Brooklyn Village

Les inséparables

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Encore une fois, le titre original, Little Men, était bien plus parlant que celui choisi par le distributeur français, pour ce drame écrit et réalisé par Ira Sachs. De toute évidence ce n’est pas un perdreau de l’année, car, à 50 ans, il a déjà réalisé pas mal de films que j’avoue humblement ne pas connaître. En tout cas ces 85 minutes m’ont convaincu qu’il faudrait sans doute voir les précédents. Une famille de Manhattan hérite d’une maison à Brooklyn, dont le rez-de-chaussée est occupé par la boutique de Leonor, une couturière latino-américaine. Les relations sont d’abord très cordiales, notamment grâce à l’insouciante amitié qui se noue entre Tony et Jake, les enfants des deux foyers. Mais le loyer de la boutique s’avère bien inférieur aux besoins des nouveaux arrivants. Les discussions d’adultes vont bientôt perturber la complicité entre voisins. Un film sur l’enfance, mais avec la perspective d’un adulte, parfaitement touchant, subtil et d’une justesse rare. A découvrir cette perle du cinéma « indé » américain.  

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Le film pose une question forte ; que veut dire « être père ». Le cinéaste nous explique: ces petits moments qui peuvent tout changer. Les décisions ordinaires et les défis occasionnels qu’apporte la vie peuvent avoir des échos très forts non seulement pour nous, mais également pour ceux que l’on aime. Les parents se retrouvent parfois dans des circonstances où il est difficile de rester fidèle aux valeurs que l’on souhaite inculquer à ses enfants. C’est dans cette banalité du quotidien que l’on est véritablement testé. On a tous nos croyances et nos principes, et puis la réalité s’en mêle. Comment prend-on des décisions dans ces situations ? Ici, le père vient de perdre le sien en lui laissant une situation délicate, et il essaye tant bien que mal d’être un exemple pour son fils. Ça peut arriver à tout un chacun : essayer de faire les choses pour le mieux, et se retrouver confronter à ses propres principes de vie. Ira Sachs a ce talent unique qui sait faire résonner ces histoires banales en chacun d’entre nous. De ce sujet qui pourrait être banal, le film en fait une histoire d’amitié et d’apprentissage… une sorte d’adieu à l’enfance. Même si, en termes de cinéma, on est dans un classicisme assumé, le film révèle une délicatesse de chaque instant, avec des références au théâtre de Tchekhov aussi bienvenues qu’inattendues.

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Et puis, ce drame met en lumière deux jeunes acteurs formidables, Théo Taplitz et  Michael Barbieri. On reparlera forcément d’eux tant ils sont justes et convaincants. Les parents,  Greg Kinnear, Paulina Garcia, Jennifer Ehle, sont eux aussi parfaits et prouvent combien ce réalisateur sait diriger des comédiens. Ce film a reçu le Grand Prix du Festival de Deauville…. Et c’est mérité. Il offre un regard des plus riches sur les États-Unis d’aujourd’hui : l’espoir vivant d’une société métissée et urbaine traversée par la violence de l’argent. Tout y est : violence de la discrimination sociale, conflit générationnel, et cette analyse de la crise qui pousse chacun à renier ses idéaux. Ce film est délicat comme une miniature qui met en scène des gens simples, banals, face à des problèmes quotidiens… vous et moi en quelque sorte. Simplement bouleversant. Un Brooklyn à visiter sans détours.

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