Le disciple

Ainsi soit-il

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C’est un premier film, il nous vient de Russie, il est signé Kirill Serebrennikov et c’est à coup sûr un des films les plus étranges que j’ai vu depuis longtemps. Veniamin, un adolescent pris d’une crise mystique, bouleverse sa mère, ses camarades et son lycée tout entier, par ses questions. – Les filles peuvent-elles aller en bikini au cours de natation ? – Les cours d’éducation sexuelle ont-ils leur place à l’école ? – La théorie de l’évolution doit-elle être enseignée dans les cours de sciences naturelles ? Les adultes sont vite dépassés par les certitudes d’un jeune homme qui ne jure que par les Écritures. Seule Elena, son professeur de biologie, tentera de le provoquer sur son propre terrain. Plus qu’étranges, ces 118 minutes d’extrême tension sont dérangeantes… et comme vous le savez, fidèles lecteurs, j’aime être dérangé.

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Ce film a reçu le Prix François Chalais à Cannes dont je rappelle qu’il a pour but de récompenser un film qui traduit au mieux la réalité de notre monde… C’est exactement le cas de ce drame mystique, de ce délire religieux qui prouve, s’il le fallait encore, la force manipulatrice d’une religion. Tout est glaçant dans cette parabole, l’image – superbe photographie – la musique d’Ilya Demutsky, le montage en longs plans-séquences, et le scénario adapté d’une pièce de Marius von Mayenburg, qui s’est intéressé au double-sens de certaines phrases de la Bible et dont le sens pouvait se révéler bien éloigné de l’amour et de la fraternité. On retrouve ces phrases dans le film, avec leur source toujours mentionnée. L’action se déroule dans une ville un peu spéciale en Russie : Kaliningrad. Avant la Seconde Guerre mondiale, elle s’appelait Königsberg et c’était une ville allemande. Aujourd’hui, c’est une enclave russe en Europe, entre la Pologne et la Lituanie. Une ville étrange qui porte les traces de son passé, et on le ressent fortement dans les affrontements verbaux qui émaillent le film où l’on voit resurgir l’héritage stalinien, l’homophobie et l’antisémitisme. C’est vous dire si ces deux heures sont ambitieuses. Un premier film très impressionnant.

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Le casting mêle de très jeunes acteurs venus du théâtre et d’autres, plus chevronnés et qui sont de véritables stars en Russie. On ne peut que saluer leurs performances et en particulier celle du jeune Petr Skvortsov, et citer Yulyia Aug, Aleksendr Gorchilin, Victoria Isakova, Svetlana Bragarnik, Anton Vasiliev… qui nous font tous passer un moment aussi sublime que terrifiant, aussi intelligent qu’éprouvant, à la fin duquel, une fois de plus, on ne peut que se révolter contre le fanatisme religieux, d’où qu’il vienne. Au secours Voltaire, fais encore souffler ton esprit de lumière sur notre monde déboussolé. A voir absolument.

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Une réponse à “Le disciple

  1. J’ai vu le film à Cannes et j’ai également bien aimé, j’y ai vu une critique du régime de Poutine entre autres…

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