Diamond Island

Ennui : mode d’emploi

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Un film cambodgien, qui plus est, couronné par le 1er Prix de la Semaine de la Crotique à Cannes, avait de quoi tout bon cinéphile dans une salle obscure. Aussi ma déception a-t-elle été à la hauteur de l’attente. Davy Chou avait en main un sujet aussi original que passionnant : Diamond Island est une île sur les rives de Phnom Penh transformée par des promoteurs immobiliers pour en faire le symbole du Cambodge du futur, un paradis ultra-moderne pour les riches. Bora a 18 ans et, comme de nombreux jeunes originaires des campagnes, il quitte son village natal pour travailler sur ce vaste chantier. C’est là qu’il se lie d’amitié avec d’autres ouvriers de son âge, jusqu’à ce qu’il retrouve son frère aîné, le charismatique Solei, disparu cinq ans plus tôt. Solei lui ouvre alors les portes d’un monde excitant, celui d’une jeunesse urbaine et favorisée, ses filles, ses nuits et ses illusions, mais hélas, je pense que ces 103 minutes passent complètement à côté de l’ambition première.

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Pour Davy Chou, Diamond Island est un lieu représentant parfaitement le rapport passionnel et cruel entre la jeunesse et le mythe de la modernité en marche du Cambodge. Il y a une espèce de surgissement brutal de la modernité dans un pays qui n’a pas du tout été habitué à ça. Le pays est comme précipité dans le futur, et la jeunesse qui est née pendant une période de privation conséquente à une Histoire excessivement tragique y perd ses repères. Le film s’articule autour du désir, à la fois naïf, violent et sans recul qu’engendre ce surgissement, et ce à tous les niveaux de la société. Et c’est là que je pense que le film est raté, car on nous décrit en permanence l’ennui de cette jeunesse déphasée géographiquement et socialement. Et qu’y a-t-il de plus difficile à filmer que l’ennui. Certes, il y a des idées de mise en scène comme pour retranscrire ce lieu où règne l’artifice, le choix d’une esthétique fluo est très intéressant et offrir une sorte d’écrin pop tout en scintillements fallacieux est une autre belle idée. Mais l’aspect social est vite submergé par une romance à l’eau de rose totalement banale et ennuyeuse… Oui le grand mot est lâché. Je sais, en écrivant ces lignes que je ne serais sans doute pas d’accord avec la critique institutionnelle. Peut-être n’étais-je pas dans le bon état d’esprit pour recevoir ce film ou alors j’avais mal digéré, toujours est-il que j’ai beaucoup baillé et eu bien du mal à garder les yeux ouverts.

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Et puis, il y a un autre défaut et de taille. Comme il n’y a quasiment pas d’acteurs professionnels au Cambodge, Davy Chou a dû trouver des jeunes comédiens sans expérience. Il a donc arpenté Phnom Penh et ses environs pendant quatre mois, en se rendant sur des chantiers, des sorties d’usines, des clubs pour ouvriers pour trouver Sobon Nuon, Cheanick Nov, Madeza Chhem et compagnie. Et tout ce petit monde ne parvient qu’à de très rares moments à faire partager une quelconque émotion, l’hyper-esthétisation fait le reste en transformant ce film ambitieux en film d’auteur prétentieux et raté.

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Une réponse à “Diamond Island

  1. J’hésitais à le voir et l’occasion ne s’est finalement pas présentée. Content de voir que je n’ai rien manqué!

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