolff et Isi Laborde, parfaites également, complètent le haut de l’affiche. La majeure partie de la musique est signée par Max Richter… un gage de qualité. Le film est une réflexion entre la vie et l’art, l’idée et la réalité, entre la femme, matériel littéraire, et la femme aimée. Ça vole très haut… mais est-ce vraiment un sujet cinématographique ? J’en doute beaucoup.

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