La danseuse

Histoire d’une injustice

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Pour un premier film, c’est un coup de maître. Car Stéphanie Di Giusto, qui a écrit et réalisé ce drame, s’est montrée sacrément ambitieuse tant sur la forme que sur le fond. Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône du début du 20ème siècle. 112 minutes éblouissantes dans ce faux biopic, – beaucoup de libertés ont été prises avec la réalité – porté par un casting absolument formidable, où le romanesque l’emporte totalement sur l’historique.  

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Loïe Fuller est une danseuse américaine ayant apporté sa petite révolution durant la Belle Epoque, hypnotisant Paris de ses chorégraphies virevoltantes et devenant par la même occasion une pionnière de la danse moderne. Sa particularité : tournoyer sur elle-même vêtue de plusieurs mètres de soie blanche en utilisant des projecteurs à électricité pour créer différents motifs via ses danses raffinées. L’artiste a été la muse du tout Paris, inspirant Toulouse-Lautrec ou Rodin avant de finir son existence oubliée de tous. Elle est enterrée au cimetière du Père Lachaise, à 100 mètres de sa grande rivale, Isadora Duncan: Sa tombe est enfouie dans la végétation quand celle d’Isadora est magnifiquement entretenue. L’injustice perdure, s’indigne la réalisatrice. Voilà pour l’histoire, maintenant, parlons cinéma pour constater que ce film est une sorte de miracle. Miracle d’intensité, tourbillon esthétique, un frisson de poésie, et surtout une interprétation au sommet. Un premier film à voir absolument.

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Soko, à 30 ans, a déjà une longue carrière derrière elle, mais je l’avais particulièrement remarquée dans Augustine et Les Interdits. C’est une actrice particulière qui nous livre toujours des prestations enfiévrées comme consumées de l’intérieur. Ici, elle ne quitte pas l’écran et le crève littéralement, elle en est un des principaux atouts. Face à elle, Lily Rose-Depp, 16 ans, fille de Johnny Depp et Vanessa Paradis, incarne une Isadora Duncan parfaite de grâce… et de perversité. Gaspard Ulliel, toujours parfait et qui se taille peu à peu une place de choix dans le cinéma français et international, Mélanie Thierry, dans un très beau rôle complexe et touchant et François Damiens, complètent cette distribution royale. Voilà un film quasi hypnotique, sans cesse vibrant, un hymne à la liberté de création.  

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