La Belle et la Bête

La magie du savoir-faire

C’était une évidence, le nouveau Disney réalisé par Bill Condon ne soulèverait pas l’adhésion de la critique institutionnelle mais déclencherait plutôt ses sarcasmes voire ses cris d’orfraie. Le public, le vrai, lui, applaudit et je lui donne raison. Fin du XVIIIè siècle, dans un petit village français. Belle, jeune fille rêveuse et passionnée de littérature, vit avec son père, un vieil inventeur farfelu. S’étant perdu une nuit dans la forêt, ce dernier se réfugie au château de la Bête, qui le jette au cachot. Ne pouvant supporter de voir son père emprisonné, Belle accepte alors de prendre sa place, ignorant que sous le masque du monstre se cache un Prince Charmant tremblant d’amour pour elle, mais victime d’une terrible malédiction. 129 minutes d’une comédie musicale de très haute volée. Du charme, de la couleur, de la joie de vivre, de l’humour et, à l’arrivée, un joli moment de cinéma… et rien d’autre.

Il faut savoir juger un film pour ce qu’il est. L’idée d’adapter le plus fidèlement possible le dessin animé de 1992 en comédie musicale mêlant casting de charme et images de synthèse (ce qu’on désigne par le joli terme de live-action très en vogue depuis quelques années avec Alice au Pays des merveilles de Tim Burton, Maléfique, Cendrillon ou Le Livre de la Jungle) pouvait paraître sinon saugrenue au moins inutile. Mais il ne faut pas oublier que de nombreuses générations n’ont pas vu l’ancienne version et, à fortiori, l’inégalable adaptation de 1946 signée Jean Cocteau. – je passerai pudiquement sous silence la version luxueuse mais sans âme de Christophe Gans en 2014 -. Bill Condon et son équipe viennent de combler ce manque avec un brio technique incontestable et pas mal d’idées de mise en scène. Bien sûr il manque l’émotion et la poésie à l’état pur du duo Jean Marais/Josette Day, bien sûr la technique éblouissante écrase tout sur son passage mais reconnaissons que le casting tire son épingle du jeu et sert brillamment les lyrics d’Alan Menken et Tim Rice. On ne peut qu’admirer la beauté époustouflante du film, le formidable savoir-faire des équipes techniques et regretter son manque de poésie… L’éternel débat du fond et la forme : air connu.

Emma Watson est absolument délicieuse et, outre son talent, on découvre qu’elle sait danser et chanter. La nouvelle Belle tient la route.  Dan Stevens, Bête très humaine, Luke Evans, Kevin Kline, Josh Gad, irrésistible de drôlerie, font le boulot avec bonheur. Que dire des apparitions pour le moins furtives d’Emma Thompson, Ewan Mac Gregor, Audra Mac Donald, Gugu Mbatha Raw, Ian Mc Kellen, pourtant crédités tout en haut de l’affiche (tout est bon pour faire des entrées… et ça marche) ? La stratégie marketing de Disney est devenue un modèle du genre et, comme pour les Star Wars, répond à l’idée en montrer très peu et le plus longtemps possible. Reste le récit sur la beauté intérieure et la tolérance, la splendeur des images (costumes, lumières, décors…) et la présence d’Emma Watson. Il nous manque, à nous les « vieux » cinéphiles, le mystère et la poésie du conte original de Mme de Villeneuve.

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