A voix haute

La force de la parole

Stéphane De Freitas, dont c’est le premier film s’est fait aidé à la réalisation par et Ladj Ly, pour ces 100 minutes absolument passionnantes qui nous donnent une belle leçon d’humanité en combattant tous les clichés sur les banlieues « difficiles ». Chaque année à l’Université de Saint-Denis se déroule le concours « Eloquentia », qui vise à élire « le meilleur orateur du 93 ». Des étudiants de cette université issus de tout cursus, décident d’y participer et s’y préparent grâce à des professionnels (avocats, slameurs, metteurs en scène…) qui leur enseignent le difficile exercice de la prise de parole en public. Au fil des semaines, ils vont apprendre les ressorts subtils de la rhétorique, et vont s’affirmer, se révéler aux autres, et surtout à eux-mêmes. Munis de ces armes, Leïla, Elhadj, Eddy et les autres, s’affrontent et tentent de remporter ce concours pour devenir « le meilleur orateur du 93 ». Une véritable révélation où l’on apprend que ces jeunes, qu’on stigmatise trop souvent, ont des ressources insoupçonnées. Tous ont des choses passionnantes à dire et à faire. Loin des excès d’internet et de ses réseaux sociaux où tout le monde semble se parler mais en réalité personne n’écoutait personne et se contente de déverser sa colère et sa haine. L’espoir est partout, il faut savoir le faire vivre.  

Stéphane De Freitas a voulu réaliser ce documentaire pour des raisons à la fois militantes et artistiques. Le cinéaste est en effet à l’origine du concours Eloquentia qu’il a créé en 2012 dans le but d’aider des jeunes de banlieues à maîtriser l’art de la joute oratoire. Dès ce moment, il avait en tête de consacrer un film à cette expérience. Le hasard a voulu que le premier jour de tournage ait lieu le 7 janvier 2015, jour de l’attentat contre Charlie.  Alors que la France était secouée d’horreur, que des terroristes bafouaient la liberté d’expression, nous tournions un film pour célébrer la parole, explique Stéphane De Freitas. Le documentaire suit chacun des principaux protagonistes dans son cadre personnel. Une occasion pour le metteur en scène de sortir de la classe et filmer des moments poétiques montrant que la banlieue peut être très différente d’un lieu à un autre. Eddy, par exemple, est bien différent des habituels clichés que l’on peut avoir sur les jeunes de banlieue puisqu’il vit en pleine nature, vénère son père et est prêt à passer quotidiennement six heures dans les transports pour étudier et réaliser son rêve qui est de devenir acteur. Ce sont des talents invisibles qui sont mis en lumière, des jeunes à la fois normaux et exceptionnels. Au-delà de l’espoir, le film prouve qu’il existe en banlieue une jeunesse prête à se battre pour se diplômer, vivre ses rêves et avoir une voix qui compte dans la société. Un pur moment de bonheur avec ce qu’il faut de rire et d’émotion pour que ce film ne reste pas au niveau d’un simple docu  descriptif. Un moment lumineux d’énergie communicative.  

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