Seul dans Berlin

Le pot de terre contre le pot de fer

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Voilà dix ans que Vincent Perez n’était pas revenu à la réalisation. Pour son 3ème film il a choisi d’adapter le roman éponyme de Hans Fallada, lui-même inspiré d’une histoire vraie et paru en 1947. Il s’agit de l’un des tout premiers livres antinazis, devenu un best-seller international. L’auteur s’est basé sur des véritables documents de la Gestapo. Berlin, 1940. La ville est paralysée par la peur. Otto et Anna Quangel, un couple d’ouvriers, vivent dans un quartier modeste où, comme le reste de la population, ils tentent de faire profil bas face au parti nazi. Mais lorsqu’ils apprennent que leur fils unique est mort au front, ils décident d’entrer en résistance. Aux quatre coins de la ville, ils placent des messages anonymes critiquant Hitler et son régime. S’ils sont arrêtés, ils savent qu’ils seront exécutés… 103 minutes de tension extrême, non dénuées de défaut, mais qui nous emporte dans un monde que l’on ne connaît pas ou très mal, la vie quotidienne du peuple allemand sous la botte nazie.

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L’intrigue fait en effet écho à son histoire personnelle : son grand-père paternel a été exécuté après s’être battu aux côtés des républicains contre le régime fasciste de Franco durant la guerre d’Espagne, tandis que sa famille maternelle a fui l’Allemagne nazie. Il a mis 10 ans pour pouvoir réaliser son film. Il a commencé à écrire le scénario avec l’écrivain Jorge Semprún, mais celui-ci est décédé en 2011. Après avoir réussi à acquérir non sans mal les droits du roman, le réalisateur a cherché des financements français, sans succès : Les Français ne voyaient pas l’intérêt de raconter une histoire allemande.  Le producteur Stefan Arndt, (Good Bye Lenin, Le Ruban Blanc), n’a pas réussi à financer le film en langue allemande. C’est lorsque le livre a été traduit en anglais que tout s’est débloqué, même s’il a fallu repartir de zéro et réécrire le scénario. C’est aussi ce qui nous vaut le plus gros défaut de ce drame, le hiatus permanent entre le casting qui parle un anglais parfait assorti d’un ridicule accent germanique dans des décors berlinois des années 40 tout en lisant et écrivant un allemand impeccable. Mais voilà, pour sortir ce film, il fallait des têtes d’affiche et surtout pas de dialogues dans la langue de Goethe et d’Angela Merkel ??? Qu’importe le réalisme et la vérité ! Et pourtant, la reconstitution est très soignée, l’action bien menée et les acteurs remarquables. Alors ? Alors les désidératas purement commerciaux de certains distributeurs nous gâchent ce qui aurait pu être un vrai plaisir.

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Le casting est donc dominé par le couple Emma Thompson/ Brendan Gleeson, absolument formidable. Lui massif, taiseux, énorme, elle, écorchée vive, la sensibilité à fleur de peau et de larmes et pourtant d’une grande pudeur. Mais le comble est atteint par l’excellent Daniel Brühl, acteur allemand, qui se voit obligé de parler l’anglais avec un accent du cru ??? Son excellente prestation frise le ridicule. Quel dommage ! Pourtant Vincent Perez avait mis beaucoup d’atouts de son côté, en particulier pour son tournage dont la plupart des scènes a été tournée à Görlitz, située à la frontière polonaise, où ont également été réalisés The Grand Budapest Hotel et La voleuse de livres. Au contraire de Berlin, la ville n’a pas connu de bombardements et est restée intacte depuis la guerre. Sans doute la mise en scène manque-t-elle de panache, mais on se laisse emporter par l’histoire de ces gens simples qui vont devenir des héros de l’ordinaire. 

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Une réponse à “Seul dans Berlin

  1. Étouffant Berlin sous la chape de plomb mortifère construite par des psychopathes et…..de petits lumignons d’espoir déposée plus de 200 fois ici et là ….une belle découverte de la vie (mal connue) à Berlin sous « l’occupation » nazie. Magnifiques acteurs denses et si sensibles …
    Et j’ai échappé au ridicule linguistique en visionnant sur film en VOD à la télé en ….VF
    D’habitude je fulmine contre ces retransmissions immanquablement en VF , parti-pris télévisuel mystérieux, mais, après t’avoir lu cher Jipehel, je m’en suis réjouie.

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