Paris les pieds nus

Poésie burlesque

Fiona Gordon et Dominique Abel collaborent depuis 25 ans en s’efforçant, dans leurs films et spectacles, de donner forme à un univers théâtral atypique souvent centré sur leur sujet préféré : la maladresse des êtres humains. Leur dernier film La Fée avait déjà toutes les qualités de cette balade poético-burlesque dans un la capitale. Fiona, bibliothécaire canadienne, débarque à Paris pour venir en aide à sa vieille tante en détresse. Mais Fiona se perd et tante Martha a disparu. C’est le début d’une course-poursuite dans Paris à laquelle s’invite Dom, SDF égoïste, aussi séducteur que collant. 83 minutes très particulières. On est en droit de ne pas apprécier cet humour décalé et clownesque mais on doit reconnaître que l’ensemble est rafraîchissant et ponctué de véritables moments de grâce.

Notre couple de clowns-réalisateurs est issu du monde du spectacle, et a fait le choix de transposer dans leur film les caractéristiques de la scène. Ils plaident d’ailleurs « coupables » : C’est un désir d’expérimentation, d’un peu de bordel et de liberté, que ce soit au niveau du récit, du cadre ou de la musique. On a laissé opérer les hasards, on a composé avec les contraintes des lieux. C’était important pour nous, autant que de préserver notre esprit burlesque, d’ancrer cette histoire dans un milieu réel, peuplé, de faire de Paris un personnage, aussi, au corps cabossé. A l’arrivée, un film simple, personnel, guidé par un désir irrésistible de résister à l’air du temps, bref, joyeux. Paris reste le personnage principal de cette rêverie drôle et tendre : Paris sur les ponts et sous les ponts, ville lumière et ville d’ombre, entourée d’un condensé étonnant de grandes réalisations, mélanges d’époques, de signatures architecturales, croisements de voies rapides, de circuits touristiques… un chaos touché par une certaine grâce. Un Paris revisité par les petits enfants de Jacques Tati qui, au-delà de leur talent original, ont su s’entourer de deux acteurs majuscules. Une fable délicatement folle.

Effectivement, outre Fiona Gordon et Dominique Abel, à l’écriture, à la réalisation et à l’incarnation de ce couple aussi ahuri qu’ahurissant, s’il vous faut une seule belle et bonne raison d’aller voir ce film, c’est le duo quasi lunaire formé par l’inénarrable Pierre Richard, et l’inoubliable Emmanuelle Riva, pour une de ses toutes dernières apparitions à l’écran. D’un bout à l’autre on pense à Chaplin, à Tati, à Langdon… si ces références ne vous suffisent pas, allez soutenir cet OVNI venu de Belgique… vous m’en donnerez des nouvelles. Une gourmandise !

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