Wulu

Dignité vs nécessité

Daouda Coulibaly a grandi à Marseille avant d’obtenir un DEA de philosophie/économie jusqu’à ce qu’un événement ébranle ses certitudes et l’amène à « traîner » sur les plateaux de cinéma. Le jeune homme est alors devenu régisseur puis monteur, tout en nourrissant parallèlement l’envie de réaliser des films se centrant sur la vaste problématique d’être africain. Rêve réalisé avec ce premier film. Ladji a 20 ans. Il travaille dur comme apprenti-chauffeur à Bamako. Lorsqu’on lui refuse une promotion qu’il estime avoir largement méritée, il décide de contacter Driss, un dealer de drogue, qui lui doit une faveur. Avec deux compères, Ladjí plonge dans l’univers du trafic de cocaïne… 95 minutes qui, même éloignées des conventions du genre, font un excellent polar qui nous plonge dans une Afrique qui n’a pas fini de nous surprendre.

Le titre du film fait surtout référence à un rite d’initiation bambara. Le réalisateur explique : il symbolise certaines valeurs, qui sont celles de Ladji au début du film. C’est le respect de soi, travailler pour la communauté. Dans la culture bambara, tu n’existes pas parce que tu as un corps, tu existes car tu es utile à la communauté. Inutile, tu es considéré comme un paria. Et cela m’intéressait de montrer le parcours d’un homme qui a grandi avec ces valeurs traditionnelles et qui va être confronté à celles du monde moderne comme celles de l’argent. Entre les deux, Ladji va devoir apprendre à s’adapter pour assurer sa survie. De toute évidence, le jeune cinéaste est fasciné par la figure du criminel. Il a donc abordé la question de la criminalisation de la société africaine à travers un véritable polar, sombre, poisseux où les personnages sont broyés par leur destin. Le héros est en vérité une victime et très vite le spectateur entre en empathie avec lui. Il n’aurait jamais dû se retrouver là où il en est. Il est sérieux, travailleur, intelligent, rusé, il mérite mieux. Il ne demande pas grand-chose. Et le fait qu’il soit aussi taiseux, mutique, nous renvoie à sa dimension d’anti héros. Un thriller au constat politique implacable à découvrir.

Ibrahim Koma porte le film avec une force et une présence étonnantes. Il nous fait partager à chaque instant la nécessité de survivre qui guide toutes ses actions avant que de se retrouver happer par un engrenage qui le dépasse totalement. La chanteuse Inna Modja, dans un rôle à transformation, est absolument remarquable. Ajoutons encore au casting Quim Gutteriez et Ismaël N’Diaye. Un film qui démontre la corruption étatique, et son imbrication dans une société à la culture traditionnelle nourrie de rites initiatiques. Un seul regret, que le scénario s’étiole en cours de route en se laissant aller au schéma cent fois vu et revu de l’ascension sociale puis de la chute tragique. Mais il reste un premier film d’un cinéaste à suivre.

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