Citoyen d’honneur

Fable loufoque et cruelle

Les cinéastes Mariano Cohn et Gastón Duprat travaillent ensemble depuis près de 25 ans. Il nous faut ici un cadeau précieux avec ces 117 minutes de comédie grinçante et impitoyable. L’Argentin Daniel Mantovani, lauréat du Prix Nobel de littérature, vit en Europe depuis plus de trente ans. Alors qu’il refuse systématiquement les multiples sollicitations dont il est l’objet, il décide d’accepter l’invitation reçue de sa petite ville natale qui souhaite le faire citoyen d’honneur. Mais est-ce vraiment une bonne idée de revenir à Salas dont les habitants sont devenus à leur insu les personnages de ses romans ? Une escalade venimeuse dans la bêtise et le cynisme pour le retour de l’enfant prodigue au village de son enfance. Irrésistible et cruel. Du grand cinéma !

Si le héros reçoit le Prix Nobel de littérature, il est amusant de noter qu’aucun écrivain argentin n’a gagné cette récompense, pas même l’immense Jose Luis Borges. Le choix qui a consisté a situé l’action dans une petite ville très loin de Buenos-Aires, donc forcément moins cosmopolite et plus fermée, crée une sorte de huis-clos où le retour du prodige local provoque énormément de tensions. Ce décalage entre les habitants et l’artiste, auquel s’ajoute le comportement parfois déplacé de celui-ci, contribue à la vague de mécontentement qui balaie la ville. Effectivement la grande force de ce jeu de massacre réside dans le fait qu’aucun personnage n’est véritablement sympathique. La trame s’avère extrêmement riche et permet d’aborder plusieurs sujets de société. La comédie glisse doucement vers la fable noire et kafkaïenne sur la nostalgie du temps qui passe en se jouant habilement de la frontière entre la fiction et le réel. Un cauchemar éveillé qu’on suit avec passion pendant près de 2 heures car c’est un régal servi par un magnifique casting.

Oscar Martinez est un immense acteur (le meilleur comédien argentin avec Ricardo Darin). Il a d’ailleurs reçu le Prix d’interprétation masculine à la Mostra de Venise. Il est de tous les plans et le film ne serait pas ce qu’il est sans son extraordinaire performance.  Dady Brieva, Andrea Frigerio, Nora Navas, et les autres lui donnent une excellente réplique. Voilà une nouvelle pépite du cinéma argentin qu’on ne doit rater sous aucun prétexte. La farce continue bien après le mot fin puisque les cinéastes ont décidé de faire éditer un roman du faux Prix Nobel argentin de littérature. Il a fallu déterminer ce que le livre allait raconter et ensuite le style d’écriture à adopter. La rédaction a été confiée à un écrivain connu, et bien réel lui, qui a néanmoins gardé l’anonymat. L’idée est maintenant de publier les sept autres romans de Daniel Mantovani… A suivre !

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