Cessez le feu

Séquelles indélébiles

Le drame réalisé par Emmanuel Courcol, pour la première fois de sa carrière derrière la caméra, se situe dans les Années Folles, donc la Première Guerre mondiale, une période rarement traitée au cinéma. C’est une des grandes originalités de ces 103 minutes bouleversantes. 1923. Georges, héros de 14 fuyant son passé, mène depuis quatre ans une vie nomade et aventureuse en Afrique lorsqu’il décide de rentrer en France. Il y retrouve sa mère et son frère Marcel, invalide de guerre muré dans le silence. Peinant à retrouver une place dans cet Après-guerre où la vie a continué sans lui, il fait la rencontre d’Hélène, professeure de langue des signes avec qui il noue une relation tourmentée… Suivre le parcours d’hommes qui reviennent du Front, physiquement entiers mais perdus, peinant à retrouver l’estime d’eux-mêmes, est absolument passionnant. Outre la belle histoire romantique et le drame familial, c’est véritablement le grand attrait de ce film rare, fort bien réalisé et surtout servi par une admirable distribution. A voir !

L’origine de ce film se déroulant en 1923 se trouve dans l’histoire personnelle d’Emmanuel Courcol. La Première Guerre mondiale faisait ainsi partie de son univers d’enfant par le biais de l’un de ses grands pères qui y avait combattu. L’après-guerre, comme la guerre, génère toujours de considérables affaires et toutes sortes de trafics, en plus de la folie liée à l’étonnement et la culpabilité d’avoir survécu. Après avoir détruit il faut reconstruire, et la guerre de 14 avec l’immense chantier de réhabilitation des champs de bataille n’a pas failli à la règle, avec ses fortunes qui se sont bâties sur le commerce de l’exhumation des corps, la récupération des métaux, le nettoyage et la reconstruction des 4 000 villages détruits ou rayés de la carte. Outre ce contexte historique très particulier, il s’agit d’un scénario original, ce qui devient assez rare dans le cinéma d’aujourd’hui. Les séquences africaines ont été tournées dans des villages reculés du Burkina et du Sénégal, avec la participation des populations locales. Ce drame doit beaucoup à Tom Stern, le chef opérateur de Clint Eastwood et à sa grande gamme chromatique pour rendre compte des univers très contrastés qui cohabitent dans le film. La très belle musique de Jérôme n’est pas en reste. Mais, il s’agit avant tout d’un film d’acteurs, et là, on est très gâté.

En haut de l’affiche, un Romain Duris inhabituel, qui sait nous faire partager toute la tragédie intérieure qui l’habite jusqu’à l’obsession. Il trouve en Céline Sallette une magnifique partenaire toujours aussi juste, flamboyante et comme consumée de l’intérieur par le personnage qu’elle porte. Grégory Gadebois, est un immense acteur qui sait choisir ses rôles avec intelligence et clairvoyance. Julie-Marie Parmentier, Maryvonne Schiltz et l’étonnant Wabinlé Nabié, complètent cette distribution parfaite. Chronique lumineuse et sombre à la fois d’un traumatisme collectif trop oublié aujourd’hui. Ce n’est peut-être pas un grand film, mais à coup sûr un film rare. A découvrir !

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Une réponse à “Cessez le feu

  1. Beaucoup de qualités , particulièrement documentaires mais décidément , je bloque sur Romain Duris qui fait du Romain Duris . Quelquechose me gène chez cet acteur ……

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