Tout de suite, maintenant

Les affaires sont les affaires

Tout de suite

Pascal Bonitzer a 70 ans. Il a, somme toute, peu de films à son actif en tant que réalisateur. Des films souvent mineurs mais, pour moi, deux réussites, Rien sur Robert et surtout Cherchez Hortense, il y a 4 ans. J’attendais ces 98 minutes avec impatience, et je n’ai pas été déçu. Nora Sator, jeune trentenaire dynamique, commence sa carrière dans la haute finance. Quand elle apprend que son patron et sa femme ont fréquenté son père dans leur jeunesse, elle découvre qu’une mystérieuse rivalité les oppose encore. Ambitieuse, Nora gagne vite la confiance de ses supérieurs mais entretient des rapports compliqués avec son collègue Xavier, contrairement à sa sœur Maya qui succombe rapidement à ses charmes… Entre histoires de famille, de cœur et intrigues professionnelles, les destins s’entremêlent et les masques tombent. Un scénario très original, une réalisation très soignée et un casting *** absolument épatant. Raffinée, labyrinthique, une peinture subtile du monde des affaires. 

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Le film se situe dans le monde de la finance. Pascal Bonitzer  essaye dans chacun de ses films de saisir l’esprit d’une époque. Il confie à ce sujet :  Pour moi, l’esprit de notre temps, c’est ce que la finance appelle le principe TDSM (Tout De Suite Maintenant) d’où le titre – qui correspond à cette mainmise relativement récente de la finance sur le capitalisme d’entreprise. La finance n’attend pas, il lui faut des résultats et du gain tout de suite. Cette mentalité se retrouve un peu dans tous les domaines : être célèbre tout de suite, riche tout de suite, trouver la femme ou l’homme de sa vie, ou le plan cul tout de suite… Le temps long est dévalorisé, internet est la mesure du temps actuel : en un clic, vous pouvez tout avoir, enfin, c’est ce qu’on vous fait croire. Le film est sérieusement documenté sur le monde des affaires (son univers impitoyable) et donc gagne en réalisme même si quelques diversions vers le fantastique ne s’imposaient vraiment pas. Pour l’anecdote, la toute première scène est inspirée d’un récit d’Anne Lauvergeon, dans son livre, La femme qui résiste dans lequel elle raconte ses débuts comme conseillère de Mitterrand. Elle avait rendez-vous avec François de Grossouvre, ne savait pas trop s’orienter dans les couloirs de l’Élysée, courait pour ne pas arriver en retard et elle est tombée littéralement dans les bras de Nelson Mandela qui sortait du bureau de Mitterrand ! Puis elle a eu une brève discussion avec Mitterrand qui lui a dit de ne pas trop prendre au sérieux Grossouvre et quand elle est arrivée dans le bureau de celui-ci, elle s’est rendue compte qu’il faisait semblant de parler au téléphone avec Mitterrand ! On a repris tout ça en le transposant. La réussite de ce film épatant vient aussi de son humour grinçant qui reste toujours présent. On rit beaucoup dans ce drame amer et un tantinet désabusé. Un très bon moment porté par une magnifique distribution.

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Agathe Bonitzer, dans son meilleur rôle à ce jour, campe une sorte de déesse froide et inaccessible, drapée dans ses certitudes mais qui cache en fait un cœur fragile, aimant, plein de doutes… un rôle complexe parfaitement assumé. Vincent Lacoste s’affirme de film en film comme un excellent comédien à la palette de jeu très vaste. Jean-Pierre Bacri fait un numéro incroyable. Isabelle Huppert… c’est Isabelle Huppert ! Lambert Wilson, Pascal Greggory et Julia Faure sont également parfaits de complexité et de duplicité. Un des films français qu’il ne faut pas rater.

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