Ils sont partout

Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde

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J’ai toujours des difficultés à écrire sur un film à sketches. La disparité semblant inhérente au genre, le moins qu’on puisse dire c’est que les 101 minutes écrites, jouées et réalisées par Yvan Attal, n’échappe pas à ce défaut… et le mot est faible. Yvan se sent persécuté par un antisémitisme grandissant et il a l’habitude de s’entendre dire qu’il exagère, qu’il est paranoïaque. Lors de séances chez son psy, Yvan parle donc de ce qui le concerne : son identité, être français et juif aujourd’hui. Mais ces rendez-vous sont aussi et surtout une sorte de fil rouge reliant entre elles plusieurs histoires courtes qui tentent de démonter, sur le mode tragi-comique, les clichés antisémites les plus tenaces.  C’est ambitieux mais trop brouillon, c’est courageux mais ça ne conclut pas, ça se voulait un coup de pied dans la fourmilière de l’antisémitisme et cette comédie grinçante se réduit à un piètre coup dans l’eau. Pourtant, on y avait mis les moyens, mais un coup dans l’eau ça fait… plouf !

Ils sont partout

Yvan Attal a eu envie de faire ce film dont le sujet est l’antisémitisme, pas les juifs, après les attentats meurtriers commis par Mohamed Merah à Toulouse en 2012. Mais cela lui trottait tout de même dans la tête depuis un long moment, bien avant l’affaire Ilan Halimi de 2006. Il ajoute à ce propos : mon film n’est pas du tout un film d’actualité mais un film de société. Il parle du malaise que je ressens en tant que juif, dans mon propre pays. L’idée est parfaitement honorable (au vrai sens du terme) mais on a du mal à comprendre ce que Attal veut nous prouver. Le spectateur n’est pas le seul car il me semble que le psy qui reçoit les confessions du réalisateur tout au long du film est tout aussi perdu. Certes, parler de la montée de l’antisémitisme et ne pas laisser ce sujet devenir tabou dans la société sont une solution pour commencer à l’enrayer. Voilà pour le positif. Hélas le négatif l’emporte largement, si certains sketches sont efficaces, d’autres sont ridicules et parfois franchement ratés. Aussi vais-je de nouveau me référer à la phrase de Camus que j’ai mise en exergue, pour conclure que, malheureusement, Attal parle mal des choses.

Ils-sont-partout-decouvrez-le-teaser-du-film-d-Yvan-Attal

Côté casting, c’est la Piste aux Etoiles. Yvan Attal, en fil rouge. Le duo Benoit Poolvoerde/ Valérie Bonneton, fait mouche, tout comme Grégory Gadebois et Denis Podalydes dans un sketch irresistible. Mais que dire des autres Dany Boon, Charlotte Gainsbourg, Gilles Lellouche, François Damiens, Marthe Villalonga, littéralement sacrifiés dans des saynètes sans intérêt. A saluer les participations sympathiques des octogénaires  Robert Castel et Popeck. Dénoncer les clichés, c’est bien mais se laisser prendre à son propre piège, c’est beaucoup moins bien. Et c’est le cas pour Yvan Attal qui marque pratiquement un but contre son camp. Qui trop embrasse…  

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