La Fille de Brest

Le combat d’une femme

lafilledebrest2

Le film d’Emmanuelle Bercot est l’adaptation du livre d’Irène Frachon, Mediator, 150mg. Après avoir rencontré la pneumologue, la réalisatrice de La Tête Haute et de Elle s’en va, a tout de suite compris que cette femme haute en couleurs pouvait être un extraordinaire personnage de fiction. Dans son hôpital de Brest, une pneumologue découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d’un médicament commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. De l’isolement des débuts à l’explosion médiatique de l’affaire, l’histoire inspirée de la vie d’Irène Frachon est une bataille de David contre Goliath pour voir enfin triompher la vérité. Un film d’utilité publique, un portrait attachant de notre première «  lanceuse d’alerte », mais un film qui ne manque pas de défauts qui atténuent tout le bien que l’on voudrait en penser. Dommage.

D’abord un petit rappel des différentes étapes de cette affaire dite du Médiator :   1976 : les laboratoires Servier commercialisent le Mediator, un antidiabétique.
1997 : la revue Prescrire est la première à critiquer l’efficacité du médicament et à s’interroger sur les risques cardiovasculaires.
2007 : Irène Frachon, pneumologue, alerte les autorités sanitaires des risques de problèmes cardiaques, liés à la prise du Mediator.
2009 : l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) retire le médicament. 300 000 personnes sont alors traitées par le Mediator. 7 millions de boîtes ont été vendues depuis sa commercialisation représentant un chiffre d’affaires de 300 millions €
Mai 2010 : Irène Frachon publie Mediator, 150 mg : combien de morts ? Le scandale éclate quelques mois plus tard.
Novembre 2010 : le chiffre de 500 morts est confirmé officiellement par la Caisse nationale de l’assurance maladie (CNAM).
2012-2013 : procès de Jacques Servier
2013 : mise en examen de l’Agence du Médicament… Depuis… plus rien.

lafille

Ce drame d’actualité est de toute évidence admirablement documenté puisque la réalisatrice et la scénariste ont longuement rencontré Irène Franchon ce qui fait que la première moitié du film se base sur le livre et l’autre moitié sur le récit direct de la pneumologue. Elles ont aussi rencontré d’autres personnes importantes dans la révélation du scandale, notamment l’épidémiologiste Gustave Roussy , « la taupe » de la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie), Anne Jouan ou le député Gérard Bapt. Alors d’où viennent mes critiques ? D’abord de la musique tonitruante qui accompagne en permanence les 128 minutes jusqu’à couvrir certains dialogues. Ensuite du choix de l’actrice principale, dont je ne nie pas les immenses qualités mais dont l’accent danois à couper au couteau est beaucoup plus gênant que décalé et pittoresque. N’y avait-il pas une comédienne française pour tenir le rôle principal ? Je m’interroge et visiblement je ne suis pas le seul.  

la-fille-de

Sidse Babett Knudsen campe donc à l’écran une Irène Franchon, passionaria survoltée anti système. Elle est totalement investie et crédible si ce n’est la réserve que j’ai émise plus haut et une tendance à surjouer parfois épuisante pour le spectateur. Benoît Magimel, bedonnant et un peu trop transparent, paraît bien fade à côté d’elle. Charlotte Laemmel, Isabelle de Hertog, Lara Neumann, Philippe Uchan, Patrick Ligardes, Olivier Pasquier et Gustave Kervern participent avec bonheur à ce thriller médical transformé en dénonciation du lobby des laboratoires pharmaceutiques et de la responsabilité d’un état qui faillit à sa mission. C’est aussi puissant et passionnant que le Erin Brokovich de Steven Soderberg avec Julia Roberts en 2000. Un film en quête de vérité et de justice, poignant, haletant et toujours accessible qu’il ne faut pas rater.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s