Rodin

Faire revivre l’animal

Cette formule, je l’ai empruntée à Jacques Doillon lui-même quand il parle de la genèse de son film. A l’origine, il envisageait un documentaire pour la célébration du centenaire de ce géant de l’art français. Mais son amour des acteurs et de la fiction l’a emporté et il a décidé de se focaliser sur 20 années de la vie tourmentée du sculpteur. À Paris, en 1880, Auguste Rodin reçoit enfin à 40 ans sa première commande de l’Etat : ce sera « La Porte de L’Enfer » composée de figurines dont certaines feront sa gloire comme le Baiser et le Penseur. Il partage sa vie avec Rose, sa compagne de toujours, lorsqu’il rencontre la jeune Camille Claudel, son élève la plus douée qui devient vite son assistante, puis sa maîtresse. Dix ans de passion, mais également dix ans d’admiration commune et de complicité. Après leur rupture, Rodin poursuit son travail avec acharnement. Il fait face et au refus et à l’enthousiasme que la sensualité de sa sculpture provoque et signe avec son Balzac, rejeté de son vivant, le point de départ incontesté de la sculpture moderne. À 60 ans, enfin reconnu, il devient le sculpteur le plus célèbre avec Michel-Ange. 120 minutes d’un biopic partiel, certes très brillant mais sur lesquelles j’émettrai quelques réserves.

La reconstitution est extrêmement soignée, aidée en cela par la chance que l’équipe de Doillon a eue de tourner dans les lieux même que Rodin a habités. Une de ses œuvres  les plus emblématiques, La Porte de l’Enfer, a été intégralement reconstituée. La mise en scène est, comme toujours chez Doillon, d’une fluidité sans pareille. Sa façon de tourner simultanément avec deux caméras lui permet de refuser le découpage au tournage pour permettre la circulation de l’énergie et trouver la musique de l’ensemble. Reste que les 2 heures sont peut-être un peu trop longues et parfois inutilement répétitives. Et surtout, je ne partage pas tous les choix scénaristiques. Résumer 20 ans de la vie de l’itinéraire d’un artiste hors-norme, relève évidemment de la gageure. Mais ici ça tourne à la succession d’événements que l’on peine à relier les uns aux autres et nous empêche de cerner véritablement la complexité de l’artiste et de l’homme. Certes, Doillon a voulu privilégier le portrait intimiste de l’artiste, mais était-ce suffisant quand on parle d’une figure comme celle de Rodin ? Mais, toutes ces réserves – mineures – posées, c’est du grand cinéma servi par un formidable acteur.  

On se souvient de Depardieu dans le Camille Claudel de Bruno Nuytten en 1988. Cette fois, c’est un autre immense acteur qui campe avec force et intensité le plus célèbre des sculpteurs français : Vincent Lindon, transfiguré, habité… énorme. Non seulement il en a la stature et l’envergure, mais il ajoute le réalisme, car il a pris très au sérieux l’obligation de savoir manipuler la terre, et a suivi un grand nombre de cours avec un sculpteur. Izïa Higelin plus fantaisiste que névrosée, m’a paru manquer de présence dans les pas de Camille Claudel. Séverine Caneele, qui n’avait plus tourné depuis 2004 alors qu’elle avait pourtant reçu un Prix d’Interprétation à Cannes en 1999 pour L’Humanité de Bruno Dumont, campe une Rose Beuret – compagne de toujours de Rodin – tout à fait bouleversante. Donc, en définitive, beaucoup des qualités qui font un bon film, mais des défauts qui l’empêchent sans doute d’accéder au statut de « grand » film.    

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