Moi, Daniel Blake

On a tous besoin d’un peu de vent dans le dos

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L’homme que vous voyez ci-dessus a 80 ans et reçoit sa 2ème Palme d’Or à Cannes. Il s’appelle Ken Loach et c’est un génie. Consulter sa filmographie c’est se remémorer des moments de cinéma intenses, généreux, humanistes et engagées… Une fois de plus, ces 100 minutes sont tout aussi formidables. Pour la première fois de sa vie, Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi sous peine de sanction. Au cours de ses rendez-vous réguliers au « job center », Daniel va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants qui a été contrainte d’accepter un logement à 450km de sa ville natale pour ne pas être placée en foyer d’accueil. Pris tous deux dans les filets des aberrations administratives de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui, Daniel et Katie vont tenter de s’entraider… Souvenons-nous : Jimmy’s Hall, La part des anges, Route Irish, Looking for Eric, Bread and Roses, Le Vent se lève, Land and Freedom,… quelques uns de mes films préférés parmi les 34 réalisations de cet immense bonhomme.

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Il a voulu faire ce film en réponse à une triste réalité : l’attitude de l’Etat dans sa politique de prestations sociales en faveur des plus démunis et l’instrumentalisation de l’administration (l’inefficacité volontaire de l’administration) comme arme politique. Pour se documenter encore davantage sur la précarité, il s’est rendu, en compagnie de son scénariste, Paul Laverty, dans sa ville natale dans les Midlands. Sur place, les deux hommes ont rencontré, un groupe de personnes n’arrivant pas à trouver d’emplois pour diverses raisons. C’est à partir des témoignages de ces dernières que le travail de documentation a été entrepris. Le film a été tourné à Newcastle et a fait le choix de se centrer sur des quinquagénaires et sexagénaires particulièrement frappés par le chômage et broyés par le système social ( ?) britannique.  Ils souffrent de problèmes de santé et ils sont incapables de reprendre le travail car ils ne sont plus assez vifs pour jongler entre deux intérims et passer d’un petit boulot à l’autre. Ils sont habitués à un cadre professionnel plus traditionnel et du coup, ils sont perdus. Ils sont déboussolés par les nouvelles technologies, ils ont des problèmes de santé, et leur prise en charge par l’“Employment Support” est conditionnée par une série d’évaluations : ils peuvent très bien être jugés aptes au travail alors qu’ils ne le sont pas. Effectivement, la thématique principale reste le poids d’une administration particulièrement étouffante accroissant encore plus la précarité. Quand on a affaire à une administration aussi consternante de bêtise, aussi ouvertement déterminée à vous rendre fou, on éprouve une terrible frustration qui peut donner lieu à de vraies scènes d’humour noir. À mon avis, si on arrive à raconter cela de manière réaliste, et si on réussit à percevoir les sous-entendus d’une relation entre un citoyen lambda et un fonctionnaire, au guichet ou au téléphone, on devrait en comprendre l’humour, la cruauté et, au final, le tragique. Ce film bouleversant est une leçon de vie, teintée d’une colère glacée, J’entends ça et là, dire qu’il a encore  « fait du Ken Loach », et il a bien raison d’en faire – et je l’espère encore longtemps – on a besoin de ce cinéma-là, du cinéma qui ressemble à un cri du cœur, celui qui donne la parole à ceux qu’on entend jamais.

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Dave Johns est tout simplement fabuleux de justesse, de force de conviction, de tendresse et d’humour. C’est sa première apparition sur le grand écran… quelle révélation ! A ses côtés Hayley Squires, et les jeunes Dylan MacKiernan et Briana Shann, sont également épatant. Mais qu’est-ce qui ne l’est pas dans ce chef d’œuvre, Lorsque le prix lui a été remis, le metteur en scène engagé a fait un discours témoignant du fait que le cinéma se doit de pointer du doigt les injustices générées par des pratiques libérales toujours plus impitoyables. Loach est un maître. Et dire qu’ils ‘en trouvent dans notre classe politiques pour s’extasier  devant le système britannique et son soi-disant plein-emploi. S’il n’y a qu’un film à aller voir, c’est celui là.

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Une réponse à “Moi, Daniel Blake

  1. I AGREE COMPLETELY..!..on a meme le droit de verser une larme a la fin..avant d applaudir..

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