L’autre côté de l’espoir

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Après son magnifique Le Havre de 2011, le finlandais Aki Kaurismäki continue sa promenade dans notre monde en maniant les sentiments positifs qui peuvent encore le sauver de sa noirceur et de sa désespérance. Ces 98 minutes de pur bonheur, pour lesquelles il a reçu l’Ours d’argent du meilleur réalisateur à Berlin, sont un nouveau témoignage de cette démarche positive et originale. Helsinki. Deux destins qui se croisent. Wikhström, la cinquantaine, décide de changer de vie en quittant sa femme alcoolique et son travail de représentant de commerce pour ouvrir un restaurant. Khaled est quant à lui un jeune réfugié syrien, échoué dans la capitale par accident. Il voit sa demande d’asile rejetée mais décide de rester malgré tout. Un soir, Wikhström le trouve dans la cour de son restaurant. Touché par le jeune homme, il décide de le prendre sous son aile. Vous cherchez un véritable auteur dans le cinéma mondial d’aujourd’hui, il est finlandais et s’appelle Kaurismäki, une sorte de Ken Loach venu de Scandinavie qui s’attacherait à voir ce qui reste de beau et d’optimiste dans nos sociétés du XXIème siècle.

On a le droit de ne pas aimer le cinéma du réalisateur finlandais, sa manière en apparence froide et distante et surtout sa propension à ne pas faire jouer ses acteurs. Mais, à chaque instant, on se passionne pour les histoires qu’il raconte et on ressent intensément son empathie pour ses personnages. Ici, et de son propre aveu, il cherche à réhabiliter les réfugiés en Europe, qui sont au cœur de toutes les politiques du continent ces dernières années.  Avec ce film, je tente de mon mieux de briser le point de vue européen sur les réfugiés considérés tantôt comme des victimes objets de notre apitoiement, tantôt comme des réfugiés économiques qui avec insolence veulent prendre notre travail, nos femmes, nos logements et nos voitures… Effectivement, la création et le développement de nos préjugés en stéréotypes ont une sombre résonance dans l’histoire de l’Europe. L’autre côté de l’espoir est, de toute évidence, un film qui tend dans une certaine mesure et sans scrupules à influer sur l’opinion du spectateur et essaie de manipuler ses sentiments pour y parvenir. Dans ce film, nous suivons les parcours à priori très éloignés de deux hommes malmenés par la vie et qui décident de repartir à zéro. S’en suit une série d’événements tragi-comiques qui, par petites touches, vont amener les deux personnages à se rencontrer. Car, ce film est celui des rencontres et des partages, ceux qui façonnent une vie, une destinée. C’est à la fois cocasse (on pense parfois à Jacques Tati) décalé, chaleureux, émouvant et profondément humaniste. Un grand film qui fait du bien.

Sherwan Haji, qui interprète le rôle de Khaled, est lui-même un réfugié syrien arrivé en Finlande en 2010. Il est tout simplement épatant. L’excellent Sakari Kuosmanen, un fidèle des films d’Aki Kaurismäki, est comme toujours énorme, monolithique et d’une rare sobriété. Les autres, Ikka Koivula, Janne Hyytiäinen, Nuppu Koivu, Simon Al-Bazoon, sont eux aussi très justes. Une comédie décalée sur la solitude sociale, un film engagé et poétique qui, sans avoir l’air d’y toucher, en embellissant le désespoir, parvient à infléchir le regard que nous portons sur notre monde. A noter l’idée de génie qui consiste à ponctuer les différents épisodes par un défilé ahurissant de vieux rockers finlandais. Un théâtre de la vie irrésistible et génial.  

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