Aquarius

Inoubliable

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Dans son film précédent, Les Bruits de Recife, Kleber Mendonça Filho s’attachait déjà à la construction d’un microcosme complexe, avec les différentes relations d’affect et de pouvoir qui l’habitent. Cette fois, il nous offre un superbe cadeau de 145 minutes de pur et grand cinéma. Clara, la soixantaine, ancienne critique musicale, est née dans un milieu bourgeois de Recife, au Brésil. Elle vit dans un immeuble singulier, l’Aquarius construit dans les années 40, sur la très huppée Avenida Boa Viagem qui longe l’océan. Un important promoteur a racheté tous les appartements mais elle, se refuse à vendre le sien. Elle va rentrer en guerre froide avec la société immobilière qui la harcèle. Très perturbée par cette tension, elle repense à sa vie, son passé, ceux qu’elle aime. A coup sûr, un des grands chocs de cette rentrée pourtant très riche. Tous en route pour le Brésil, Recife vaut vraiment le détour.

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Scénario diabolique qui louche vers le fantastique, mise en scène virtuose et interprétation épatante sont réunis pour un film qui traite d’un état de siège qui se révèle oppressant voire étouffant avec une question principale : « jusqu’où iront-ils ? ». « Ils » ce sont les promoteurs, symboles d’un système capitaliste dévorant tout sur son passage au nom du Dieu dollar tout puissant. Le réalisateur voit  l’immeuble comme un personnage et son défi était de le présenter subtilement, comme ayant une certaine dignité : un immeuble un peu plus ancien, mais déjà condamné. Et il est clair, dans le film, que ses problèmes viennent de l’extérieur et non de l’intérieur. Mais c’est surtout un sublime portrait de femme, d’une combattante de tous les instants, tout autant qu’un instantané du Brésil d’aujourd’hui gangréné par la crise, la corruption et l’inégalité des classes. Un grand coup de cœur !

aquarius-visuel-2Sonia Braga est magnifique, sensuelle et d’une dignité poignante. Quelle actrice nous découvrons-là ! Maeve Jinkings, Irhandir Santos, Humberto Carrao, Zoraide Coleto l’entourent avec infiniment de sobriété et de talent. Ils donnent tous corps à ce formidable acte anticapitaliste comme on voudrait tant en voir au cinéma. D’ailleurs, on s’étonne encore que ce film magistral, fluide et solaire, ait pu quitter Cannes bredouille, car cet Aquarius là est un manifeste de cinéma militant, intelligent et universel. Honnêtement, entre l’allemand Toni Erdmann et le brésilien Aquarius, on tenait à minima les deux prix d’interprétation. Mystère insondable des palmarès cannois !

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