Personal Shopper

Autour de l’absence

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Deux ans après l’admirable Sils Maria, Olivier Assayas fait une incursion dans le cinéma de genre, en l’occurrence le fantastique, mais je vous rassure, à sa manière, intelligente, subtile… très personnelle. Maureen, une jeune américaine à Paris, s’occupe de la garde-robe d’une célébrité. C’est un travail qu’elle n’aime pas mais elle n’a pas trouvé mieux pour payer son séjour et attendre que se manifeste l’esprit de Lewis, son frère jumeau récemment disparu. Elle se met alors à recevoir sur son portable d’étranges messages anonymes… Dans ces110 minutes, on retrouve, traitée quasi frontalement, une des obsessions du réalisateur : filmer l’invisible. Il parvient enfin, ici, à donner corps à sa fascination pour l’au-delà et le supra naturel. Envoûtant mais aussi très dérangeant.

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L’histoire est née dans l’imagination du cinéaste après un passage difficile. En effet, le français devait réaliser un film au Canada avant que le projet ne tombe à l’eau à la veille du tournage. Il s’est donc attelé à écrire une nouvelle histoire à partir d’une page blanche… 9 jours après le scénario était bouclé ! Bien sûr, on y percevra une distance très critique et morale qu’il a par rapport à la relation de soumission et d’exploitation économique présente dans le milieu de la mode et du luxe dont il fait un contraire parfait au monde spirituel. Assayas s’appuie également sur une dimension peu connue de l’art de Victor Hugo, son goût pour le spiritisme. Son Livre de Tables en témoigne – Hugo pensait sincèrement dialoguer avec les morts. Les personnages du film partagent la même foi, la même conviction, et cela modifie la façon dont ils appréhendent le monde moderne. Mais, ce qu’on ne peut oublier, c’est ce merveilleux portrait de femme qui nous est offert. Certes, tout n’est pas compréhensible dans le cheminement de la pensée parfois trop elliptique du cinéaste et il lui arrive de nous perdre en route, mais on reste admiratif de la virtuosité et de l’intensité de la mise en scène, comme de cette plongée jusqu’au plus profond dans la solitude d’une jeune femme. Troublant à tous les points de vue ; un film qui fait débat.

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La superbe Kristen Stewart ne quitte pas l’écran et porte donc entièrement le film. Elle s’en sort ma foi très bien, même si l’on espère toujours voir un peu plus de flamme dans son regard. Lars Eidinger, Sigrid Bouaziz, Anders Danilson Lie, entre autres, complètent efficacement la distribution. Voilà donc un film qui divisera les critiques et les spectateurs, mais n’est-ce pas inhérent à l’œuvre d’art ? En tout cas, il ne laissera pas indifférent, et c’est bien là le plus important. Le film a d’ailleurs le prix de la Mise en scène à Cannes.

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