Les derniers Parisiens

Pigalle se meurt

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Il s’agit du premier long métrage de Hamé Bourokba et Ekoué Labitey, membres du groupe de rap La Rumeur. Pour réaliser ces 105 minutes de drame, ils ont assumé toutes les casquettes : auteurs, réalisateurs et producteurs. Tout juste sorti de prison, Nas revient dans son quartier, Pigalle, où il retrouve ses amis et son grand frère Arezki, patron du bar Le Prestige. Nas est décidé à se refaire un nom et Le Prestige pourrait bien lui servir de tremplin… Entre documentaire sur le Paris by night et film noir, le film est souvent déroutant et, même si les images sont belles, on a du mal à véritablement pénétrer la faune interlope de Pigalle jusqu’à ce que le drame s’installe et nous bouleverse. Faux film de gangster, mais vraie tragédie familiale. Un film déroutant au ton unique. Une curiosité servie par un très beau casting.

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Avant son titre définitif, le film s’appelait Mon nom à Pigalle. Ce qui, à mon humble avis, aurait été sans doute plus original.  Ce quartier a déjà été  au centre de nombreux films. C’est par exemple le cas de Bob le flambeur de Jean-Pierre Melville, Le Désert de Pigalle de Léo Joannon ou encore Les Ripoux de Claude Zidi. La capitale superbement photographiée sert de décor à un témoignage pertinent de la transformation du monde où les centres-­villes tendent de plus en plus à concentrer tous les pouvoirs, excluant ainsi davantage les plus pauvres. Les deux cinéastes ajoutent : L’argent de la rue, c’est de l’argent sale. Et finalement tout le monde se retrouve dehors. La globalisation est là. Elle rachète tout, et voici les Starbucks, les Sushi Bar. Lucrèce, qui a escroqué Nas, a compris de manière foudroyante que ce qui payait c’était le commerce des baux commerciaux, boostés par le magnétisme du centre de Paris qui attire les enseignes internationales. Le film, loin d’être revendicatif, est une sorte de constat doux-amer de la fin d’une époque, de la fin d’un monde. Ces 105 minutes se divisent en deux parties distinctes. La première, explicative, souvent trop bavarde et brouillonne frise parfois l’ennui… heureusement la seconde s’éloigne de l’aspect purement docu et la tragédie moderne qui oppose les deux frangins réveille enfin l’attention. C’est aussi le moment où les acteurs donnent le meilleur d’eux-mêmes.

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Hormis les têtes d’affiche, la plupart des acteurs du film sont non professionnels, et sont amis des deux réalisateurs, ce qui se révèle être un atout car le naturel est là, même si les propos ne sont pas toujours assez perceptibles. Le trio de pros est remarquable. Mais, nul ne s’en étonnera quand je citerai les noms de Reda Kateb, Slimane Dazi et Mélanie Laurent. On ajoutera quelques autres noms à retenir, tels que Yassine Azzouz, ou Willie L’Barge. Ambiance, interprétation et dramaturgie sont au rendez-vous de ce film crépusculaire sans complaisance. Un film noir éclaboussé des lumières d’un Pigalle éternel qui se meurt à petit feu sous les effets de la normalisation.  

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