Paula

L’éclosion d’une femme

Dans tous ses films, Christian Schwochow met en scène le destin d’une femme – c’est le cas dans L’enfant de novembre, La fille invisible ou De l’autre côté du mur -. Voici donc 123 minutes d’un biopic consacré à une peintre allemande du début du XXème siècle qui a révolutionné son art en son temps et qui, surtout, est devenue la première femme peintre reconnue. 1900, Nord de l’Allemagne. Paula Becker a 24 ans et veut la liberté, la gloire, le droit de jouir de son corps, et peindre avant tout. Malgré l’amour et l’admiration de son mari, le peintre Otto Modersohn, le manque de reconnaissance la pousse à tout quitter pour Paris, la ville des artistes. Elle entreprend dès lors une aventure qui va bouleverser son destin. Paula Modersohn-Becker devient la première femme peintre à imposer son propre langage pictural. C’est tout simplement passionnant, visuellement très réussi et l’occasion de la découverte d’une artiste méconnue et d’une comédienne remarquable.

Paula Modersohn-Becker, morte à 32 ans le 21 novembre 1907, est une artiste peintre allemande et l’une des représentantes les plus précoces du mouvement expressionniste dans son pays. En quatorze courtes années durant lesquelles elle exerce son art, et réalise pas moins de 750 toiles, 13 estampes et environ un millier de dessins. Son style, particulièrement original, est le fruit d’influences multiples, aux confins de la tradition et de la modernité. Sa peinture présente des aspects mêlant l’impressionnisme de Cézanne, van Gogh ou Gauguin, le cubisme de Picasso, le fauvisme, l’art japonais ou encore l’art de la Renaissance allemande. Jusqu’à l’exposition que lui consacre le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en 2016, elle était assez peu connue en dehors des pays germanophones. De nombreux documentaires ont été consacrés à l’histoire de Paula Becker, très connue en Allemagne. Mais le réalisateur a préféré éplucher la correspondance de la peintre et admirer ses œuvres pour préparer son film. Il a d’ailleurs un passé d’étudiant aux Beaux-Arts et l’esthétique de son film en témoigne. Il reste deux heures d’un beau portrait d’une femme libre et surdouée, pionnière de l’art moderne. Un hymne magnifique d’énergie à la féminité dont on peut regretter qu’il n’aille pas plus loin. Mais un très joli moment pendant lequel on apprend beaucoup de choses sur une femme hors normes et sur une époque corsetée.

Il faut donc aller découvrir la formidable Carla Juri, qui incarne – au vrai sens du terme – cette artiste ignorée du grand public et une femme de tempérament qui a su renverser les carcans sociaux et sexistes de son époque. Tout tourne autour de cette haute figure et les Albrecht Abraham Schuch, Roxane Duràn, Joël Basman, Fritz Mackensen, Michael Abendroth, Klara Deutschmann, se contentent de lui donner une belle réplique. La musique de Jean Rondeau, la beauté de la photographie, l’élégance de la mise en scène ajoutent à la qualité de ce film, dont, je le répète, on peut penser qu’il est trop timide et trop sage étant donné l’intérêt unique du sujet. Mais il reste un beau moment pendant lequel on apprend beaucoup de choses et on découvre une grande actrice à suivre, elle aussi, de très près.

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