Colonia

132 jours en enfer

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Florian Gallenberger signe ici 110 minutes d’excellent cinéma au service d’un sujet plus que dramatique basé sur des faits réels. Même si le traitement est un peu scolaire et académique, la reconstitution est minutieuse et les personnages bien dessinés. Chili, 1973. Le Général Pinochet s’empare du pouvoir par la force. Les opposants au coup d’Etat descendent dans la rue. Parmi les manifestants, un jeune couple, Daniel photographe et son ami Lena. Daniel est arrêté par la nouvelle police politique. Il est conduit dans un camp secret, caché dans un lieu reculé au sein d’une secte dirigée par un ancien nazi. Une prison dont personne n’est jamais sorti. Pour retrouver son amant, Lena va pourtant rentrer dans la Colonia Dignidad. Le suspense haletant ne saurait faire oublier le propos glaçant du film. A faire frémir !

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La Colonia Dignidad est une colonie agricole sectaire fondée en 1961 au Chili par des allemands dont Paul Schäfer, un ancien Nazi. Cette entité venait en aide à la dictature du Général Pinochet en y enfermant et torturant des opposants politiques. La colonie sévira jusqu’à la fin de la dictature en 1991. Quant à Paul Schäfer, il parviendra à échapper à la justice jusqu’à son arrestation en 2005 en Argentine. Je préfère laisser la parole au réalisateur pour vous décrire l’horreur qu’il a voulu dénoncée. J’ai vu les souterrains, les endroits où les prisonniers politiques étaient torturés, j’ai été là où leur corps ont été brûlés à la hâte. Je me suis rendu dans les cabines de douches secrètes de Paul Schäfer, là où la chorale devait chanter pendant qu’il faisait subir des sévices sexuels aux jeunes garçons. J’ai marché dans les couloirs tristement célèbres de l’hôpital, me suis assis dans le bunker de Schäfer, ai tenu son fusil et regardé les informations sur sa télévision. J’ai parlé aux victimes qui ont été torturées – des membres de la secte aussi bien que des prisonniers politiques. J’ai écouté ce qu’ils ont vécu, comment Schäfer détruisait psychologiquement ses disciples. J’ai regardé de vieux hommes pleurer de ce qu’ils avaient fait à leurs propres enfants », confie le cinéaste.  Cette situation scandaleuse s’est déroulée sur quasiment 40 ans et personne n’a voulu ou été capable d’arrêter Schäfer. Pourquoi ? Il n’y a pas de réponse simple à cela. La vérité réside d’une part dans la psychologie de Schäfer et de ses victimes, et d’autre part dans l’utilisation et le mécanisme de la peur qui furent très intelligemment utilisés. Gallenberger ajoute : J’ai souhaité montrer ce système d’oppression, pas en l’expliquant ou en essayant de faire retirer une leçon aux spectateurs, mais plus en les emmenant dans le monde de Paul Schäfer, dans la Colonia Dignidad, et en les laissant ressentir la peur et la cruauté de ce système. C’est ainsi que la véritable morale de l’histoire ressortira. Et c’est le cas. Un film utile qui nous démontre combien la dictature et, au-delà, le nazisme constituent une maladie mortelle pour l’humanité.

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Les acteurs s’en sortent parfaitement avec en tête la superbe Emma Watson qui crève l’écran. A ses côtés, Daniel Brühl, Michaël Nyqvist et Richenda Carey sont parfaitement crédibles, tout comme les décors, les costumes et l’ensemble de la mise en scène. Certes, le réalisateur a cherché à s’effacer devant la gravité du sujet. Aussi, on peut regretter une certaine platitude dans le traitement qui se confine à la simple illustration du propos. Et le fait d’y rajouter une bluette aussi simplette qu’inutile n’apporte rien à ce film dont l’intérêt se situe ailleurs… et comment !

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Une réponse à “Colonia

  1. J’ai bien envie de le voir, à l’occasion.

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