Toni Erdmann

Faux semblants pour vrai chef d’œuvre

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Il a le sourire carnassier de Bernard Tapie et la chevelure d’un homme de Néanderthal, c’est  lui, le Toni Erdmann de Maren Ade. Mais voilà, c’est un dentier postiche et une perruque, car notre homme semble ne pas prendre la vie très au sérieux et adore faire des farces (il a même pratiqué la profession enviable de marchand de coussins péteurs… c’est tout dire). Mais voilà, il mène une vie solitaire et en trompe-l’œil, et, sur un coup de tête, il va tenter de se rapprocher de sa fille. Quand Inès, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question «es-tu heureuse ? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann… C’est le point de départ de 162 minutes (rien que ça) d’un des films de cette année.

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On tutoie ici le chef d’œuvre par la qualité de la mise en scène, l’extrême originalité du scénario et le jeu tout en finesse de deux acteurs en état de grâce. Ce choc de deux solitudes dans le Bucarest des affaires internationales est un moment de cinéma rare, d’un cinéma intelligent, subtil et qui sait prendre son temps pour nous émouvoir et nous faire rire… la vie quoi ! De son propre aveu, Maren Ade s’est inspirée de sa propre famille pour réaliser son film et décrire les relations compliquées entre ses personnages. Cette comédie dramatique est truffée de rebondissements, de surprises, de moments émouvants et d’autres quasiment burlesques. Mais le mélange est savamment dosé afin de ne jamais perdre de vue le conflit qui oppose le père et sa fille. Près de trois heures qu’on ne voit pas passer… on en redemanderait presque. Ce film a été présenté en compétition au 69e Festival de Cannes, où il a fait grand bruit. La réalisatrice Maren Ade y a décroché le Prix de la Critique Internationale.

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Bien sûr Peter Simonischek, somptueux, énorme, démesuré et bouleversant, et Sandra Hüller, glaçante, cassante et caparaçonnée dans son rôle de femme d’affaires sans émotion, écrase le film. Le choc de ses deux immenses acteurs est un véritable régal. A leurs côtés citons encore Michael Wittenborn, Thomas Loibl, Trystan Pütter, Ingrid Bisu… Mêlant critique sociale et chronique intimiste, portrait psychologique et récit burlesque, le film ne résout rien : et c’est même sans doute sa plus belle qualité. Et surtout il nous apprend qu’il faut savoir se mettre à nu… Ne ratez pas ce bijou et vous comprendrez cet ultime propos qui peut vous paraître sibyllin. Un long moment de grâce.

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