Voyage à travers le cinéma français

La mémoire, ce passé au présent. (François Chalais)

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195 minutes ! Eh oui ! 3 heures et demie ! Et pas un instant d’ennui ! Bertrand Tavernier réussit un véritable exploit avec son documentaire – 1er volet d’un triptyque – en nous racontant, non pas sa vie, mais les films de sa vie. Oui, il réussit la performance de nous offrir un film de cinéphile qui plaira à tous, grâce aux anecdotes, aux décryptages jamais savants des extraits de 95 films différents ( !), et au montage virtuose qui ménage une balance parfaite entre le discours – le plus souvent savoureux – et les exemples par l’image sur grand-écran. Ce travail de citoyen et d’espion, d’explorateur et de peintre, de chroniqueur et d’aventurier qu’ont si bien décrit tant d’auteurs, de Casanova à Gilles Perrault, n’est-ce pas une belle définition du métier de cinéaste que l’on a envie d’appliquer à Renoir, à Becker, au Vigo de l’Atalante, à Duvivier, aussi bien qu’à Truffaut ou Demy. A Max Ophuls et aussi à Bresson. Et à des metteurs en scène moins connus, Grangier, Gréville ou encore Sacha, qui, au détour d’une scène ou d’un film, illuminent une émotion, débusquent des vérités surprenantes. Je voudrais que ce film soit un acte de gratitude envers tous ceux, cinéastes, scénaristes, acteurs et musiciens qui ont surgi dans ma vie. La mémoire réchauffe : ce film, c’est un peu de charbon pour les nuits d’hiver. J’ajouterai pour ma part cette phrase de Rivarol: La mémoire est toujours aux ordres du cœur. Et avec le réalisateur de L’Horloger de Saint-Paul, Que la fête commence, Le Juge et l’assassin, Coup de Torchon, jusqu’à Quai d’Orsay, en passant par Capitaine Conan ou La Princesse de Montpensier, le cœur n’est un vain mot.  

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Parlant un jour de Cocteau, Melville dit à Tavernier : Cocteau, il était d’abord ce que devrait être tout créateur français : un ambassadeur de France en France. Le cinéaste a voulu reprendre cette citation à son compte dans Voyage à travers le cinéma français : Cet exercice d’admiration et de reconnaissance comme disait Victor Hugo : « il y a dans l’admiration un je ne sais quoi de réconfortant. » Quelle promenade formidable dans le cinéma hexagonal des années 30 aux années 70 – la suite qu’on attend déjà avec impatience est à venir – avec ses hommages aux grands noms, mais aussi la découverte de cinéastes, scénaristes, dialoguistes et musiciens plongés souvent dans un injuste oubli. Tavernier, manie avec subtilité l’anecdote et la confidence dans un documentaire à la fois généreux, plein de malice et d’une érudition folle mais jamais ennuyeuse. Il s’agit en vérité d’une déclaration d’amour d’un homme de 75 ans pour le 7ème Art. En plus, cette avalanche d’extraits donne une irrépressible de redécouvrir les films de Sautet, Melville, Carné, Renoir… en les regardant d’un autre œil. Ne vous laissez pas intimider par les 195 minutes annoncées, c’est passionnant, souvent drôle et ce voyage est un des plus beaux films d’amour qu’on ait vus depuis longtemps. Merci Monsieur Tavernier !

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