Ce qui nous lie

Boire un petit coup de Klapisch, c’est agréable

 

Je suis un passionné du cinéma de Cédric Klapisch, et ce, depuis 1992 et son étonnant Riens du tout. Depuis il y a eu des ratés, mais on se souvient avec joie de petites perles comme Le péril Jeune, Chacun cherche son chat, Un air de famille, et sa trilogie L’Auberge espagnol, Les Poupées russe  et Casse-tête chinois. Pour moi, il revient en force avec ces 103 minutes de comédie dramatique plus qu’honorables. Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces 3 jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent. Un joli film qui sent bon le terroir sans en abuser. Un des meilleurs crus de notre réalisateur qui devrait bien vieillir… le film pas le cinéaste.  

Pour l’anecdote, ce film s’appelait d’abord sobrement « Le Vin« , puis « 30 printemps » et « Le Vin et le vent« . Lorsque Cédric Klapisch a fini le montage, il s’est ensuite dit en blaguant que ce serait drôle d’appeler le film « Ce qui nous noue« , en référence à Ce qui me meut, le court métrage qu’il avait réalisé en 1989. Mais Studio Canal n’aimait pas ce titre… Ce film a une base autobiographique. Klapisch s’explique : J’ai connu le vin par mon père – qui ne boit pratiquement que du Bourgogne. Quand j’ai commencé à boire (vers 17-18 ans) il me faisait goûter ses vins… C’est grâce à lui que j’ai eu cet apprentissage. Jusqu’à il y a peu de temps il nous emmenait en Bourgogne mes sœurs et moi faire des dégustations dans des caves. C’était une sorte de rituel, une fois tous les deux ans à peu près… (…) Je sentais intuitivement que si je voulais faire un film sur le vin c’était parce que j’avais envie de parler de la famille. Ce que l’on hérite de ses parents, ce que l’on transmet à ses enfants. Aussi, va-t-il poser sa caméra pour la première fois dans la nature, loin des rues de Paris, Londres, Saint-Pétersbourg, Barcelone ou New York. Dans le but de respecter le cycle entier de la nature, il a tourné son film sur un an en fonction des saisons. La photographie d’Alexis Kavyrchine, qui vient du documentaire et qui est habitué à filmer la nature, est superbe. La musique de Loïk Dury nous permet d’entendre un instrument rare, le Cristal Baschet, (instrument français inventé en 1952, composé de tiges de verres reliées à des vibrateurs métalliques). Le scénario solide – malgré quelques balourdises comme le héros qui dialogue avec son double enfant – est bien mené et on entre très vite en empathie avec cette famille qui oscille sans cesse entre amour, jalousie, tendresse et colère. A déguster sans modération.

Pour vous présenter le trio central d’acteurs, Pio Marmaï, Ana Girardot, François Civil, je ne résiste pas à de nouveau laisser la parole au réalisateur : ils sont arrivés à 11 heures du matin, on est allés déjeuner, ils ont bu huit sortes de Bourgogne à table. Ambiance «découverte du terroir»… À 14 heures, ils étaient déjà complètement bourrés. Mais ça a continué, juste après, nous sommes allés visiter certains domaines. Ils ont parlé avec différents vignerons qui… à chaque fois, leur faisaient goûter différents vins et en fait, toute la journée ils n’ont fait que boire. Ça s’est terminé par un repas chez Jean-Marc Roulot. (acteur-viticulteur, qui joue un rôle important dans ce film et qui fait partie de ces comédiens toujours excellents et pourtant sous-employés par le cinéma français) À la fin de la nuit ils étaient tous les trois dans un état second…! Donc pas de grandes têtes d’affiche mais d’excellents acteurs très justes drôles ou émouvants quand il le faut. A citer encore, Eric Caravaca et Jean Marie Winling. Une chronique familiale pleine de charme qui sait éviter les clichés et qui offre des moments irrésistibles de drôlerie ou d’émotion pure. Un film qui prend son temps, comme la nature quand elle nous prépare ses merveilles.

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Une réponse à “Ce qui nous lie

  1. J’ai dégusté et aimé

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