Le Divan de Staline

Et derrière moi, une cage vide (Ossip Mandelstam)

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Le film – réalisé avec des capitaux portugais – de Fanny Ardant est adapté du roman éponyme de Jean-Daniel Baltassat de 2013. La cinéaste explique que ce livre lui a donné envie d’en faire un long métrage pour deux raisons : parler de la Russie (notamment de l’époque tragique de l’Union Soviétique) et pouvoir donner un rôle à la hauteur du talent de Gérard Depardieu. Staline vient se reposer trois jours dans un château au milieu de la forêt. Il est accompagné de sa maîtresse de longue date, Lidia. Dans le bureau où il dort, il y a un divan qui ressemble à celui de Freud à Londres. Il propose à Lidia de jouer au jeu de la psychanalyse, la nuit. Durant le jour, un jeune peintre, Danilov attend d’être reçu par Staline pour lui présenter le monument d’éternité qu’il a conçu à sa gloire. Un rapport trouble, dangereux et pervers se lie entre les trois. L’enjeu est de survivre à la peur et à la trahison. Pour revenir sur les ambitions de notre réalisatrice, si Depardieu touche ici un de rôle immense, on peut être déçu de la manière de décrire l’URSS des années de plomb. Mi-figue, mi-raisin !

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Fascinée depuis longtemps par l’esprit de résistance des artistes face à l’oppression, Fanny Ardent tenait absolument à traiter un jour ce sujet. Elle confie : A travers les artistes, j’apprenais que le monde intérieur est plus important que le monde extérieur, comment résister quand on vous a tout enlevé, sauf votre âme, vivre clandestinement dans des mondes où le pouvoir, la gloire, la puissance, l’argent, la domination n’ont pas de prise sur vous. L’action se déroule trois ans avant la mort de Staline lorsqu’il effectue un séjour en Géorgie dans l’ancien palais du grand duc Mikhaïlovitch. Il ne s’agit évidemment ici, ni d’un film historique ni même d’un portrait de Staline, mais on retrouve grâce à notre Gégé national, la voix douce de baryton et le demi-sourire permanent du tyran soviétique. On peut voir aussi dans le rôle de la maîtresse, quelqu’un qui a cru à l’utopie de la révolution bolchévique en se soumettant au pouvoir de Staline mais qui peu à peu perd ses illusions. Le Château de Buçaco au Portugal, avec ses créneaux, ses tours et ses gargouilles offre un cadre idéal pour situer cette intrigue, un lieu en dehors de tout contexte et superbement photogénique. La musique de Chostakovitch ajoute au charme trouble et terrifiant de cette histoire. Une fable sur l’art et le pouvoir troublante et quasi surréaliste. J’ai adoré les acteurs mais je suis resté sur ma faim quand à la charge anti-soviétique sinon tiède en tout cas trop distante pour avoir une vraie portée.    le-divanAprès Danton, Napoléon, Raspoutine, voici un nouveau et énorme personnage historique pour Gérard Depardieu. Dire qu’il y est génial relève presque du pléonasme. A ses côtés Emmanuelle Seigner et Paul Amy relèvent le défi et avec brio. Une œuvre très esthétisante, peut-être trop maniérée, un jeu d’acteurs virtuoses, peut-être trop théâtral, un film élégant, peut-être trop apprêté, un film tout en tension, mais trop bavard… bref trop de trop pour un film qui ne m’a pas donné assez. Une déception malgré toutes les qualités de ces 92 minutes parfois trop longues.

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Une réponse à “Le Divan de Staline

  1. J’ai aimé sans réserve , je n’y ai vu que les qualificatifs positifs dont tu gratifié ce film mais jamais le « trop » que tu évoques , le « très  » me semble plus juste
    C’est très esthétique , très élégant , très théâtral , un magnifique jeu d’acteurs
    C’est très Fanny Ardant

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