A mon âge je me cache encore pour fumer

Foulard et nudité

Un film de femme, avec des femmes, pour les femmes, – mais pas que – réalisé par Rayhana… un premier film très original qui tente de nous faire partager durant 90 minutes l’intimité charnelle et psychologique des femmes d’Alger durant la montée de l’intégrisme islamiste durant les années 90. Au cœur du hammam loin du regard accusateur des hommes, mères, amantes, vierges ou exaltées islamistes, des fesses et des foulards de Dieu se confrontent, s’interpellent entre fous rires, pleurs et colères, bible et coran… avant le sifflement d’un poignard et le silence de Dieu. Un tour de force étonnant par bien des aspects. Passionnant et glaçant à bien des égards. Un beau film unique et intelligent.

En 1995, à Alger, tandis que la guerre civile gronde, que les islamistes du FIS imposent leurs règles, les femmes vont au hammam. Fatima, la quarantaine, en tient les clés. Samia, qui rêve au prince charmant, l’assiste. Nadia vient de divorcer et espère enfin jouir de la vie, mais elle s’attire la rancœur de sa belle-mère, Aicha, et la désapprobation de son amie de fac, Zahia, qui s’est convertie à un islamiste rigoriste… C’est à travers ce microcosme que Rayhana nous fait comprendre l’évolution de tout un monde à l’orée du XXIème siècle dont on connaît, 20 ans plus tard, le résultat. Ces femmes à la fois victimes et combattantes étaient les cibles « privilégiées » des premières règles islamistes que le FIS, après sa victoire dans les premières élections “libres et démocratiques” dans l’histoire algérienne, instaura dans les villes sous son contrôle, car elles étaient devenues ennemies numéro 1 : fin de la mixité dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les queues devant les boulangeries comme aux arrêts de bus, etc. Le tour de force de ce film est de nous faire comprendre tout cela, à travers un pur huis clos dans un hammam qui s’est longtemps imposé du point de vue philosophique et ancestral comme lieu cathartique de mise à nue…. Jusqu’à ce que les islamistes décident que le hammam aussi était “Hram” (illicite) car lieu de nudité : une femme ne doit montrer son corps qu’à son époux. Adapté d’une pièce de théâtre, ce drame nous fait comprendre mieux encore que tous les reportages ou témoignages, le sort réservé aux femmes dans cette dictature de l’obscurantisme.

Les actrices sont toutes remarquables et investies dans ce film aussi militant qu’humaniste.  Hiam Abbass, Fadila Belkebla, Nadia Kaci, Lina Soualem, Biyouna et les autres nous entrainent dans ce tourbillon de paroles et de nudité où les histoires intimes entrecroisées nous font toucher du doigt la grande Histoire.  Rayhana a été contrainte de quitter l’Algérie et de s’exiler en France à cause de ses convictions et ses prises de position engagées. D’ailleurs le tournage a eu lieu à Salonique en Grèce. A voir avec curiosité et intérêt. Un beau film souvent dérangeant et utile politiquement, même s’il ne sera pas vu par les bourreaux de la démocratie.

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